A M. ET M«« PROUDHON
Mes chers parents, ma chère mère, — car vous avez en particulier plus besoin de consolations dans ces tristes circonstances, — Micaud m'a instruit du sort de mon frère, et il est résolu qu'avant six semaines je serai de retour à Besançon. Comn^e le sort me poursuit avec acharnement I II me semhle que la fatalité que je traîne s'attache à tous ceux que j'approche : que Micaud et Fallot sont plus malheureux depuis qu'il me connaissent! J'entre parfois dans des trances de rage effrayantes et risibles en même temps ; je ne sais à qui m'en prendre. J'appelle, je défie mon ange noir; je voudrais le terrasser ou qu'il m'anéantît.
Votre fils,
P.-J. Proudhon.
Note fov/rnie par M. le docteur Pellaritij auquel nous devons communication de six lettres ou notes manuscrites de P.-J. Proudhon, adressées à M. Just Muiron.
Les quatre premières pièces de cette correspondance ont trait à des ouvertures qui furent faites à Proudhon, en 1832, pour rengager à prendre la rédaction du journal VImpartialj de Besançon, dont M. J. Muiron était le propriétaire. Le précédent rédacteur, M. Xavier Murmier, venait de quitter Besançon pour voyager en Allemagne.
Ces lettres ne portent point de dates, mais la seconde fait mention d^une circonstance qui prouve qu'elle fut écrite en juin 1832. Proudhon y parle « de la lecture qu'il a faite du prospectus du journal Le Phalanstère- » Or, ce prospectus avait paru le l*»" juin 1832.
C'étaient, d'ailleurs, moins des lettres proprement dites que des réponses par écrite remises de la main à la main au destinataire, lequel, étant atteint de surdité, ne pouvait avoir connaissance autrement des objections motivées de Proudhon contre la proposition qui lui était faite.
Ces notes témoignent de l'inflexibilité de conviction républicaine à laquelle était arrivé dès lors le futur grand publiciste et grand écrivain.
Les pièces ont été classées dans Tordre que leur contenu semble indiquer. Les deux dernières, où il ne s'agit plus de la rédaction du journal, sont évidemment d'une époque postérieure à celle des quatre précédentes.