COTTINGTON AU SECRÉTAIRE LORD DORCHESTER
Lisbonne, le ~ décembre 1629.
Mon cher Seigneur.
Demain, s'il plaît à Dieu, je serai en route pour Madrid, mais avant d'entamer aucune négociation ou de voir le roi, je veux attendre les ordres ultérieurs de Sa Majesté. Cette poste venant par Madrid a remis ici (parait-il) des letttes de Rubens ; sur quoi le Comte d'Olivarez m'écrit (par la même poste) la lettre que vous trouverez ci-jointe. Quoiqu'il y cherche à excuser le retard de don Carlos à se rendre en Angleterre, je n'en suis pas cependant entièrement satisfait, mais je crois toujours que la faute principale en est à Madrid, quoique lui l'impute à Bruxelles. Il semble être assuré (comme Votre Seigneurie le verra par la lettre) que don Carlos est actuellement en Angleterre. S'il en est ainsi, je ne doute pas que Votre Seigneurie ne m'en avise bientôt et (comme je l'ai dit) j'attendrai vos ordres ultérieurs.
En vous souhaitant toutes sortes de prospérités, je reste
de Votre Seigneurie le dévoué serviteur Fr. Cottington.
COMMENTAIRE
Cette lettre était écrite avant que Cottington eût reçu la dépêche du roi datée du i5 décembre 1629. Cottington partit de Lisbonne le 24 décembre 1629. Il arriva à Madrid au commencement du mois de janvier i63o. Le nonce Monti annonce sa présence dans une dépêche du 23 janvier au Cardinal Secrétaire d'État : <c Trovasi in Madrid un Francesco Codington, Segretario del re d'Inghilterra, con potere e commissione di pace con questa corona. (i) (François Cottington, Secrétaire du roi d'Angleterre, se trouve à Madrid, muni de pleins pouvoirs de traiter de la paix avec la couronne d'Espagne.)
Une lettre, datée de Londres, le 20 février i63o, dit : « Le courrier de Madrid apporte la nouvelle de l'arrivée de l'ambassadeur à la Cour d'Espagne et la très honorable réception qu'on lui a faite. Il a commencé à traiter avec trois commissaires : le Comte-duc d'Olivarez, le Comte d'Onate, qui a été longtemps ambassadeur à Vienne, et un autre Seigneur de distinction. » (2)
(i) Dépêche dans la Bibliothèque Barberini à Rome, citée par Gachard, op. cit. p. 192. [2) Noël Sainsbury, op. cit. p. 141, en noie.
DCLV
HENRI BRANDT A GEVARTIUS. as décembre lôag.
Myn Heere,
Wel wetende dat men syn vrienden wel can soo veel moeyelyck vallen dat men die importuneert hebbe geresolveert geweest dese daeghen te quiteren de compagnie van mon frère, ende alleen over te comen, om UE. te comen subleveren van de groote ende excessive moeyte, die myn absentie UE. is causerende, te meer overmits ick niet en ignorere dat UE. mits het sterfhuys van jouff. UE. huysvrouwe saeligher geen andere importante affairen en mancqueren, ende sonder twyfel soude ick het selve hebben gedaen, ten waere dat mon frère over eenighe daeghen eenen expressen heeft gecreghen, met brieven van Haere Hoocheyt, onderteeckent met haer handt, by de welcke sy mon frère ordonneerde aen desen coninck van haeren weghe te asseureren, dat Don Carlos de Coloma dit jaer soude vertrecken van Brussel, om rechts hervvaerts te comen in qualiteyt van Ambassadeur, sulcx dat hy hier binnen corte daeghen wordt verwacht, het conincx schip om hem tôt Duynkerken te gaen haelen vertrecken synde, ende ailes in order om hem hier te ontfanghen ; naer wiens compste vvy geen acht daeghen hier vernachten en sullen ; maer dencken te vertrecken met het selfste schip, daer mede Don Carlos hier comen sal, sulcx dat my niet en dochte de pyne weerdich voor soo luttel daeghen als hem hier resteert hem te abandonneren. Te meer, overmits hy my heeft geasseureert dat hy hem soo veel betrouwt op UE. goede gratie ende courtoisie, dat UE. niet quaelyck afnemen en sal die moeyte die ick UE. gheve om synen wille; nemende d'obligatie tôt synen last van hem daer van te acquiteren in aile 't ghene UE. hem sal believen te commanderen. Waer op ick my betrouwende, hebbe noch hier durven blyven voor luttele daeghen, niettegenstaende dat myn rollen syn ingaende, vreesende dat ick op den precisen dach van het uytgaen van de vacantien daer niet en sal connen wesen, maer luttele daegen daer naer. Hebbe oversulx geschreven aen myn heere De Pape, dat hem soude believen myn rollen te beghinnen, ende continueren tôt dat ick daer sal wesen, waer inné, oft hy groote
a8 décembre 1629. swaerichcyt maclctc, soo bidde ick UE. de selve moeyte te aenveerden, denckende dat ick de selve niet en begheere geschoncken, maer alleenlyck geleent, met obligatie van de selve moeyte vier dobbel te restitueren. Luttel importeren oft UE. de rolle in januario doet, oft in september oft in october, wanneer UE. van de selve daer mede sal wesen ontlast principalyck, als het is om iemant daermede soo grootelyck te obligeren als UE. sal doen aen my ende aen mon frère fsaemen. Doch sal UE. believen te dencken dat diergelycke occasien van absentie UE. souden connen overcomen oft van sieckten oft anderssints (daer Godt UE. af wil bewaeren), in welcke gevallen niemant in de weirelt vlijtiger en soude wesen om UE. diergelycken ende anderen dienst te doen als ick. Doch om onder ons familierlyck te spreken, ick meyne dat aen dese myn absentie dependeert een groot deel van myn welvaeren ende avancement, d'welck, soo ick my vastelyck laet voorstaen, UE. om soo luttele saeke niet en soude willen beletten.
Mon frère heeft ontfanghen UE. leste schryven van den i3 deser, waer op hy UE. soude geantwoort hebben, dan heeft het geremitteert tôt betere occasie, overmits hy nu belet is ten huyse van den grooten trésorier in saecken van importantie. Heeft my gecommandeert UE. grootelycx te bedanken van de goede tydinghen daer UE. hem mede is participerende, ende UE. te laeten weten dat hy brieven heeft gecregen van myn heere Montfort, die hem schryft den brief van mon frère daer by hy hem recommandeerde de saecke van Monsieur de Roomere gethoont te hebben aen haere Hoocheyt, haer grootelycx recommanderende de selve saecke, die daer toe seer geinclineert is, ende soo hy meyndt het selve sal efifectueren. Hier mede my recommanderende in UE. goede gratie, UE. wenschende een gelucksaelich nieuw jaere, soo 00k doet mon frère Rubens, sal blyven
Mynheere UE. ootmoedighe dienaer en Confrère Henr. Brandt.
Londen, 28 december 1629.
Autographe à la Bibliothèque royale de Bruxelles. Lettres de Gevartius 5y88, Sg. Copie. A. MoLS. Ibid. 6726, p. Sg.
Publié par E. Cachet, op. cit. p. 246.
TRA D UC TION. a8 décembre 1629.
HENRI BRANDT A GEVARTIUS.
Monsieur.
Sachant bien qu'on peut finir par importuner ses amis à force de leur être à charge, j'avais ces jours derniers résolu de quitter la compagnie de mon beau-frère et de retourner seul, pour venir alléger le poids excessif des affaires, que vous portez depuis mon absence, d'autant plus que je n'ignore pas que, par suite du décès de votre épouse, il ne vous manque point d'autres importantes affaires. Sans aucun doute, j'aurais exécuté ce projet, si mon beau-frère n'avait reçu il y a quelques jours un exprès, apportant des lettres signées de la main de Son Altesse, par lesquelles elle lui ordonne d'assurer de sa part au roi d'Angleterre, que l'année ne s'écoulera point sans que Don Carlos Coloma parte de Bruxelles, pour se rendre directement à sa Cour en qualité d'Ambassadeur. A tel point qu'il est attendu ici dans peu de jours, le vaisseau royal qui doit aller le prendre à Dunkerque étant déjà parti, et tout se trouvant disposé ici pour le recevoir. Nous ne séjournerons pas huit jours ici après son arrivée. Nous comptons partir avec le même vaisseau qui amènera ici Don Carlos, de manière que je n'ai pas pensé qu'il valût la peine d'abandonner mon beau-frère pour le peu de temps qu'il restait ici, et il m'a assuré qu'il comptait assez sur votre complaisance et votre amabilité, pour que vous ne preniez pas en mauvaise part l'embarras que je vous donne à cause de lui. Il prend sur lui de s'acquitter envers vous de tout ce qu'il vous plaira de lui commander.
Comptant là-dessus, je n'ai pas craint de rester encore quelques jours, bien que mon tour de rôle commence. Je crains ne pas pouvoir être sur les lieux au jour précis de la fin des vacances, mais peu de jours après. J'ai écrit en conséquence à M. De Pape pour le prier de me remplacer et de continuer jusqu'à mon retour. Dans le cas où il ferait trop de difficultés, je vous prie de prendre vous-même cette peine ; je ne prétends pas que ce soit un don de votre part, mais seulement un prêt, que je m'oblige à vous restituer au quadruple. Il importe fort peu que vous preniez le rôle en janvier, en septembre ou en octobre, pourvu que vous vous soyez acquitté de votre tâche, surtout s'il s'agit d'obliger grandement quelqu'un par là, comme vous le ferez pour mon beau-frère et pour moi-même à la fois. Veuillez réfléchir que si vous vous trouviez dans la nécessité de vous absenter, soit par maladie (ce dont Dieu
28 décembte 1629. VOUS préserve), soit pour tout autre motif, personne au monde dans ce cas ne serait plus empressé que moi de vous être utile pareillement. Mais pour vous parler en confidence, je pense que de mon absence actuelle dépend en grande partie ma fortune et mon avancement, et j'ai la ferme confiance que vous ne voudrez pas, pour si peu, y mettre obstacle.
Mon beau-frère a reçu votre lettre du 1 3 de ce mois, et il a remis à une meilleure occasion de vous répondre, car il est retenu chez le grand-trésorier pour des affaires d'importance. Il m'a recommandé de vous remercier beaucoup des bonnes nouvelles dont vous lui avez fait part, et de vous faire savoir qu'il a reçu une missive de M. Moiitfort, qui lui apprend qu'il a remis à Son Altesse la lettre par laquelle mon beau-frère lui recommandait l'affaire de M. De Roomere, que Son Altesse y a paru favorable, et qu'ainsi on a lieu de croire à la réussite. Sur ce je me recommande à votre bonne grâce, vous souhaitant conjointement avec mon beau-frère Rubens, une bonne et heureuse année et restant
Monsieur, votre humble serviteur et confrère Henri Brandt.
Londres, le 28 décembre 1629.
DCLVl
17 janvier I630. PEIRESC A DUPUY.
Pour les images que Vosterman tient en vente, vous m'avez faict plaisir singulier d'achepter cez beaux portraicts d'hommes illustres. Mais pour ce qui est des desseins de M"" Rubens, où il va tant d argent, il n y a poinct de mal d'avoir' différé à un aultre temps, qu'il fauldra faire le recueil bien entier et bien assorty, pour le mettre en libvre. Je vouldrois qu'il luy eust prins fantaisie de graver comme cela les tableaux du dict sieur Rubens de la Galerie de la Royne mère. Les desseins primitifs que M^ de S^ Ambroise a par devers luy viendroient bien à propos à cela, et la Royne en feroit, Je m'asseure, la despence plus volontiers que l'on ne pourroit penser. En la dernière lettre que je receus de M"" Rubens, il tesmoignoit désirer de voir cez petits suppléments des Anecdota de Procope dont le sieur Bosweld lui avoit
faict grande feste. Si j'en eusse eu icy ce que j en avois retenu sur mon 17 janvier i63o.
exemplaire, je lui en eusse envoyé coppie et pense que vous ferez bien
de la luy envoyer, pour luy en faire passer lenvie au cas qu'il ne Teust
encore eue. Il me laisse encores quelque espérance de repasser en Italie,
et de se laisser voir icy comme il m avoit cy devant promis, et crois
qu'il l'eusse bien plus asseurement faict que M'" de Thou, s'il eust
passé à 3o lieues d'icy. Mais je n'estois pas digne de ce contentement,
non plus que de celuy que j'euse eu si M. de Thou nous eust honoré
de sa visite en ce lieu cy.
Ph. Tamizey de Larroque, Lettres de Peiresc aux frères Dupuy. T. II, p. 222.
COMMENTAIRE
Les miages que Vorsterman tient en vente. Pierre Dupuy avait acheté pour Peiresc des portraits gravés par Luc Vorsterman le père. Peiresc Ten remercie, mais il l'approuve de ne pas avoir acheté « les dessins de Rubens qui se paient si cher. » Par ces dessins il faut entendre, à n'en pas douter, la collection des planches gravées d'après Rubens que les amateurs réunissaient en un volume. Vorsterman venait de rentrer de Londres et doit avoir passé quelque temps à Paris, car le portrait de Tabbé de Saint Ambroise, d'après Philippe de Champagne, est daté de i63o et le portrait de Malherbe figure en tête des œuvres du poète publiées à Paris la même année, (i) Lors de ce séjour, il doit avoir offert en vente des exemplaires de ses gravures. Peiresc aurait voulu voir graver par Vorsterman la galerie de Marie de Médicis dont, comme il le constate, les dessins primitifs, c'est-à-dire les esquisses, appartenaient à M^ de S^ Ambroise. Ce vœu ne fut pas accompli, comme on le sait. La galerie ne fut gravée qu'au commencemenf du XVIII® siècle par Nattier et d'autres graveurs et publiée en 1710.
La visite de Rubens à Peiresc. Le 9 août 1629, Rubens avait écrit à Peiresc : <c Je n'ai point perdu l'espoir d'accomplir mon pèlerinage en Italie ; mon désir ne fait même que s'accroître d'heure en heure, et je vous assure que, si la fortune ne me le permet pas, je ne saurais mourir content. Vous pouvez être sûr qu'en allant ou en revenant, mais plutôt en allant, je viendrai vous présenter mes civilités dans votre fortunée Provence et ce sera le plus grand bonheur qui puisse m'arriver en ce monde. »
(i, H. Hyman'S, Lucas Vorsterman, p. 38.
. DCLVII 20 janvier 1630. LE SECRÉTAIRE LORD DORCHESTER A COTTINGTON.
(EXTRAIT
Jan. f:, 1629-30.
My ver y good L^ :
Don Carlos De Coloma had his publike audience joinctly w*** the K. & Q. at y^ Banquetting house on Wednesday last the 6th of this pnt, being Twelft day, & separatly aftei-wards y® same day in both theyr private w*^ drawing Chambers, ail w*** as much splendo"", hono^ & good order as ever I sawe àny ; & one thing I believe he vvill confesse, y* he never in his lyfe found such pretty porters in a publike sale, for y® number of Ladycs was so great, they being divided from y^ Lordes & standing downe in fyle on y^ Q's side from y^ State to y® lower ende of y® banquetting house where y® Amb"" entred, y* they reached to y^ very dore, & yet were there many fallings out for spoiling one anothers ruffes by being so close ranked.
***** (DORCHESTER
Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Spain 69. Publié par Noël Saixsbury, op. cit. p. 142.
TRADUCTION