JOHN COKE A LORD DORCHESTER
Très honorable,
J*ai reçu avis que plus d'une douzaine de jeunes filles et de jeunes gens attendent, dans les ports de la Manche, pour passer la ntier sous la protection du beau-fils de l'ambassadeur d'Espagne et de Monsieur Rubens. Comme j'ai trouvé que cela se faisait à l'insu de Votre Majesté, et sans aucune ausorisation demandée au Gouvernement, j'ai cru de mon devoir de l'empêcher et de ne pas souflfrir que l'afifront nous soit fait que, des ambassadeurs ou des agents de princes étrangers, prennent la liberté de faire ce qui n'est pas permis dans les pays qui les emploient et ce qui n'a pas été toléré auparavant ici. J'en ai donc donné connaissance au lord gardien des Cinq Ports, dont les officiers délégués ont donné ordre, en son absence, d'arrêter ces voyageurs. Cette nuit, j'ai reçu une lettre de l'ambassadeur d'Espagne me faisant savoir qu'une demoiselle anglaise allait passer le détroit dans la société de son beau-fils don Juan de Vasques et de ^lonsieur Rubens, qu'elle était accompagnée d'une domestique et de deux autres messieurs qui possèdent des passeports des Lords du Conseil, et qu'elle va épouser sur le Continent un chevalier de bonne réputation, pour lesquelles raisons Sa Seigneurie me pria de les mettre en liberté et de leur permettre de passer la mer. J'ai répondu que Sa Seigneurie n'ignorait pas que d'après nos lois, en dehors des négociants, nul ne pouvait passer la mer sans une autorisation de Sa Majesté ou de Son Conseil, signé, dans le dernier cas, par six des lords; que, s'il voulait me faire connaître le nom et les qualités de ces demoiselles, je ferais des démarches auprès des Lords, qui, je n'en doute pas, agiraient avec tout le respect dû à Sa Seigneurie, s'ils ne trouvaient pas dans Tintérèt du service de Sa Majesté que l'autorisation devait être refiisée. Mais cela ne le satisfit point et il se proposa, comme le rapporte son messager, d'envoyer prendre les ordres de Sa Majesté. Eu égard à ses faits, j'ai cra utile de faire ce rapport à Sa Majesté, pour obéir ensuite à ce qu'il ordonnera. L'avis
que j'ai reçu portait que ces femmes voulaient partir avec beaucoup d'argent 12 mars i63o.
pour entrer en religion, ce qu'elles appellent contracter un mariage; lé terme
employé dans toutes leurs lettres pour dire qu'elles entrent dans un couvent
est qu'elles se marient. Les jeunes garçons sont envoyés aux écoles des Jésuites
et ne partent pas les mains vides. J'ai cru bien faire en empêchant cet abus
eu égard aux conséquences. Sur ce, je reste
de votre Seigneurie, le très humble serviteur. Londres, le T2 mars rtfo- John Coke.
Adresse :
Pour les affaires particulières de Sa Majesté, Au très honorable Lord Vicomte Dorchester, Secrétaire principal d'Etat de Sa Majesté, donné à New Market,
Urgent, Urgent, Urgent, poste urgente.
Londres, le 2 mars à 7 heures du matin.
COMMENTAIRE
Le 6 mars i63o, Rubens quitta Londres pour s'embarquer à Douvres. Mais le dernier des obstacles, qui s'opposaient à son retour à la patrie, n'était pas encore surmonté. Plusieurs jeunes anglais catholiques, des deux sexes, voulaient profiter du départ du délégué du roi d'Espagne, pour faire en sa société et sous son égide le trajet de la Manche. Les jeunes gens allaient étudier à Douai au Collège des Jésuites, les jeunes filles voulaient entrer au couvent. Seulement la loi anglaise défendait à tout sujet de Sa Majesté Britannique, autre que les négociants, de quitter le pays sans une autorisation spéciale de Sa Majesté ou de son Conseil. A Douvres, on ne permit pas que les jeunes Catholiques s'embarquassent avec Rubens, et le départ de celui-ci fut retardé par les négociations qui furent entamées par don Carlos Coloma avec le Secrétaire du roi, pour faire lever la défense. Nous ignorons si l'autorisation nécessaire fut accordée et si Rubens put ou non emmener ses jeunes compagnons de voyage. Toujours est-il qu'il fut retenu à Douvres ^
durant une quinzaine de jours, et ne put partir que le 23 mars i63o.
DCLXVI
i3marsi63o. LE VICOMTE DORCHESTER A SIR JOHN COKE,