‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 92 sur 104 · MINUTE D'UNE LETTRE DU ROI PHILIPPE IV A MARIE DE MÉDICIS · texte numérisé non relu

MINUTE D'UNE LETTRE DU ROI PHILIPPE IV A MARIE DE MÉDICIS

A la Reine-mère.

Rubens m'a remis une lettre au nom de V. M. et par elle j'ai été informé de la conduite que V. M. se propose de suivre. V. M. peut être certaine que je serai très heureux de voir mon frère le roi très chrétien être disposé à

faire plaisir et donner satisfaction à V. M., comme cela lui est dû, et j'espère ^3 septembre i63i.

que Dieu arrangera les choses de telle façon que V. M. se remette dans

l'union et Tamitié qui convient et que nous désirons tous. J'envoie une lettre

au duc de Terranova pour lui dire que je me réjouis avec V. M. de sa bonne

arrivée dans ces États et de la nouvelle que V. M. se trouve en bonne santé.

L'ordre sera donné au duc de s'informer en passant par Paris de la volonté du

roi très chrétien pour apaiser ces différends. Au marquis de Mirabel j'ordonnerai

la même chose pour gagner du temps et je le chargerai, après avoir entendu

les moyens que mon frère le roi de France propose et, après avoir délibéré

sur ce que contient votre dépêche, de voir ce qui est le plus approprié au

but et je le ferai mettre en œuvre et je ferai tous mes efforts avec V. M.

et avec le roi très chrétien pour que chacun de son côté se dispose à effectuer

la réalisation du bon et convenable accommodement de ces brouilleries. Notre

Seigneur, etc.

COMMENTAIRE

Après que le roi eut fait connaître sa décision à la reine-mère, l'Infante Isabelle et Rubens continuèrent à s'occuper des intérêts de Marie de Médicis. Le 12 août i63i, elle avait quitté Mons en compagnie de Tlnfante Isabelle et s'était établie à Bruxelles. Pendant son séjour dans cette ville, elle fit parvenir à Madrid par son intermédiaire un projet d'accommodement avec son fils que le comte-duc, dans le Conseil d'État du 26 octobre, trouva conçu dans des termes très convenables, mais que le marquis de Mirabel, l'ambassadeur de Philippe IV à Paris, jugea irréalisable à cause de l'opposition que le cardinal de Richelieu y aurait faite. Rubens d'ailleurs tenait le ministre espagnol au courant de ce qui se passait autour de la reine-mère.

Nous en trouvons la preuve dans le rapport du Conseil d'État tenu le 18 novembre i63i qui débute ainsi :

Sefior.

Las cartas de la seftora Infanta Dofta Isabel de 5 y 21 de Ottubre y las del Marques de Santa cruz, Marques de Mirabel, Don Lujs Phelipe de Guevara Pedro de San Juan, y Pedro Pablo Rubens de diferentes fechas para V. M. y el Conde Duque de Sanlucar contienen los puntos que por haverlas visto V. M. se sacan aqui sucintos

Pedro Pablo Rubens. Avisa que aquel gentilhombre de la Reyna madré fue ya a Holanda con instrucion conforme a la mente de V. M. y dize lo que siente en la materia.

Da noticia de haver dispuesto la Reyna madré su vinienda fuera de

t3 septembre i63i. Palacio, y de las disençiones que entre la Reyna madré y Duque de Orliens procura mover un clerigo de oratorio que ha dos meses fue alli desde Lorena el quai ha grangeado tal credito con la Reyna que la govierne absolutamente.

Que esto clerigo (se entiende) esta sobornada del Duque de Lorena de cuyo motibo fue alla y apunta Rubens que segun loque le ha dicho el mismo clerigo para obtener por scrito el consentimîento de la Reyna madré tocante al matrimonio del Duque de Orliens con la hermana del de Lorena.

Siente Rubens que no obstante las inquiétudes deste clerigo el partido del de Orliens disimulara mucho por no llegar a division con la Reyna madré el quai se obliga a no hazer paz sino es con direccion de S. A.

Que la empresa de Sedani se hubiera puesto en execucion sino fuera por alguna falta de nuestra parte.

Que se crée tendra efFecto aunque el Duque de Lorena trata imposiblitarla quien se entiende esta dispuesto a la voluntad del Cardenal Richilieu por promesa de darle consentimiento del Rey para el matrimonio de su hermana con el de Orliens.

Que ha estado en Amberes el présidente Loineux ministro principal del de Orliens que parece perssona de bu'ena intencion y buen criado de su Amo.

TRADUCTION

Sire.

Les lettres de Madame l'Infante Isabelle du 5 et du 21 octobre et celles du marquis de Santa-Cruz, du marquis de Mirabel, don Louis de Guevara, Pierre de San Juan et Pierre-Paul Rubens de différentes dates pour V. M. et pour le comte-duc de San Lucar, contiennent les passages que V. M. a vus et que nous résumons ici

Pierre-Paul Rubens. Fait savoir que ce gentilhomme de la reine-mère est déjà allé en Hollande avec des instructions conformes à la pensée de V. M. et dit ce qu'il pense à ce sujet.

Il fait savoir que la reine-mère est disposée à vivre hors du palais et les dissensions qu'a fait naître entre la reine-mère et le duc d'Orléans, un prêtre de l'oratoire qui il y a deux mois est venu ici de la Lorraine et qui a conquis un tel pouvoir sur la reine qu'il la gouverne absolument.

Que bien entendu ce prêtre est aux ordres du duc de Lorraine, dans l'intérêt duquel il travaille et l'on dit ici que Rubens annote que le même prêtre est ici pour obtenir par écrit le consentement de la reine-mère au mariage du duc d'Orléans avec la sœur du duc de Lorraine.

Rubens croit que, non obstant les intrigues de ce prêtre, le parti du duc

d'Orléans usera de beaucoup de dissimulation pour ne pas arriver à une i3 septembre i^3i. brouille avec la reine-mère, ce qui l'oblige à ne faire la paix que d'après le conseil de S. A.

Il dit que l'entreprise de Sedan sera mise à exécution sans aucune faute du moins de notre côté.

Il croit qu'elle sortira ses effets, quoique le duc de Lorraine essaie de la rendre impossible; on entend dire de celui-ci qu'il se conformera à la volonté du cardinal de Richelieu pour obtenir la promesse du consentiment du roi au mariage de sa sœur avec le duc d'Orléans.

Que le président Loineux, ministre principal du duc d'Orléans, a été à Anvers, qu'il paraît être un homme bien intentionné et un bon serviteur de son maître.

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