Soufflot a Marigny
Paris, le 23 octobre 1764.
Monsieur, aussitôt que j'ai eu reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, j'ai fait les démarches nécessaires tant hier l'après-midi qu'aujourd'hui pour me mettre en état d'y répondre. On n'a perdu et on ne perd aucun
temps pour parvenir à terminer le plus tôt possible la tenture de M. le duc de Praslin (1) ; on a même monté les pièces sur deux métiers pour aller plus vite, on les rentrayera ensuite ; mais quelque soin que l'on puisse apporter, on ne pourra livrer que vers la fin de l'année les quatre pièces principales, et les deux petites vers le mois de mars ; voilà, Monsieur, ce qme je puis vous dire de plus précis sur cet objet ; et avec la meilleure volonté possible on ne peut pas aller plus vite, parce que l'on ne peut mettre d'ouvriers qu'en raison de l'espace qu'ils occupent.
J'ai examiné aussi tout de suite ce qui pouvait convenir pour meubler les deux grandes pièces de l'hôtel du Contrôle Général (2) au premier étage ; je ne vois que la tenture des Indes (3) qui puisse nous fournir les grandeurs que les places exigent; sa hauteur est de 3 aunes 10 seize et répond à peu près aux 13 pieds de hauteur qui se trouvent depuis la hauteur d'appui jusqu'à la corniche ; trois petites pièces garniront la grande alcôve du fond de la première pièce et une grande la
(1) Sur cette tenture des Scènes de Tragédie en six pièces, voir Fenaille, op. cit., vol. III, p. 153-157.
(2) L'Hôtel de Pontchartrain, [rue Neuve-des-Petits-Champs, avait été affecté au Contrôle Général par bon royal du 3 juin 1756.
(3) Sur cette tenture des Nouvelles Indes employée à l'hôtel du Contrôle Général, voir FenaiJle, op. cit., vol. III, p. 49-50. — Cf. ordre de délivrance du 1" février 1768 (Arch. Nat. Ol 1117) :
Cours.
Le chameau 3 auneg 4 1/2
Le cheval rayé 4 » 14
Les taureaux 4» 5
Le combat des animaux 4 » »
Les pêcheurs ' 3 » 10
Le Roi porté par deux Maures . ... 4 » 5 1/2
L'éléphant 5 > 6 1/2
Le chasseur , . 4 » 1 */*■
Total du cours 34 » 3 »
Hauteur 3 » 10 .
Carré i*3 » 14 14
partie en face de la cheminée. A l'égard de la seconde pièce il y faut trois parties de tapisserie, deux petites et une grande, qui cependant ne remplira pas tout l'espace, mais on peut suppléer par un panneau de menuiserie ; ainsi, suivant les mesures que j'ai prises moi-même, je vois, Monsieur, que sept pièces de la dite tenture suffiront, et nous en avons de toutes prêtes. Il reste encore quelques ouvrages à faire dans l'hôtel du Contrôle Général, comme un plancher qui tombe de pourriture, des barrières à ajuster, quelque chose à terminer clans le jardin, mais' je ne sais plus comment m'y prendre avec les entrepreneurs pour les déterminer à travailler : le sieur Taboureux (1) et le sieur Gauthier (2) sont si obérés, qu'ils reculent tant qu'ils peuvent.
S 122. — SOUFFLOT A MARIGNT
Du 6 novembre 1764.
Monsieur, à la fin de juin 1763 vous donnâtes un ordre de délivrer de la manufacture royale des Gobelins quatre pièces de la tenture de Don Quichotte en haute lisse qui produisaient 40 aunes 3 bâtons 12 seize, lesquelles, à raison de 262 livres l'aune carrée au moyen du rabais accordé par le Roi, procuraient à la manufacture la somme de 10.541 1. 8 s. 1 d. M. Véron, après ses examens faits, préféra à la pièce de Don Quichotte servi par les dames celle de Don Quichotte fait chevalier, soit par rapport aux mesures, soit par rapport au sujet. Vous approuvâtes, Monsieur, qu'il rendît la première et qu'on lui livrât l'autre quand elle serait faite, à
(1) Entrepreneur de charpenlerie.
(•/) Entrepreneur de menuiserie.
condition qu'il la paierait au prix ordinaire de la manufacture. Elle vient d'ôtre finie, elle produit en carré 8 au. 3 b. 4 s., ayant de cours 2 au. 10, par la hauteur de 3 au. 2, et en argent la somme de 2.953 1. 2 s. 6 d. au prix ordinaire de 360 livres Faune ; celle qu'il a rendue ne produisant que la somme de 2.353 1. 18 s. 1 d., il reste à payer par M. Véron celle de 599 1. 4 s. 5 d.
MM. les entrepreneurs ont fait refaire à leurs frais un de nos ponts sur la rivière des Gobelins qui était absolument pourri. Vous avez agréé dans le temps qu'ils y employassent les arbres des jardins dont vous leur donnâtes la jouissance et qui n'étaient bons qu'à abattre ; comme le rétablissement de ce pont les pressait,, parce que non seulement il était utile à la maison mais encore plus à leurs jardins, et que nous n'avions pas de fonds pour le refaire tout de suite, ils crurent au moyen de ces arbres faire la réparation à peu de frais qu'ils partageraient entre eux ; ils ont été trompés dans leurs calculs, et leur dépense a, je crois, Monsieur, été au delà de 1.000 livres; pour l'alléger un peu, ils vous supplient d'appliquer à cette réparation la somme que doit compter M. Véron pour le surprix de sa nouvelle pièce en la réduisant au rabais que le Roi a bien voulu accorder sur les autres pièces ; je leur ai promis que j'aurais l'honneur de vous en écrire, et au fond je crois juste que cette réparation qui est devenue considérable ne soit pas toute à leurs frais, puisqu'il aurait fallu tôt ou tard la faire à ceux du Roi ; quelque chose qu'il vous plaise décider à cet égard, je vous supplie de donner l'ordre de délivrance de la dite pièce.
Archives Nationales, O1 2045.