‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 147 sur 224 · SOUFFLOT A MAR1GNY · texte numérisé non relu

SOUFFLOT A MAR1GNY

Paris, le 7 septembre 1767.

Monsieur, j'ai eu l'honneur de vous informer plusieurs fois du peu de profit que Ton retirait des dépenses que le Roi faisait pour former aux Gobelins des apprentis en tapisserie qui pussent devenir de bons et fidèles ouvriers; j'ai eu aussi l'honneur de vous proposer le rétablissement du Séminaire dans lequel ils doivent être élevés suivant les articles 6 et 7 de l'édit de création de la manufacture aux Gobelins du temps de M. de Colbert en 1667. M'étant de plus en plus aperçu du peu de réussite des apprentis de basse lisse et de l'affaiblissement des ateliers qui en étaient une suite, et voyant d'ailleurs l'impossibilité de faire de nouvelles dépenses pour cet objet, j'ai engagé M. Neilson à chercher des moyens plus propres

fourniture d'étoffes et teinture par chaque année, prise sur sept pendant lesquelles on a passé 100.000 1. sur l'état de chacune des dites années

faisant la somme de 700.000

Différence de la recette à la dépense 199. 4461

Sur les sept dernières années, cette somme qui provient de l'économie et des soins avec lesquels cette manufacture s'est conduite suffirait seule pour la payer, ainsi que celle de la Savonnerie, des sommes qui sont dues taat pour les ouvrages que pour les fournitures.

Paris, ce 2 juillet 1767, signé Soufflot (A.. N. O* 1554).

aux circonstances présentes. Entre plusieurs qu'il a proposés, Monsieur, vous avez goûté celui qui n'occasionnerait pas <le nouvelles dépenses, et vous agréâtes l'année dernière -douze apprentis qu'il croyait propres à remplir son objet. Il commença à les essayer alors en attendant que les pièces destinées au Séminaire fussent en état ; nous n'avons pu les y mettre que cette année, et je viens de voir avec plaisir Tordre et la tranquillité qui y régnent, les progrès qui commencent à à en résulter, et les soins assidus qu'y donnent les deux ouvriers qu'il a commis pour les veiller et le seconder dans l'intention où il est d'en faire de bons ouvriers et de bons sujets, ainsi que dans les moyens par lesquels il y réussira sûrement. Mais j'ai vu en même temps, Monsieur, combien le cboix des enfants sera nécessaire, et les changements fréquents, avant d'en trouver douze1 sur lesquels on puisse compter pour le présent et pour l'avenir, puisque de ceux qui avaient été premièrement choisis il n'en reste presque plus : les uns ayant marqué trop de dissipation et les autres trop peu de capacité ou de facultés. Mais comme le sieur Neilson s'était précautionné de surnuméraires, j'y en ai encore trouvé; quoique le nombre des douze apprentis soit complet, ce qui lui est arrivé à l'égard du premier choix dans l'essai qu'il a fait des sujets pourrait arriver encore à l'égard de quelques-uns de ceux qu'il a gardés ; en conséquence, Monsieur, je crois qu'il serait convenable de lui laisser la liberté du choix de ses élèves, a Un qu'il pût remplir plus sûrement, et sans aucun prétexte qui pût le justifier, si il y manquait, les engagements qu'il propose, et dans lesquels les intérêts du Roi seraient joints aux siens, parce que son plus grand avantage, étant de former le plus promptement qu'il pourra de bons sujets, il en résultera un très grand bien pour la manufacture sans aucune augmentation de dépenses. En efïet, Monsieur, vous avez coutume d'agréer environ tous les six ans douze apprentis en tapisserie de basse lisse, et des quatre ou cinq dernières promotions à

peine en a-t-il résulté un quart d'ouvriers passables; le reste ^a été dépense perdue et privation d'ouvriers ; dans le plan proposé, et qui suit, cela n'arrivera plus.

Vous avez coutume, Monsieur, de passer pour chaque apprenti du Roi 250 livres qui se payent en quatre ans, savoir la première année 100 livrés, la deuxième 75 livres, la troisième 50 livres et la quatrième 25 livres ; vous leur donnez de plus un lit qui coûte environ 180 livres, ce qui fait en tout 430 livres par apprenti. M. Neilson offre de se charger de former tous les six ans, suivant l'usage et autant que cela sera nécessaire, douze apprentis, si vous voulez lui attribuer les 430 livres pour chacun d'eux, payables aux échéances ordinaires par des ordonnances en son nom, en portant la valeur du lit sur la première année qui, dans ce cas, serait de 280 livres. D'après ce premier arrangement, il s'obligera de leur payer à chacun pendant les six années de leur apprentissage la somme de 624 livres, ce qui fera pour les douze celle de 7.488 livres. Plus, il payera aux deux ouvriers chargés de veiller sur leur conduite et de l'aider à les former, et pour un domestique, 1.200 livres par an, et pendant les six ans 7.200 livres. Il aura à supporter les frais de déchet d'ouvrages mal faits dans les commencements, et d'étoffes perdues; plus à faire les frais de cassettes, de chandelles et ustensiles pendant les six années, qui pourront monter à 4.000 livres, ce qui fait avec les sommes ci-dessus celle de 18.688 livres. La somme qu'il recevra du Roi pendant les six années ne sera que de 5.161 livres, par conséquent il aura à dépenser de plus 13.528 livres ; mais il espère, Monsieur, s'en Indemniser par les ouvrages que les dits apprentis pourront faire à son profit pendant le temps de leur apprentissage, et surtout dans les dernières années. 11 sera donc, comme je l'ai dit, de son intérêt de les rendre bons ouvriers, et il s'y engage moyennant les conditions ci-dessus; et le règlement qui suit : 14

1° Il maintiendra toujours pendant les six ans douzeapprentis, et aura des surnuméraires pour remplacer ceux que "3 défaut de capacité ou de conduite obligerait de renvoyer.

2° Ils seront occupés au profit du sieur Neilson à mesure de capacité sur différents ouvrages, soit pour le Roi, soit pour des particuliers.

3° Ils seront tenus de se rendre à la manufacture tous les jours de travail ; l'été à cinq heures du matin, et d'y rester jusqu'à huit du soir ; et l'hiver depuis six du matin jusqu'à neuf du soir ; sur quoi il leur sera donné quatre heures, savoir deux pour les repas, et deux pour le dessin et l'instruction aux écoles de la manufacture, où ils seront conduits par un de leurs surveillants.

4° Ils feront tout ce qui concerne le service des apprentis,, savoir le dévidage des étoffes, montage des métiers et autres» choses d'usage.

Archives Nationales, O1 1554.

Page 1