SOUFFLOT A MAR1GNY
Paris, 10 avril 1768.
Monsieur, j'ai l'honneur de vous envoyer le mémoire de MM. les entrepreneurs des Gobelins, au bas duquel j'ai mis le résultat des conférences que j'ai eues avec eux ; vous les avez entendus sur cet objet lorsque vous avez eu la bonté de voir
leurs ouvrages aux Gobelins ainsi que les tableaux de M. Belle (1) ; ils s'occupent à présent à chercher des acquéreurs ; j'espère qu'ils en trouveront, . moyennant les rabais auxquels vous acquiescez par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire à ce sujet ces jours derniers, et dont je leur ai donné connaissance.
Archives Nationales, Ol 1554.
MÉMOIRES DBS ENTREPRENEURS DBS GoRELINS
Paris, ce 9 avril 1768.
Les 'suppliants désirent avec raison des tableaux propres à faire des tentures pour les appartements ordinaires; celles qui ont été commencées par MM. Boucher (2); Pierre, Vien et
(1) Marigny avait fait approuver ces tableaux par le Roi dès le 22 mars (A. N. O1 2046).
(2) Par bon du 17 novembre 1755, S. M. avait approuvé « que l'on fit « sept pièces de tapisseries nouvelles aux Gobelins pour l'ameublement « du cabinet du Conseil et de celui du Jeu à Compiègne, pour lesquelles « tapisseries Sa Majesté avait auisi approuvé qu'on fit sept tableaux nou- « veaux, desquels le sieur Boucher, peintre de l'Académie et Inspecteur « des ouvrages des Gobelins, avait été chargé, et dont on lui avait laissé « la liberté de choisir le sujet ». — Malgré cette commande officielle, Boucher n'avait pas exécuté de modèles pour Compiègne, et en dehors des pièces de Vénus et Vulcain, les Jeux de V Amour et les Génies des Arts, faites de 1757 à 1761 pour le marquis de Marigny et Mmi de Pompadour, il n'avait donné aux Gobelins que des tableaux de chevalet qui avaient été placés, comme les tableaux de Ch. Coypel de la suite de Don Quichotte, dans des alentours de fleurs et d'ornements, alentours composés, d'après ses esquisses, par le peintre d'ornements Jacques. — En 1768, Boucher avait déjà fait les tableaux suivants : Vertumnê et Pomone, l'Aurore et Céphale, les Amours de Neptune et d'Amymone, Vénus aux forges de Vulcain, Vénus sortant deb eaux (Voir Fehaille, op. cit., vol. III, p. 228-232, 246-250).
Halle (\ ) ne se sont pas suivies, il serait à désirer qu'ils pussent les compléter. M. le Directeur Général a vu un des tableaux qu'il s'agirait de rembourser à M. Peire, qu'il a payés à M. Belle 2.200 livres, l'autre compris qui est une copie d'après M. Coypel ; ils complètent ensemble une tenture qui a été du goût de plusieurs particuliers pour lesquels on l'a exécutée. On pourrait peut-être faire aussi avec succès une tenture de pastorales de peu de figures dont M. Julliard ferait les paysages et M. Belle les figures, un peu plus grande que deminature, sur des esquisses que M. le Directeur Général approuverait (2).
Archives Nationales , Ol 2046.
(1) Noël Halle avait exposé, au Salon de 1765, un grand tableau, la Course d'Hippomène et d'Atalante, destiné aux Gobelins, mais il ne fut pas exécuté en tapisserie pour le Roi, pas plus que le tablean d'Achille reconnu à la cour de Déidamie, exposé au Salon de 1769. Mais son tableau Silène barbouillé de mûres par Eglé, commandé en 1763 pour les Gobelins et exposé au Salon de 1771, fut exécuté plusieurs fois en tapisserie. (Voir Fenaille, op. cit., vol. III, p. 197-199).
(2) Cf. un mémoire de tableaux faits pour le service de la manufacture des Gobelins par Belle en 1767 :
« Un tableau original représentant Psyché considérant V Amour en— « dormi, et les accessoires relatifs à la magnificence du palais de Psy- « ché, — 1.200 livres.
« Un second tableau, répétition en partie de celui de feu M. Coypel, « représentant Psyché abandonnée par l'Amour, — 400 livres.
« Rallonge, figure et paysage pour servir au tableau de M. Coypel re- « présentant Renaud endormi, — 350 livres. Toiles pour lesdits tableaux « et traits, — 250 livres. Total 2.200 livres. » (Arch. Nat. CM 2046). Mari- #ny autorisa l'achat des deux tableaux de Belle par lettre du 19 avril. Joints aux modèles des Fragments d'Opéra et des Scènes de Théâtre de Coypel, ils rentrèrent dans la série des Scènes de Théâtre. — Sur celte tenture de M. Marquet de Peire, voir Fenaille, op. cit., vol. II, p. 342- 343 ; vol. III, p. 162-167.