‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 22 sur 224 · Marigny a Soufflot · texte numérisé non relu

Marigny a Soufflot

A Versailles le 5 juin 1757.

J'ai reçu, Monsieur, avec votre lettre du 28 du mois passé, le mémoire du sieur Gouget orphelin bijoutier. L'intérêt que vous prenez à l'obtention de ce qu'il vous demande doit vous être un sûr garant que je lui accorde le logement, que le sieur Perron laissera vacant aux Gobelins dans quelques mois. Vous pouvez le lui promettre, et l'assurer qu'il sera pour lui.

Archives Nationales, O1 2044.

(l) Le brevet de logement à la manufacture des Gobelins pour Claude Perron, orfèvre-bijoutier, est du 18 mai 1750.

'22. — MATrnrrrr a &^«fflot

Paris, le 18 juin 1757.

Monsieur, à l'égard de Jean-Pierre Girault, par les informations que j'ai prises je vois qu'il y aura en effet dix ans au mois de septembre prochain qu'il est entré chez M. Hallet (1), orfèvre aux Gobelins; on lui a tenu compte, quaul à l'intérêt, <le six ans d'apprentissage et de quatre de compagnonnage ; -triais quant au brevet il aurait encore près de trois ans de eampagnonnage ; si cependant, Monsieur, vous voulez l'honorer <le vos bontés, et si il veut rester encore trois mois chez JMme la veuve Hallet et son fils qui l'occuperont, vous serez en droit dans ce temps de lui donner le certificat de dix ans de travail aux Gobelins sur lequel il pourra se faire recevoir maître, quoique son brevet n'en prouve que sept, parce que, selon ce que l'on m'a assuré, il n'a point à exhiber son brevet à la communauté, mais seulement votre certificat si vous lui faites la grâce de le lui accorder, sur celui que j'aurai l'honneur de vous envoyer signé des principaux des Gobelins et de moi. Sa faute est de n'avoir pas supplié M. de Tournehem, lorsqu'il entra apprenti en 1747, de lui accorder le brevet d'apprentissage; mais c'est une suite d'un abus qui a existé aux Gobelins, et contre lequel on voit avec peine que je me récrie ; je crois cependant, Monsieur, que vous approuverez ce que j'ai dit aux orfèvres qui y sont, que désormais lorsqu'ils voudront faire des apprentis il sera nécessaire qu'ils m'en informent avant de les prendre, afin que je puisse vous en rendre compte et que vous ayez la bonté, si vous approuvez le choix du sujet, de lui accorder un brevet de la date de son

(1) Le 16 juillet 1754, Michel Robert Hallet, orfèvre ordinaire du Roi eu la manufacture des Gobelins, déclare avoir pris pour apprenti le V* février 1751 Jean Delaporte.

entrée, qui par là sera bien constatée; il en résultera que l'inspecteur et moi verrons de temps en temps si l'apprenti se comporte bien soit pendant son apprentissage soit pendant son compagnonnage envers son maître, et son maître envers lui, et si l'un et l'autre travaille à profiter de vos bontés et à procurer selon vos vues un bon sujet à la communauté des orfèvres et au public.

Celui-ci pourrait, Monsieur, servir d'exemple de votre volonté à cet égard, en l'obligeant à travailler encore deux à trois ans chez Mme Hallet et son fils ; mais je crois qu'ils ne sont pas bien ensemble et c'est sans doute pour cela qu'il demande à finir son compagnonnage ailleurs ; ceci est encore un abus et n'est supportable que dans le cas où le maître des Gobelins n'aurait absolument pas de quoi l'occuper et lui en donnerait un certificat, et dans ce cas je croirais qu'il conviendrait mieux de le placer chez un des autres orfèvres de la manufacture, s'ils avaient de quoi l'occuper, que chez un de ceux qui demeurent dans la ville, chez lesquels cependant il serait juste qu'ils pussent aller quand cela serait d'absolue nécessité, puisque sans cette possibilité d'y continuer leur compagnonnage ils auraient perdu le fruit de leur apprentissage ; mais avec cette précaution, je ne crois pas que la communauté des orfèvres eût jamais de justes plaintes à faire, comme je vois qu'ils en ont eu par des mémoires dont les copies sont dans mon bureau, qui démontrent assez clairement quelques abus des orfèvres des galeries et des Gobelins.

Je crois, Monsieur, que votre intention est de conserver avec soin les privilèges de votre place, et que j'y veille dans la partie que vous avez eu la bonté de me confier ; mais je suis persuadé que vous n'aimez point les abus et c'est pour cela que je suis jentré dans le détail de l'objet actuel, sur lequel j'attendrai vos ordres pour m'y conformer [\).

(1) Réponse de Marigny le 23 juin 1757 : « Je n'accorderai point le

Je m'informai hier de Mme Coselte, comme je m'étais informe'de M. Gibert (1), si nous étions en état de fournir ce que vous m'avez fait l'honneur de me demander pour Saint- Hubert; nous avons et en banquettes et en portières tout ce que le garde-meuble demande ; ils auront même à choisir pour les portières quant aux différents fonds pour les couleurs ; elles ont trois aunes et plus de hauteur sur deux aunes huit seize de largeur (2).

M. de Vaucanson me fit le plaisir de venir hier à la manufacture y examiner mes idées pour la basse lisse ; nous y

certificat que le sieur Giraidt père me demande pour son fils. Ainsi il remplira chez le sieur Hallet ou chez un autre orfèvre résidant dans la dite manufacture les trois années de campagnonnage qui lui manquent pour pouvoir jouir du privilège attaché à cette manufacture par l'édit de son établissement. C'est tout ce que je puis faire ne voulant point donner un certificat qui dans le fonds se trouverait contraire à son brevet. C'est lui faire une assez grande grâce de lui donner la libtrté de travailler dans les Gobelins chez un autre maître que le sieur Hallet par la raison que vous m'en donnez ; mais je n'entends point que cette grâce soit tirée à conséquence pour l'avenir, ni que les apprentis des maîtres orfèvres travaillant dans les Gobelins aillent travailler, pour remplir leurs dix années, chez un autre maître dans les Gobelins mêmes que chez celui à qui on aura permis de les prendre pour apprentis. Vous convenez par là qu'à plus forte raison je ne leur permettrai pas d'aller travailler chez d'autres maîtres en ville. Je sais combien d'abus ont occasionnés ces permissions contraires à l'esprit de l'établissement de la manufacture, et dont les maîtres d'orfèvrerie à Paris m'ont porté leurs plaintes avec beaucoup de fondement.

Vous aurez agréable de faire lecture de ma présente lettre à la manufacture des Gobelins en présence de tous les principaux habitants, et vous leur ferez sentir de ma part que telle sera la règle à l'avenir, que mon intention est de conserver les privilèges que le Roi y a attachés, et que le vrai moyen de les conserver est de ne pas permettre qu'on en abuse ».

(1) Gibert, premier inspecteur de la manufacture de la Savonnerie.

(2) « Par lettre du 14 juin : 12 dessus de banquettes de la Savonnerie de 6 pieds de long, et 12 de 4 pieds 8 pouces de long. » — Le château de Saint-Hubert venait d'être construit par Louis XV entre Versailles et Rambouillet.

restâmes jusqu'à huit heures du soir, et, après avoir fait travailler devant nous dans les différents genres, il m'assura de la possibilité de l'exécution de mes projets ; en conséquence j'ordonnai au menuisier qui travaille aux métiers de faire tout de suite un modèle sur une échelle de deux pouces pour pied d'un métier de basse lisse tel qu'on les a toujours faits ; il m'a promis de le porter mercredi ou jeudi chez M. de Vaucauson, qui me fera le plaisir d'en faire construire un suivant mon système, dans son atelier, où il a les matières et les ouvriers nécessaires pour toutes sortes de machines ; si, comme je n'en doute plus, je parviens à réaliser mes idées par son secours, j'espère, Monsieur, que la basse lisse sera bientôt, vu la bonne volonté et les talents de M. Neilson, peut-être aussi parfaite que la haute, et ne reviendra pas aux deux tiers pour le prix ; il est vrai qu'il faudra changer les métiers, mais cela se fera peu à peu; les rouleaux et d'autres pièces pourront servir, et les nouveaux métiers ne seront pas beaucoup plus coûteux que les anciens.

Archives Nationales, O1 1546.

Page 1