SOUFFLOT A MàRIGWÏ
Paris, le 21 juin 1760.
Vous avez appris par M. Denis (1) qu'il a reçu les rescriptions promises et six mille francs en argent ; je crois qu'il recevra les quatre autres la semaine, et successivement les trente mille promis en dernier lieu. Les ampliations d'ordonnances (2) que vous avez eu la bonté de me laisser et qui ont été payées cette semaine ont mis les manufactures en état d'aller encore quelque temps. J'ai eu l'honneur de vous dire que j'avais appris que le sieur Tremblin avait disparu de celle des Gobelins ; en effet sa femme qu'il y a laissée est venue me remettre son brevet; j'ai été en conséquence examiner ce qu'il occupait ; je n'y ai pas trouvé beaucoup de meubles ; ils avaient apparemment pris leurs précautions contre les saisies qui probablement vont se faire quand on saura son départ ; je fais faire, Monsieur, des plans de ce qu'il occupait qui est considérable, pour vous en proposer la distribution; j'ai dit à M. Belle de veiller à ce qui se passerait sur tout cela, pour que je vous en rende compte s'il arrive quelque chose ; il n'a rien paru de nouveau que ce que je joins ici.
Paris, le 27 juin 1760.
Monsieur, depuis que j'ai eu l'honneur de vous écrire au *ujet de M. Tremblin, j'ai reçu une lettre de lui par laquelle il
(1) L'un des deux trésoriers généraux des Bâtiments du Roi.
<2) « Pas un sol ne sortait de la caisse des Bâtiments, qu'en vertu
me marque qu'il est en Allemagne ; il m'en a aussi fait parve^ nir une pour vous la remettre (1). Je travaille aux arrangements qui peuvent se faire des parties qu'il occupait appartenantes au Roi, et fais des recherches sur celles qu'il tenait à loyer et que l'on dit avoir dépendu autrefois des Gobelins, afin de vous en rendre compte.
Je viens d'apprendre avec bien du plaisir par M. Pierre (2) que vous êtes en très bonne santé, et que vous comptiez toujours arriver lundi (3). Tout va dans mon département aussi bien que le temps le permet. Vous aurez appris les bonnes nouvelles que Ton a eues du Canada, on croit fort que Québec est pris (4), suivant quelques lettres d'Angleterre.
Archives Nationales, O1 2045.
d'ordonnances signées par Sa Majesté elle-même, et contresignées par le directeur général ». (Arch. Nat. O1).
(1) Cf. une lettre de Marigny à Tremblin, du 4 décembre 1760 : « J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 1er du mois de septembre, dans laquelle « vous m'apprenez votre arrivée à Pétersbourg, et le dessein où vous « êtes de vous y arrêter pour tâcher d'y faire valoir vos talents. Vous « me demandez des lettres de recommandation pour cette cour; je « vous en envoie deux, l'une pour M. le marquis de l'Hôpital, l'autre « pour M. le baron de Breteuil. C'est aux ambassadeurs du Roi que je « demande pour vous leur protection auprès du ministre de S. M. I. « la Czarine, et je vous recommande à M. l'ambassadeur de France « avec d'autant plus de plaisir que vous vous efforcerez et par la sagesse « de votre conduite et par votre application à votre état de mériter « qu'ils s'intéressent pour vous auprès des ministres de la cour de « Russie ».
(2) Jean-Baptiste Marie Pierre, professeur à l'Académie de peinture^ premier peintre après Boucher, directeur de la manufacture après Souftlot de 1781 à 1789.
(3) Le Directeur général venait de passer quelque temps, dans sa terr& de Marigny en Orxois.
(4) Les Anglais avaient pris Québec le 18 septembre 1759, mais Vaudreui! au commencement de 1760, avait battu les Anglais à Sillery, les avait rejetés dans la ville et les y assiégeait. Malheureusement il manqua de persévérance et ne rentra à Montréal que pour y capituler le 8 septembre.