‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 74 sur 224 · SOUFFLOT A MAR1GNY · texte numérisé non relu

SOUFFLOT A MAR1GNY

Paris, le 26 octobre 1760.

Monsieur, par une lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'éciire le 9 de ce mois, vous m'ordonnez de faire faire un état des tapisseries qui se trouvent actuellement à la manufacture des Gobelins ; j'avais eu celui de vous en envoyer un le 10 juillet dernier, fait ainsi que vous le désirez, et de vous marquer dans la lettre qui y était jointe (2) que vous verriez,

(1) On trouve dans le même carton toute une série de pièces se rattachant à une suite de discussions entre le curé et les marguilliers de Saint-Hippolyte, au sujet de l'exemption pour les employés des Gobelins de la charge de marguillier.

Il est d'abord question d'un sieur Villol, brasseur des Gobelins qui, invoquant le privilège des Gobelins, voulait être exempté. Un jugement du Châlelet le condamna. A ce sujet on constate la compétence des Requêtes de l'Hôtel pour juger tous procès intéressant le personnel des Gobelins.

La même question s'était présentée pour Neilson. Celui-ci hérite d'un oncle ; il est Ecossais de naissance, mais les ouvriers des Gobelins sont naturalisés par édil de Louis XIV, et il a le droit d'hériter. — Réélu marguillier en 1761, Neilson proteste, en vertu de l'article 7 de l'édit du 21 décembre 1667 exemptant les ouvriers des Gobelins de tutelle, curatelle, guet et garde de ville et autres charges publiques et personnelles. Il gagne son procès (A. N. O1 2.045).

(2) Nous a'avons pas retrouvé celle lettre.

Monsieur, que si cette manufacture coûte au Roi, il en résulte aussi des marchandises pour une somme très forte, et qu'il serait avantageux, comme j'avais déjà eu l'honneur de vous le faire connaître, qu'elles fussent préférées, pour des présents dans les cours étrangères, à ceux qu'on a coutume de faire et dont les matières viennent de dehors (1). J'ajoutais que le plaisir qu'elles y feraient en occasionnerait peut-être une consommation considérable. Vous avez gardé cet état et me l'avez remis vous-même, Monsieur, il y a quelque temps, comme ne vous étant plus nécessaire ; je l'ai porté aux Gobelins ces jours derniers pour en raisonner encor avec M. Cosette ; il l'a fait avec soin et l'a signé, bien certain d'avoir en sa garde tout ce qui y est porté (2), excepté les tentures qui ont été portées par ordres ainsi que cela y est spécifié. J'ai l'honneur de vous l'envoyer, et j'aurai au commencement de l'année celui de vous en remettre un où seront les pièces entrées en magasin jusqu'à ce temps-là. J'ai eu celui de vous dire et de vous écrire que les tapisseries se retirent sur le <*ours, et même sensiblement, après un certain nombre d'années ; les mesures sur l'état sont telles qu'elles ont été prises par mes prédécesseurs et par moi lorsque la pièce sort de dessus le métier ; il peut y en avoir où il se trouve jusqu'à un seizième de moins présentement : c'est un effet de la chaîne

(1) Marigny avait communiqué l'idée de Soufflot à M. de Choiseul le 26 septembre précédent : « Nous avons dans les magasins des Gobelins « plus d'un million de différentes tentures de tapisseries ; ne trouverez « vous pas à propos d'employer une partie des fonds que vous destinez « aux achats de pierreries et de bijouteries que vous enrichissez du « portrait du Roi pour les cours étrangères, à faire l'acquisition de « quelques tentures de la manufacture des Gobelins pour ces mêmes « cours étrangères ? Louis XIV a souvent ainsi récompensé les services « des minisires des cours étrangères nos alliées; seraient -ils moins sen- « sibles aujourd'hui à ce môme témoignage de satisfaction de la part t d u Moi ? »

(2) Le concierge des Gobelins avait aussi la garde des tentures.

qui a été longtemps extrêmement tendue sur les métiers, et qui se resserre ensuite peu à peu.

Je ne puis trop vous supplier, Monsieur, d'exécuter le projet que vous me faites l'honneur de me dire devoir tourner • à l'avantage de cet établissement et le soutenir dans toute sa vigueur ; je suis témoin continuel des peines et des embarras de ceux qui guident les ouvrages et de ceux qui les font ; je les ai soulagés tant que je l'ai pu, mais je ne peux aujourd'hui que les consoler et les encourager par des espérances.

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