‹ Correspondance de StendhalChapitre 104 sur 134 · LOUVET · texte numérisé non relu

LOUVET

(1) Dernière IcUre officiellti de Beyie.

(2) A ce billet étaient joints les deux volumes ayant pour titre : De r Amour, assez aide édition, publiée en 1822 pour la première fois. (R. C)

AU COMTE CLM, A ROME

Compiègne, le 25 février 1842.

Mon cher Comte,

Je reçois votre lettre du 6 février. C'est avec un sensible plaisir que j'apprends que M™® la Comtesse jouit d'une excellente santé et ne s'est retirée qu'à 5 heures du matin de la fête brillante donnée par notre Ambassadeur.

Je reçus, en effet, dans les premiers jours de janvier et au Havre où j'étais à la chasse, la lettre que vous me chargiez de remettre. Je ne suis revenu à Paris qu'il y a une vingtaine de jours. Arrivé vers midi, je suis reparti pour Compiègne à 6 heures du soir. Je suis allé d'abord m'informer de l'adresse de la personne qui loge rue de l'iiiiversité, n" 43. J'y suis allé vers les 2 heures, elle n'y était pas ; j'y suis retourné en partant à la nuit, je n'ai pas été plus heureux. Alors comme je pensais rester peut-être une quinzaine de jours à la campagne, j'ai cru devoir mettre votre lettre à la poste, ainsi je n'ai pas fait votre commission exactement comme vous le désiriez. J'en ai été d'autant plus fâché qu'un hasard imprévu m'a fait revenir à Paris, avec la famille que j'avais suivie à la campagne, 4 ou 5 jours après.

Je ne puis pas vous offrir de remettre une nouvelle lettre en mains propres, car j'ai presque le projet d'aller passer quelques jours à Londres vers le milieu du mois de mars.

En France, on peut charger une lettre. Dans ce cas la personne qui la reçoit est obligée d'en donner reçu sur un registre. Il est possible que la poste de Rome reçoive les lettres chargées pour Paris. Lysimaque peut prier M. Fausin de Marseille de charger une lettre pour Paris. \'ous aurez vu dans les journaux que le comte Pozzo di Borgo est mort il y a peu de jours dans son hôt'd rue de l'Université, n^ 43. Je suis i-À- <|)(', mon cher Comte, de n'avoir pas mieux fait votre commission.

J'ai pensé bien souvent à vous étant à la chasse dans les belles forêts des environs de Compiègne. Une dame de mes amies, qui avait un mari fort âgé et grand chasseur, a perdu cet époux, les formalités nécessaires l'ont obligée à aller habiter son château. Elle a prié ses

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amis de vt'iiir lui faire compagnie dans celle Irisle circonslaiice. En ma qualité de chasseur, j'ai luîrité d'une chasse superbe, cinq jours par semaine au moins je faisais 5 ou 6 lieues avec des chasseurs du voisinage qui sont bien vite devenus mes amis. Pourriez-vous le croire ? j'ai souvent i-egretté les solitudes de Civita-Vecchia, 1;> politesse m'obligeait à faire presque eontinuellenuMit la belle conversation avec ses chasseurs et je ne pouvais Jiie livrer aux pensées que j'aurais eu tant de plaisir à trouver dans ces forêts magnifiques. Pour comble de misère, sous peine de passer pour fier, j'étais obligé d'écouter la conversation amusante de trois valets de chasse du feu maîtn^ d(> la maison, auxquels je donnais cinq francs par jour toutes les fois que je tuais quel- (jue chose ; je tirais en général de 5 à 10 pièces. J'aurais été charmé de pouvoir payer 10 francs et rester maître de ne jamais dire un mot ; mais je me serais acquis une réputation abominable auprès de Mesdames les femmes de chambre de la maison et des huit ou dix domestiques qui nous avaient suivis. Un autre malheur, c'est qu'il n'était guère possibh; d'assister au dîner sans faire toilette. Comme le maître de la maison, défunt, avait 35 ans de plus que la jeune veuve, il avait été décidé que, malgré sa douleur et pour ne pas trop attrister les amis qui étaient venus de Paris pour lui faire compagnie, elle pouvait donner à dîner aux dames des environs ; malgré les routes abominables on venait à ses dîners de 3 lieues de distance ; je vous avouerai même que ces dîners étaient d'une gaîté qui nous embarrassait. Enfin il est question de revenir sinon à la chassj, du moins à la campagne aux premiers jours de mars. Notre hiver jusqu'ici a été fort beau, nous avons un beau soleil deux fois par semaine, à peine avons-nous vu la neige ; je vois dans les journaux que Bologne en a été accablé ; et vous à Rome, avez-vous été contents ? Pardonnez-moi cette longue lettre, je suis si paresseux pour écrire que je profite avec empressement de celte bonne occasion de faire une longue conversation avec vous.

Trouvez ici, je vous prie, mon cher Comte, l'assurance renouvelée de mes meilleurs sentiments et de ma considération la plus distinguée.

A M. DONNAI RE DIRECTEUR DE LA Reviw des Deiix Mondes, a paris

Paris, le 21 {{) mars \8^2.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 7 mars. A quelques petits détails près, j'adhère à toutes vos conditions.

Vous me donnez votre parole d'honneur, de ne changer aucun mot au manuscrit (comme le cœur brisé dans VAbbesse de Castro)

D'ici à un an, je vous livrerai le manuscrit de deux volumes de Contes et Romans, formant deux volumes comme La Chartreuse de Parme, environ 16 ou 17 feuilles de la Revue.

Ces deux volumes seront payés 5.000 francs.

Tous les deux mois je vous ferai parvenir une nouvelle, laquelle sera signée : Siendhal.\'ous pourrez l'insérer dans la Revue des Deux Mondes. Vous aurez le droit de réunir ces romans en volumes in-8, tirés à sept cents exemplaires. Après cette édition in-8 vous aurez, en outre, le droit de faire une édition in- 18, format populaire, tirée à 3.000 exemplaires, le tout signé Stendhal.

Ces divers droits seront payés sur-le-champ la somme de quinze cents francs.

A l'insertion de chaque nouvelle, elle sera payée cinq cents francs ; la somme totale de 5.000 francs sera complétée lors de la publication de l'édition in-8 .

Au moment où paraîtront chacune de ces éditions, vous me ferez remettre douze exemplaires de chacune, ou la somme de 00 francs.

Dans le dessein de corriger les erreurs littéraires, j'aurai le droit, à chaque nouvelle édition, d'effacer une page et d'en ajouter deux ou trois.

Ci-joint ma quittance des quinze cents francs.

Recevez, Monsieur, etc..

H. BEYLE

(l) Cfttf» lettre est probiiblement la dernière que Beyle ait écrite, puisqu'il fut frappé lie ratta(|Ui' <ra|)i)plexie à laquelle il a suerombé, le 23 mars (R. (l.)

P. S. — Si VOUS faites des annonces ou publiez dos catalogues, je vous prierai d'y placer les titres des ouvrages de M. de Stendhal (1).

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