‹ Correspondance de StendhalChapitre 107 sur 134 · LETTRES DE STENDHAL A M. DE STROMBECK · texte numérisé non relu

LETTRES DE STENDHAL A M. DE STROMBECK

[O's trois lettres d'Henri Boyle au baron Frédéric Charles de Strombeck (177I-J848) ont été découvertes, en 1907, dans les archives de la famille de Strombeck, déposées au Herzogliches Landeshauptarchiv à Wolfenbiittel, par M. Arthur Schurig qui a bien voulu nous les communiquer.

Stendhal parle, à différentes reprises, du baron qui fut son ami, durant son séjour à Brunswick, de 1806 à 1808 : notamment dans une lettre à sa sœur Pauline, du 12 Mai 1807, où il le désigne sous le nom de Struve ; dans V Essai sur V Amour (p. 204) il le met en scène sous le pseudonyme de Mermann ; et enfin dans Vllistoire de la Peinture en Italie, une note de la page 209 nous apprend que le baron était « un des premiers jurisconsultes de l'Allemagne et l'un des hommes les plus vrais. » (A. P.)

De son côté, dans les Scènes de ma vie et de mon temps (Brunswick, 1833) le baron de Strombeck racontant ses relations avec Henri Beyle, écrivait : « Je puis même dire que nous éprouvions de l'amitié l'un pour l'autre. C'était alors un jeune homme savant et cultivé de vingtsix ans environ. Sa vivacité toute française s'alliait à une bonté sans égale. Il venait me voir presque tous les jours et m'accompagnait dans mes promenades. Il séjourna même quelque temps dans ma maison de campagne (1) et nous fîmes ensemble quelques excursions dans le Harz et sur le Brocken.... » (Cf. Gazette de Francfort n" ÎM», du 7 avril 1907 .t Journal des Débats, n<' 111, du 22 Avril 1907]. — A. S.

(1) C'est 1p château flo Ornss-TwAlpstedt, anjnnril'hui propriété du baron Ernest de Strombeck.

Paris, le 19 cwril 1811.

Vous devez me croire mort, mon cher ami. Voici la cause de mon silence : beaucoup de travail et beaucoup d'amour pour le plaisir. Depuis plus d'un mois, je projette de vous faire une longue lettre. Je devais aller passer deux mois à Rome en mission. Ce voyage aurait été charmant. J'avais fait préparer ma cassette (?) et mes malles ; il a été décidé ce matin qu'il n'aurait pas lieu. J'aurais bien désiré que vous fussiez Français, vous auriez conservé votre p[la]ce (?) qui aurait été éternelle comme le grand Empire.

Ne partez pas de la brièveté de ma lettre pour me croire un cœur léger, regardez ce billet comme un à-compte.

Présentez mes respects à M"^^ de Str[ombeck] (1) à la touchante <ï>'.X'.t:7::o'.ov (2) et à M''^ d'Oeynhausen (3). Je ne renonce point à l'espérance d'embrasser ces dames, si elles le permettent, d'ici à un an.

Adieu, tout à vous.

H. BEYLE

« M. de Siromherk.

Président du Tribunal de Celle,

à Celle. [Royaume de Westphalie\.

[Saint-Cloudl le 1er ^4^,2^ 1811.

J'ai été bien désappointé en ne vous revoyant pas ce matin, mon cher ami. Ecrivons-nous, du moins, souvent, pour abréger une absence qui ne sera pas, je l'espère, bien longue. (4)

(1) Mme Amélie de Strombeck, née de Bulow (1778-1860) mariée le 2 avril 1799.

(2) Philippinchen. Mlle Philippine de Bùlow, sœur ainée de Mme de Strombeck, née en 1777, morte abb<;sse de Steterbur^î. Stendhal, dans son livre de V Amour, l'appelle la •< céleste Philippine ».

(3) Sur Mlle Charlotte d'Oeynhausen, Cf. Strombeck, Scènes de ma vie, II. p. 71.

(4) Le baron de Strombeck était à Paris depuis le 21 juillet 1811.

Rappelez-moi au souvenir do M'"*^ do Str[ombeck], de <l>tX;--Lotov et de M"*' d'Oeynhauscn, Votre départ impromptu m'a empêché de vous remettre un petit livre que M"'" Philip [pine de Bulow] eût accepté de votre main et qui lui eût prouvé mon respectueux souvenir. Adieu, mon cher ami, au revoir à Rome ou à Hambourg. Ma vie, quoiqu'hcuivuse, m'ennuie un peu ; le mouvement m'est nécessaire, je brûle de voyager. J'espère beaucoup du voyage de Hambourg dont je vous ai parlé. Dites à Fritz (1) que le Schwarz Franzose (2) l'embrasse. Je désire bien que cet aimable enfant apprenne le français et vienne un jour occuper une petite chambre dans mon appartement à Paris.

H. BEYLE

A/, de St rombecii Président du Tribunal de Celle.

à Celle {Royaume de Westphalie),

Florence, le 6 octobre 1814.

Mon cher et excellent ami, je ne sais si ce sont mes courses qui m'ont empêché de recevoir de vos nouvelles depuis huit mois ou si les lettres se perdent en Allemagne. Je vais, à cette heure, à Milan ; de grâce, écrivez-moi bien vite dès que vous aurez reçu mon billet. Ne pouvant prévoir s'il ne sera pas pour d'autres que pour vous, je coupe court.

Je ne suis plus rien après avoir été employé très-activement pendant les premiers mois de 1814. Je me trouve très content en Italie où je passerai peut être un an ou deux.Doimez-moi de vos nouvelles dans le plus grand détail à Milan.

Dites mille et mille choses pour moi à Mme de Str[ombeck], à *;).'.--'.o'.ov et à votre aimable fils. Donnez-moi, de grâce, mille détails sur votre famille et votre position. Adieu, je désire bien que cette lettre vous parvienne.

Tout à vous pour jamais.

H. BEYLE

Au baron de Slrombeck

Président de la Oour de Oelle à Wolfenhtittel {Hanovre)

(1) Pelit-fils dfi M. de Slrombeck (1803- 1887).

(2) 1,0 noir Français. (Nutes de M. A. Schurig)

Page 1