‹ Correspondance de StendhalChapitre 27 sur 134 · I. (1) AU BARON DE MARESTE · texte numérisé non relu

I. (1) AU BARON DE MARESTE

[Romel 4 Juillet [1831].

Cette lettre ira de Rome à Toulon en 45 heures, malheureusement je suis faible. Les Autrichiens évacuent le 15 prochain, mais nulle concession pour les natifs du pays. Cependant, ça ne peut pas aller. Le premier ministre (2) vient de donner pour 700 mille écus, à 5,37, la ferme des Sels et Tabacs. Les Tabacs seuls rapportent ordinairement 1200 mille écus. C'est un pillage complet. Le maître de céans (3) est absolument lige de M. de Metter[nich). Le maître a fort bonne mine. Il ressemble, trait pour trait, au Général [Rivaut de la Raffinière] qui commandait à [Rome] et anciennement à Brunswick. L'air ennuyé. Le 16, 24 heures après le départ, la révolte recommença. Nous avons ici M. de St-Priest, d'Espagne, duc d'Almanbaza, je crois ; il est l'ambassadeur d'Henri V. Je vous envoie des lettres originales pour vous montrer la dissolution.

Comte de CHABLIS.

(1) Collection de M. P. -A. Cheramy.

(2) Bernetti.

(3) Le pape.

Rome, le 5 Juillet 1831,

Malgré mon menton en avant, je suis au mieux, cher ami, avec mon chef d'ici. Voici un rouleau pour faire votre pâtisserie, plus deux Cenci, par le divin Giovita Garavaglia. Le tout vous est porté par M. Horace Vemet, qui, en trente-six heures, va de mon trou à Toulon. Choisissez celle des deux qui vous dit le plus ; envoyez l'autre à mademoiselle Julie Berlinghieri.

Le grand secret de ce pays est que les tedeschi s'en vont tout à fait le 15 juillet, ce qui sera annoncé à la Chambre le 22 ; mais le 16 la révolte recommence. Du reste, le pillage est sans bornes ni pudeur. Le cardinal Nettiber (1) donne la ferme des tabacs et sels pour sept cent mille écus ; elle en rend douze cent mille ordinairement. N'allez pas me croire imprudent ; je frémis en formant ces caractères. Sans l'occasion des Pâques (2), je n'écrirais pas de telles horreurs. C'est absolument la dissolution.

Le maître d'ici a une fort bonne figure ; j'ai reçu sa bénédiction il y a un quart d'heure. Il a l'air surtout ennuyé ; tout à fait lige à M. de Metternioh.

L'ambassadeur d'Henri V ici est M. de Saint-Priest qui était en Espagne et que Ferdinand VII a fait duc d'Almanzara ou quelque chose comme cela.

Ma santé revient, mais lentement. Grand Dieu ! quel séjour que celui de Grotta-Ferrata ! dix mille rossignols et les plus beaux arbres ; deux lacs incroyables, une forêt où je veux monter ; — mais il y a les brigands. Malheureusement j'étais trop faible, mon esprit seul admirait ce divin pain de sucre, au milieu de la plaine, nommé la montagne d'Albano. Lo cœur était mort et tout à la douleur physique.

Je ne sais ce que je vous écris ; je fais mon métier, qui donne mille

(1) Bernetti.

(2) Il s'apit sans doute ici des Pâques qu'en Itaile on renouvelle assez généralement vers la Pentecôte.

tracas au moment de l'expédition d'un Sphinx ; c'est le nom de l'admirable bateau à vapeur qui emporte le petit cardinal d'Isoard.

Adieu, cher ami, je vous aime tendrement. Dites à M. Dijon (1) que tout va en bouillie, tout tombe, tout languit ; c'est une maladie de langueur. Les chefs sont niais et ne veulent pas d'avis. Dominique ferait des rapports superbes. Mademoiselle Sophie lui a fait conseiller de s'abstenir.

AU BARON DE MARESTE

[Romel 7 Juillet [1831].

Ma santé se rétablit lentement. J'ai acheté fort cher le Budget et des notes. Je vous enverrai ce fatras par Marseille. J'ai reçu toutes les commissions dont s'est chargée la complaisance de Colomb, excepté la ceinture. Nous ne pensons qu'aux élections. Il semble que Dalmatie les voyant tourner un peu à gauche, se brouille avec Casimir Périer. Nous brûlons de curiosité. Envoyez-nous un mot sur les élections. Sont-elles Casimir ? Sont-elles Laffitte ? Beaucoup d'hommes nouveaux, je pense. On annonce le choléra morbus à Vienne, à Trieste. On craint pour Ancône. Permettra-t-on la force de Sivigaglia ?

Clara a-t-elle accompagné Apoll ? Je le voudrais, c'est un joli spectacle. Si vous voyez Fiori, engagez-le à faire demander à l'Hôtel des Princes, rue Richelieu, à M. Horace Vernet, un paquet que lui porte ce grand peintre. Les Autrichiens évacuent le 15 juillet.

AU BARON DE MARESTE

[Romel 19 JiiiUet [1831].

Si vous avez la patience de lire la lettre à M. Riedwer, elle contient vérité. La chaleur m'accable d'autant plus que je suis encore faible

(1) Le comte MoIé.

(2) Collection de M. P.-A. Cheramy.

(3) Collection de M. P.-A. Cheramv.

COHHESPONDANCl:: DE 8ÏENDHAL

de la maladie et affaibli par une diable d'aqua santa que je bois. La danse recommence à Forli, Spoletti, Bologne, Rimini. Nous ne connaissons encore que 81 noms de députés. MM. J-ou. et Labare nous ont bien étonnés. A tout prendre, le nombre de noms nouveaux me fait croire que cette Chambre sera moins « Diipine » que l'autre. Après tout, ce serait une tyrannie que de vouloir forcer un pays à être plus libre, plus généreux qu'il ne le veut. Je vous envoie des fragments (1), car vous êtes capable de me croire exagérant. Régime est fort poli et fort bon pour votre serviteur. Si vous savez le nom de la terre de M. Rœderer, substituez-le à la rue St-Honoré et jetez à la poste. Bien des choses à M""^ Azur et à M"® Clara. A-t-elle suivi Apoll ?

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