‹ Correspondance de Théodore JouffroyChapitre 20 sur 57 · Lettre à Damiron, du 8 août · texte numérisé non relu

Lettre à Damiron, du 8 août

40 LA J lit N ESSE ET LA MOUT

Darmaing. On le lui reprochait vivement. Mais Cousin est libéral, reprend Jouffroy ; les fonctionnaires épouvantent les provinces de ce mot. Qu'est-ce donc que le libéralisme? C'est ici qu'intervient la théorie;

Le problème, essentiel pour l'homme, est celui de sa destinée. Le christianisme avait donné de ce problème une solution claire, et cette solution avait été comprise et acceptée. Mais, à la faveur de l'ignorance, on a ajouté a*u christianisme une foule de dogmes absurdes ; quand l'absurdité de ces dogmes a apparu à l'esprit humain, il a conclu à l'absurdité du christianisme lui-même et à la fausseté de la solution qu'il avait donnée ; « et, comme le christianisme était la seule règle qu'eût le monde, avec lui tomba toute règle. » — « De ce que cette règle avait été reconnue fausse, on conclut qu'il n'y en avait pas du tout ; qu'il n*y avait rien qu'on dût faire, rien qu'on ne dût pas faire ; le monde se retrouva dans le même état où il s'était trouvé à la chute du paganisme... De là, d'une part, « le désespoir dans certaines âmes, l'agitation et l'inquiétude dans le peuple; de l'autre, l'arbitraire posé en principe et réalisé dans la pratique, entraînant à sa suite les plus affreux désordres».

Mais, se hâte d'ajouter Jouffroy, « enfin, nous commençons à sortir de cet état ; à reconnaître qu'il y a du devoir et que nous avons une destinée. L'ennui, le désespoir, la langueur s'évanouissent ; une nouvelle activité anime l'esprit humain ; il s'élance vers ce devoir et cette destinée dont il ne doute plus ; il la cherche avec ardeur» . Qu'avons-nous à faire? La chercher, la montrer, la faire accepter...

u Cette destinée, cette règle ne sera adoptée que si elle est comprise ; elle ne sera comprise, que si elle est conforme à la raison ; elle ne sera conforme à la raison, que si elle est sa loi même, sa loi éternelle, loi qu'elle conçoit dès qu'elle est éclairée ; loi qui se compose des principes immuables de la justice.

DE TIIÉODUIŒ JOUFFROY 4i

« Voilà ce que veulent ces hommes qui proclament sans cesse les droits et les devoirs de l'homme, qui en appellent sans cesse aux principes de la justice, qui veulent que ces principes passent dans les lois, et que l'arbitraire soit banni des constitutions politiques ^ »

C'est ainsi, par sa méthode habituelle et rigoureuse de la déduction philosophique, que Jouffroy arrive à définir et à justifier. la politique doctrinaire et libérale. Et il ajoute :

<* Voilà pourquoi ces hommes ont l'opinion, car ils lui offrent ce qu'elle désire : une règle et une règle qu'elle comprend 2. »

Seul à ma connaissance, malgré lout le talent des doctrinaires, JoufTroy est descendu jusqu'à ces profondeurs et a clairement discerné et signalé dans le devoir la seule assise vraiment solide sur laquelle puisse reposer la liberté.

Mais continuons l'exposé de ses idées :

« Voilà pourquoi, ajoule-t-il, les libéraux triompheront, car ils ont pour eux la force des choses, qui veut actuellement qu'une règle soit manifestée, qu'une solution soit donnée au problème de la destinée humaine ; qui veut, de plus, que cette règle soit rationnelle ; qui veut, par conséquent, que cette règle ne soit autre chose que la justice et toutes ses conséquences et ses conditions : telles que la liberté individuelle, la liberté de penser, de parler, la distribution égale de la justice, la piirlicipation des peuples à la confection des lois, la tolérance religieuse, l'égalité de tous devant la loi. Or ces gens qui veulent cela, qui ont pour eux l'opinion et qui triompheront, sont ceux que j'appelle /i6e-

Sans doute, ils ont des adversaires, et quels sont-ils ? Jouffroy les comprend dans six catégories différentes :

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