‹ Correspondance de Théodore JouffroyChapitre 35 sur 57 · A M. Béchet, 31 octobre · texte numérisé non relu

A M. Béchet, 31 octobre

admettre, bien qu'ils se contredisent, car il est possible que nous ne voyions pas comment ils s'accordent, tandis qu'il est impossible que des faits, qui sont, ne soient pas*. »

Et, de même qu'il croit à la spiritualité et à la liberté de Tàme, il croit à son avenir immortel : « Je suis à peu près sûr de mon immortalité », écrit-il à Damiron. Toutes ses lettres impliquent cette foi. Quand Damiron a perdu son père, JoufTroy lui écrit : « La vie du devoir est auguste et l'autre vie ne lui manquera pas ^. » Quand Damiron voit mourir un frère qu'il aimait tendrement, il n'hésite pas à lui dire pour le consoler : « Vous avez des croyances, des espérances'. » On ne fait appel à ces espérances pour les autres que lorsqu'on les partage soi-même.

Mais, nous l'avons déjà dit, dans ces causeries intimes, dans ce libre épanchement de deux âmes, la philosophie ne prend que bien rarement la forme systématique. Elle s'exhale en soupirs, en regrets, en aspirations, en espérances, en rêves: et c'est là que l'âme de JoufTroy se montre vraiment tout entière, avec ses alternatives d'abattement et d'enthousiasme, mais avec sa grandeur native, son haut et puissant essor vers l'infini. Ainsi en est-il de cette admirable lettre sur la mort de Fribault, l'un de ses camarades, où l'on sent passer comme un souffle platonicien et un souvenir du Phédon :

« Il était dans l'ordre que votre frère mourût, écrit-il à Dubois *j mais celui-là nous apprend avec quel calme on doit supporter Tordre ; et, comme vous le dites, sa dernière lettre est une belle leçon. — Tel était Fribault s, dans les

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