‹ Correspondance de Théodore JouffroyChapitre 6 sur 57 · A Oamirôii, 4 mars · texte numérisé non relu

A Oamirôii, 4 mars

un commerce à Rennes. Jouffroy lui répond sans tarder, et avec quelle ardeur passionnée il gourmande son ami et cherche à lui démontrer qu'il n'est fait ni pour la province, ni pour une boutique, ni pour une femme vulgaire ; qu'il est appelé à de plus hautes destinées, à la vie de l'esprit, à la gloire !

« Cher ami! votre cœur a besoin du mien, comme le mien a besoin du vôtre. Comme vous, les circonstances m'ont rejeté dans mon pays, au milieu d'une vie tout étrangère à mes habitudes et à mes projets, et peut-être à mes vœux! Oh! qu'une année apporte de changements à notre situation! Qu'une année peut créer de regrets et flétrir d'illusions! Au sein de nos montagnes couvertes de neige, je m'écrie comme vous : Où sont les souvenirs de Suisse, les promenades de Saint-Gloud et les soirées de Paris? Où sont les amis qui furent? Où sont ceux qui vivent encore ? Non, mon cher Dubois, rien ne remplace un ami, un véritable ami comme vous étiez et comme j'étais pour vous ! »

Puis il ajoute :

« Mon ami, n'oubhez pas les sublimes jouissances du patriotisme, de la philosophie, des lettres et de l'amitié. N'oubliez pas la vanité de cette vie quand elle n'est pas consumée à agrandir son âme, à élever celle des autres, à réchauffer dans le commerce d'hommes dignes de vous les hautes pensées et les nobles sentiments... Nous dépassons, par nos conceptions, la beauté de tout ce qui est. Rien ne nous convient ici-bas qu'un développement large, libre et vigoureux de nos facultés intellectuelles et morales'. »

C'est à de hautes destinées que Jouffroy appelle ses amis et se sent appelé lui-même. Et pourtant, cet homme, à l'âme si haute, au cœur si vaillant, n'est qu'un timide dans le monde et devant les femmes.

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