‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 110 sur 217 · CXIX. — Aux officiers municipaux de Bernay · texte numérisé non relu

CXIX. — Aux officiers municipaux de Bernay

Le 37 juillet I^90.

Je croîs conjecturer assez certainement qu'il y aura au moins quatre juges dans chaque tribunal du district, que le tribunal de votre district sera placé dans le cheflieu. Je ne puis encore asseoir un jugement certain sur le mode des appels; il est probable que le tribunal d'appel ne sera pas fixe, et cependant ne sera pas à la disposition seule de l'appelant.

L'afiaire de Montauban nous a fait passer jusqu'après minuit (i). La procédure commencée à Montauban est regardée comme non avenue ; la municipalité de Toulouse, qui connaît des matières criminelles, est chargée de cette affaire. La municipalité de Montauban est suspendue de ses fonctions; ses ordonnances relatives à la garde nationale déclarées comme non avenues, la garde nationale rétablie sur son ancien pied, sauf aux volontaires à se faire incorporer. On demande au roi le renvoi du régiment de Languedoc et l'envoi d'un ou même de deux autres régiments.

Il est impolitique de nommer le régiment de Languedoc et de le désigner comme antipatriotique. Deux inconvénients peuvent en résulter : aigrir ce régiment et le noter aux yeux des autres. Je crois qu'à la lecture du procès verbal, ce matin, on remédiera à ce double danger (2). On n'est pas sans inquiétude sur l'exécution de ce décret. Le ^arti antipatriotique est le plus fort et est d'accord avec le régiment. Une partie de l'Assemblée a résisté à ce décret avec toutes les armes ordinaires, l'impudence, l'artifice, la dérision; elle s'est enfuie, lorsque toutes les chicanes ont été épuisées.

On a dénoncé au Comité des recherches le manifeste

(i) Séance du 26 juillet, Moniteur réimpression. V, 3;6. (2) Il fut fait droit à cette observation, et le décret porte ces simples mots : le régiment qui y est en garnison (à Montauban). Moniteur^ V, 238.

des contre -révolutionnaires, et on annonce qu'on travaille à Texécution du projet de Maillebois trouvé dans les papiers de M. Bonne-Savardin, qu'on a laissé échapper des prisons de l'Abbaye. M. de Condé doit être généralissime ; on craint une invasion dans le Dauphiné ou du côté de Lyon, où il y a toujours une fermentation de 3 ou 4,000 hommes en insurrection. On craint pour Avignon, et cette prétendue armée dirigée contre la France pourrait bien se rassembler dans le Comtat, et fondre sur cette malheureuse ville, et nous ne sommes pas en mesure pour la défendre.

On croit le roi de Hongrie d'accord avec la Prusse et la Turquie. Le roi de Prusse, moyennant Thorn et Dantzîck, laissera I^opold entrer à main armée dans les Pays-Bas, lui donnera sa voix pour l'Empire. Le nouvel empereur cédera à la Pologne une partie de la Galicie. Belgrade sera démantelé, et une partie des conquêtes restera à l'empereur. Cette nouvelle, quoique vraisemblable et bien appuyée, a sans doute encore le grand motif de nous inquiéter par la présence d'une grande armée dans le Brabant.

Les antipatriotes es saientjusqu'àquel point on peut faire fermenter le mécontentement des affligés. La réforme des pensions et le nouvel ordre judiciaire augmentent beaucoup cette classe. Toutes les inquiétudes ne sont pas de nature à cesser dans ce moment, et la nation a grand besoin de montrer une énergie qui en impose à ses ennemis du dedans et du dehors. J'espère être la semaine prochaine à portée de vous exprimer les sentiments de profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être... (Papiers R. Lindet.)

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