‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 149 sur 217 · CLXVII. — Au même. Le 5 juin ijçi · texte numérisé non relu

CLXVII. — Au même. Le 5 juin ijçi

Mon frère, les malheureux Contadins, même les Carpentrassiens, nous forceront de les prendre. Ils seront à nous malgré nous, ou du moins malgré notre majorité.

Le cardinal Collier ^ étant actuellement bon serviteur du pape, devrait obtenir la grâce entière de Cagliostro. Cet illustre adepte languit dans les prisons, par ordre du Saint- Père, qui Ta soustrait à la potence à laquelle l'avait condamné la sainte Inquisition. Il serait aujourd'hui d'un grand secours pour cette Éminence, qui n'y voit guère plus clair dans les affaires du royaume que dans les siennes.

Quelques petits mouvements en Alsace (i), quelques spadassins, prenant le chemin le plus long pour rejoindre le généralissime de la défunte aristocratie, ont relevé le courage et l'intrépidité de quelques milliers de moines et chanoines déguisés, qui, après avoir abjuré le costume ecclésiastique, vont partout déclamant pour maintenir ou rétablir la sainte discipline ecclésiastique, qui leur per-

(i) L'affaire de Colmar fut rapportée dans la séance mercredi i«' juin. Moniteur^ réimpression, VIII, J67.

tenue le soir du

mettrait de jouir des biens de ce bas inonde et de renoncer à ses chagrins.

Nos non-conformistes ne désespèrent de rien : ils ont ouvert, le jour de l'Ascension, l'église desThéatins. Si cela avait bien réussi, ils en auraient bien auguré; cela ne s'est pas bien passé ; ils en prennent occasion de déclamer contre la violation de la liberté et le mépris des décrets. Quelques prêtres furent envoyés pour essai; ils dirent leurs messes; une douzaine de dévotes communièrent. Le peuple se chagrina, entra dans l'église, nonobstant Técriteau : — Edifice consacré au culte religieux par une société particulière^ paixetliberté ; il chassa les prêtres •et les dévotes, renversa l'autel et les saints. Ainsi, malgré les décrets, le peuple s'obstine à dire qu'ils ne faut pas deux <:ultes catholiques, que les non-conformistes ne s'assemblent que pour prêcher contre la Constitution, qu'ils ne songent qu'à lui faire la guerre sous prétexte de prier Dieu, qu'ils ne forment d'assemblée que pour calculer leurs forces, échauffer les esprits et concerter leurs moyens. Les décrets de l'Assemblée sont fondés sur des principes vrais, et Topinion du peuple est fondée sur les faits qui ne sont pas moins vrais.

P.-5. — Aujourd'hui, grand mouvement des gardes nationales pour protéger les non-conformistes théatins.

On ne pendra plus, parce que les Parisiens ont pendu. On décollera, quoiqu'ils aient porté des têtes au bout d'une pique. Les gentilshommes ne se sentaient pas de goût pour la potence, quoiqu'ils aient perdu leur privilège. Ils ont mieux aimé s'associer tous les coquins de bas aloi dans les honneurs de la décollation.

On verra le sang ruisseler, on applaudira à l'habileté d'un bourreau bien exercé qui séparera proprement une tête du tronc, et cela adoucira les mœurs. (Papiers R. Lindet.)

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