‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 195 sur 217 · CCXXII. — Au même. ÉvreuXj le 8 juin · texte numérisé non relu

CCXXII. — Au même. ÉvreuXj le 8 juin

Mon frère, me voilà encore à Evreux pour quelques jours. J'en partirai lundi, 18 juin, pour aller à Bourgtheroulde, où viendra aussi Tévêque de Rouen, pour une grande procession célèbre dans le Roumois. Je rabattrai de là, après quelques jours de marche, à Bernay. Je retournerai à Conches le i" dimanche de juillet, je marcherai, pendant la semaine, du côté de Beaumont et Harcourt, et quelques paroisses sur cette ligne ; je rabattrai encore sur Bernay.

Dans ma dernière course, j'ai visité le Bec. Je n'ai pas vu les moines, mais ils se sont disséminés dans les maisons du bourg, pour voir tout l'étalage patriotique qui m'a environné tout le jour, malgré Taristocratie du médecin maire et du receveur commandant. Saint-Clair d'Arcey (i) m'a ramené à Bernay, et venait me chercher, si je ne les avais prévenus. La plaine du Neubourg m'a donné, à Combon , une fête très patriotique. Le prieur de Bray s'est surpassé : c'est le bel esprit, le faiseur, et le constitutionnel par excellence de ce canton. Sa garde nationale, sa municipalité n'étaient rien, en comparaison d'un régiment de filles toutes en uniforme blanc.

(i) Le curé Lainy, qui devait remplacer Lindet à Tcvêchc de l'Eure.

La faction autrichienne est toujours redoutable : elle sait parer tous les coups. Elle a paralysé l'armée, elle sauvera tous les perturbateurs intérieurs. Les g-ardes licenciés sont consolés, les prêtres bannis sont conservés, les années étrangères approchent. Tout le monde voit une trahison. Le nombre et la qualité des traîtres effi-aient. Les dénonciations échouent : on aime mieux affiscter de n'y pas croire, que de prendre de grands moyens. La Haute- Cour nationale suit le régime expectant. C'est à la nature à terminer cette crise. L'Assemblée nationale enveloppera-t-elle Paris d'une armée de gardes nationales des départements? Cette idée est bonne, mais il vaudrait mieux expulser les traîtres, en les congédiant avec précaution, pour éviter leur rassemblement sur les routes.

Nous sommes menacés de nouveaux troubles : il est impossible qu'il n'y ait pas quelque désordre à leur occasion. Le blé renchérit, les laboureurs eux-mêmes sont effrayés d'être pris au mot, quelque prix qu'ils demandent.

... Hier, la municipalité, le district et le département ont assisté à la procession avec toute la garde nationale.

Le tribunal criminel seul n'y a pas pris part. M. Buzot veut bien fraterniser avec nous, dans les fêtes civiques, ainsi qu'il Ta écrit en réponse aux invitations qui ont été faites par mon conseil, en mon absence.

CCXXIIL — Au même. Évreux, le 75 juin 1J92.

Mon frère, il paraît qu'on se familiarise avec l'idée de 20,000 hommes aux environs de Paris. Les processions reçoivent une vive attaque. Voilà encore un nouveau ministre. M. Servan, M. Roland valaient, je crois, mieux que Dumouriez et Noailles. Dumouriez aura de la peine à faire croire qu'il est autre chose qu'un intrigant ; Dieu nous garde^qu'il soit un traître! Clavière a été maltraité

depuis quelque temps : je ne sais si Tembarras ou la résistance de la machine n'est pas son seul crime.

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