‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 164 sur 226 · AU RUI · texte numérisé non relu

AU RUI

Dijon, 3 mai lv>68.

Sire, je receu au soir des lectres (1) qu'il vous a pieu m'escriprc par Mauvicyère qui s'en est allé au

(l) Daléeâ du i7 aynl (iMs. 15545, f. iOS; Cf. f. il3).

24i COnnESPONDANCE

droict depuis Auccrro trouver le duc Casimyr, lequel est party d'Espoisse et venu en la vallée Sainct- Tliibault, sa personne logée à Marcilly près Viteaux. Et ay veu la délibéraclon de Vostre Majesté, s'ilz ne se veuUent contanter de Targent que leur avés promis, les faire sortir de vostre royaulme, soyt par force ou par amour; comme aussi ay veu ung mémoyre que m'a envoyé ledict Mauvicyère, où sont contenu quelques compaignies jusques au nombre de vingt de gens de pied; mais je ne sçay où sont celles qui doibvent aller en Piémont. Et me commandés encoyres que je prene les bandes qui sont à Yertuz; desquelles, comme je vous ay jà escript, Vostre Majesté se trouvera trompée, n'ayant point esté suyvy l'ordre qui avoit esté délibéré au conseil, quant je partys, qui estoyt que lesdictes bandes attendroyent audict Yertuz, faisant leursdictes monstres jusques à ce que les trouppes dudict duc Casimyr fussent hors de vostredict royaulme, en la Lorrayne. Mais elles ont faict leurs monstres, à ce que j'ay entendu, en la Picardye, et leur a on commandé par vostre ordonnance de se retirer en leurs maisons. Il en a passé infiniz desbandez par ce pays. Voilà commant vous estes désarmé le premier, et semble, sauf meilleur avys, et aprez toutesfoys avoir bien pesé la conséquensse de sce fait, si vous avés résollu de faire sortir ces gens hors vostredict roiaulme par force, qu'il sera nécessayre s'ayder du duc de Saxe et de voz reystres. Si cela est et il vous plaict les faire marcher et costoier au long de la Lorraine droict à Neufchasteau, ilz se trouveront au-devant do coulx-cy. Et s'il vous plaict

DE GASPARD DE SAULX-TAVANES 2 do

avoir le mot du guet dudict duc, qu'il veille combattre et faire une partye de ce que je luy diray, je seray en deux jours audict Neufchasteau, ou l)ien les yray trouver plus avant pour les amener le droict chemin trouver ceulx-cy ; mais il fauldroyt que Monsieur de Guise ouz aultre vint en dilligonce en Champaigne, pour amener des gens tout sce qu'il pourra. Je y en méneray de ce pays aussy ce que je pourray de gens de cheval, qui ne sera guière, parce qu'ilz guardcnt leurs maisons. Vous péserés aussi si ceulx de la religion, encoyres que leur ayés tenu tout ce que leur avés promis, s'en vouldront mesler.

Quant à s'aydcr des Italyens, la Bourgongne on a assés mange, et ne sçay comme elle se pourroyt accorder avec aulx. Tout ce que dessus n'est que par manière d'advis et advertissemant de vostre gendarmerye ainsi retirée, et ce dont vous pouvés ayder pour forcer ces gensicy; car j'estime qu'il ne sera point de besoing, et ([u'ilz prendront raison on payemant. .Tay trouvé façon de faire veoir la carte du chemin dudict Casimyr, où est contenu de[niisla vallée de Sainct-Thehault, venir passer à Ysurthillo et descendre en la playne, et tenir depuis Selongey, Montsaujon, Fontayne-Franroyse, et cottoyor la Franche-Conte, sans toutesfoys espargnor les villages qui sont sur le bord, tii'iint (l!'(Mt à [-('ssrulx (I), et pour faire plaisir à Monsieur (\^' Lorraine, tenir la main droicte do son pays jus(|uos au pays de Vauge h^ phis que faire se pourra. Ledict Mauvis-

(1) Lciseux (Vosges), .^ W kil. de Saint-Dit^

sière me doibt advci tir de la rcsponce qu'il fera, et advertira quant et quant Vostre Majesté, laquelle se résouldra ce qu'il sera à faire, s'il fault mener les mains, attendu qu'il n'y a point de gendarmes. Je ne fauldray à très humblement obéyr à ce qui me sera commandé.

Au demeurant. Sire, j'ay ce jourd'huy receu voz aultres lectres du xxvi' du moys d'apvril adressantes à Monsieur d'Aumalle contenant qu'avez jà cy-devant escript que l'on vous eust à donner advis des villes et places de ce gouvernement, où il sembloit estre besoing commectre quelques gentilzhomes pour y demeurer et tenir main à l'observacion de voz eedictz, réservant toutesfois les villes, où il y a baillys et sénéchaulx. Mais je n'ay point veu ceste première despeche ny patentes, sur quoy ce que m'en escripvez est remis, de sorte que je ne sçay que c'est; et considérera Vostre Majesté que depuis qu'il est question de porter lettres patentes ou éditz généraulx, ilz ne viennent jamais en ce pays que ung mois ou deux après que les aultres les ont heu. par la négligence des chevaucheuis qui mesmes les envoyé par petitz messagiers sans y venir eulx mesmes.

Sire, etc.

De Dijon, ce IIJ« may 1568.

Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms. 463o, f. 34. — Minute.

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