‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 19 sur 74 · LE DIRECTOIRE A TALLEYRAND, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

LE DIRECTOIRE A TALLEYRAND, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES

2 thermidor an V (20 juillet 1797).

Le Directoire exécutif charge le ministre des relations extérieures de faire parvenir aux ministres plénipotentiaires de Lille, en réponse à leurs lettres du 28 messidor (16 juillet) et celle du 30^ du même mois,

* Par la première de ces lettres, les plénipotentiaires de Lille écrivaient au ministre des relations extérieures, Ch. Delacroix :

« Vous nous avez fait passer la résolution du Directoire qui nous

l'intention où il est de ne se départir en rien de la résolution du 25 messidor, demandant au lord Malmesbury une réponse catégorique sur la restitution de toutes les possessions que l'Angleterre a occupées sur nous et sur nos alliés, et portant que le consentement de l'Angleterre sur ce point est le préliminaire indispensable de la négociation ; le ministre des relations extérieures ajoutera dans sa réponse aux plénipotentiaires, que si la République française avait à réduire ces demandes, ce serait plutôt sur elle que sur ceux qui ont uni leur

prescrit de déclarer au plénipotentiaire anglais qu'on ne peut entrer en négociation avec l'Angleterre, qu'au préalable Sa Majesté Britannique n'ait consenti à la restitution de toutes les possessions espagnoles et hollandaises qui sont en son pouvoir.

a Pour notre instruction, et aûn de nous faire connaître le motif qui avait déterminé la résolution du Directoire, vous nous avez envoyé copie de l'article sixième et secret du traité d'alliance conclu avec la République balave, et de l'article treizième du traité d'alliance conclu avec l'Espagne.

« Si l'intention du Directoire était, comme il n'est plus possible d'en douter, d'exiger en faveur de nos alliés et sans restriction la restitution de leurs possessions dans les Indes et en Afrique, il nous semble. Citoyen ministre, que vous deviez rétablir celte restitution pleine et entière, comme une condition sans laquelle on n'entrerait pas en négociation, et prévenir lord Grenville de ce préliminaire indispensable.

« Quoi qu'il en soit, nous sommes arrivés au moment d'entrer en négociation avec le lord Malmesbury, si sa Cour, à laquelle il expédie un courrier aujourd'hui, l'autorise à donner le consentement exprimé dans la note qui lui a été remise hier. Nous devons prévoir que si l'Angleterre se détermine à une restitution cojnplète envers la France, la Hollande et l'Espagne lorsque la France retient une partie de ses conquêtes, et obtient par là un poids considérable dans la balance des puissances continentales, elle attachera à ce sacrifice qui la prive de tous les avantages qu'elle se promettait de ses succès dans le cours de cette guerre, une telle importance, qu'elle ne

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cause à la sienne, qu'elle consentirait à faire porter sa modération.

TALLEYRAND AU DIRECTOIRE

2 thermidor an V (20 juillet 1797).

La lecture réfléchie des pièces relatives à la négociation de Lille ne permet pas de douter que les difficultés ne naissent uniquement de l'insistance que les traités patents et secrets conclus entre la France et ses alliés l'obligent à mettre pour obtenir en leur faveur la

pourra se montrer que très difficile sur les demandes ultérieures que nous avons à lui faire. »

« Salut et respect.

(t Le Tourneur, Pléville Le Peley, Hugues B. Maret. »

Dans la seconde lettre, Le Tourneur et Hugues B. Maret (le futur duc deBassano) informaient le ministre que : « Lord Malmesbury avait exprimé l'embarras dans lequel allait se trouver le cabinet britannique, en apprenant que la Fcance exigeait pour article préliminaire de la paix à négocier, une condition qui embrassait dans ses conséquences tous les points sur lesquels devait porter la négociation; qu'adopter cette condition, c'était consentir dès le premier pas et en première instance au résultat le plus fâcheux qu'aurait pu prévoir l'Angleterre dans le cas oii elle se fût trouvée dénuée de toutes ressources pour continuer la guerre et réduite aux derniers abois ; et qu'il avait demandé si, en présentant à sa Cour une condition aussi absolue et tellement rigoureuse qu'en y acquiesçant elle se compromettrait envers la nation, il ne pouvait pas lui laisser entrevoir quelque moyen de conciliation. »

restitution pleine et entière des conquêtes faites sur eux par l'Angleterre.

Il est évident que le plénipotentiaire anglais était autorisé à promettre la restitution des conquêtes faites sur la France ; la plus précise de ses notes indique même clairement que la Trinité, présentée comme équivalent de la partie espagnole de Saint-Domingue, le Cap, Ceylan, la ville et fort de Cochin, considérés aussi comme échange de IVegapatnam, sont les possessions que le ministère anglais désirait acquérir, pour couvrir d'une manière brillante aux yeux de la nation les suites ruineuses d une guerre devenue impopulaire : il importe donc d'écarter tous les autres points d'opposition moins marquants et de fixer le véritable état de la négociation et des obstacles qu'elle rencontre.

La République française a dû montrer la résolution inébranlable de défendre avec plus de chaleur que les siens les intérêts de ses alliés : elle a dû développer une magnanimité digne de sa puissance. Il fallait que la renommée de sa loyauté fût à jamais célèbre ; il fallait que tous les gouvernements, que tous les peuples apprissent par ce témoignage de la protection du Gouvernement français qu'une fois admis dans la liste de ses alliés, il ne leur était plus permis de craindre aucun dépouillement ni presque aucun revers à l'abri de sa force et de sa gloire ; voilà le langage, voilà les lois de l'honneur et de la vraie dignité ; et c'est à ces lois que le Directoire vient de se montrer parfaitement conforme. Tels sont, en effet, les principes pleins de

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noblesse que vos résolutions du 25 messidor et du 2 thermidor et ma dernière dépêche chargent les plénipotentiaires français de professer. Vous ne quitterez jamais cette ligne si généreusement tracée. , On ne peut cependant se le dissimuler : les compensations et les objets d'échange sont les seuls moyens de négociation lorsqu'il y a des pertes et des conquêtes. Il est bien à craindre que maigre le besoin de la paix, malgré les avertissements reçus du mécontentement national, malgré les sinistres avant-coureurs d'une explosion terrible, le ministère anglais ne veuille pas consentir à signer les restitutions de toutes les riches possessions coloniales qu'il s'est appropriées, quand il voit déjà avec tant de dépit et de regret l'augmentation de notre puissance continentale et peut-être aussi avec tant d'espoir nos divisions intérieures, exagérées sans doute à ses yeux, mais que sans doute aussi il se promet bien d'entretenir et surtout de faire tourner à son profit.

Quels moyens restent donc à votre sagesse pour conduire à cette paix si étroitement liée avec le retour du calme dans l'intérieur, implorée par tant de sacrifices, appuyée par tant de vœux et surtout par les vôtres? Quel parti conciliateur de ce que vous devez aux besoins de la France, de ce que vous devez à sa gloire? Ce n'est ni vous qui ferez céder l'honneur à des intérêts personnels, ni vous qui proposerez à vos alliés de sacrifier les leurs : mais les consulter en quelque sorte eux-mêmes, les rendre tout à la fois confidents

de ce que nous avons fait pour eux et juges de ce qu'ils doivent faire, les mettre pour ainsi dire à portée de nous presser de ne pas leur nuire par une dangereuse et inutile persistance, les laisser à la suite d'une communication amicale peser dans leur seule balance les avantages de la paix, les sacrifices qu'ils peuvent être disposés à lui faire et les inconvénients d'une rupture qu'il y aurait peut-être plus de fierté que de générosité à provoquer pour eux sans leur aveu, leur permettre enfin de nous exprimer aussi leurs désirs, et peut-être d'intercéder eux-mêmes auprès de vous pour obtenir le droit de faire certaines concessions qu'ils regarderaient comme plus que compensées par le bonheur de la pacification générale, n'est-ce pas là. Citoyens Directeurs, la marclie d'un zèle bien entendu? n'est-ce pas là le devoir même d'une amitié attentive et prévoyante?

Ne jugerez -vous donc pas convenable de donner, dans des circonstances si importantes, à une pareille communication, l'appui d'une mission extraordinaire? Ne serait-il pas habile et franc tout à la fois d'exciter la confiance du Gouvernement batave, de calmer ses alarmes, s'il en a pu concevoir, par l'histoire antérieure de la négociation et par la profession d'un dévouement aussi rare aux droits saints de l'alliance? Si cette idée obtenait votre assentiment, il resterait à combiner avec soin les divers intérêts dont la balance ferait l'objet de cette mission : car il ne s'agirait point ici de faire des propositions, mais bien de les attendre,

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il s'agirait de leur faire connaître les préliminaires de la négociation, les obstacles que le soin de leurs intérêts nous a fait rencontrer, de voir enfin si, dans l'indépendance d'opinion où les laisserait cet exposé loyal, ils n'auraient rien à vous proposer quand ils verront qu'il ne s'agit pas de savoir si une restitution entière vaut mieux que des restitutions partielles, mais s'il vaut mieux rompre la négociation qu'acheter au prix de quelques sacrifices une paix qui leur rend leur commerce, leur existence, qui achève leur constitution et qui affermit leur liberté. Si vous adoptez cette mesure, Citoyens Directeurs, vos alliés n'auront à consulter que leur intérêt, et vous, jusqu'à la fin, vous aurez pris conseil de la loyauté et des plus nobles principes.

C'est là servir véritablement et avec probité les alliés de la République française, et c'est par là aussi qu'il est juste en soi autant qu'utile à ces mêmes alliés, que vous stipuliez pour eux qu'ils s'en reposent sur votre sagesse et sur votre fermeté.

Vous le sentez, Citoyens Directeurs, il est impossible que nos alliés ne le sentent pas aussi ; il y a ici plus de générosité que d'orgueil à le dire, leur force consiste dans leur union avec vous, c'est de la République française que dépendent les espérances de leurs prétentions : jamais leurs propres ministres n'auraient pour le succès de ce qu'ils désirent l'ascendant de vos plénipotentiaires : et combien le mouvement d'intérêts plus vastes n'a-t-il pas de force pour entraîner dans sa marche des intérêts d'un ordre inférieur!

Il faut donc, pour la conservation, pour la sûreté de nos alliés, pour l'accélération de la négociation même qui les concerne , que nous continuions à traiter en leur nom. Et certes, ils vous demanderont sans doute eux-mêmes ce service de votre prévoyance, quand ils sauront que leurs intérêts ont été si bien défendus par vous et qu'ils apprendront la fermeté inébranlable que i^ous avez développée pour les soutenir.

Si vous approuvez, Citoyens Directeurs, les principes que je viens de vous développer, je vous proposerai de m'autoriser à écrire à vos plénipotentiaires à Lille que vous persistez dans la résolution du 25 messidor, et toutefois à les charger de déclarer au plénipotentiaire anglais que nous allons communiquer à nos alliés l'état de la négociation.

Je vous soumettrai alors la note qu'il me semblerait convenable que nous adressassions à ce sujet à nos alliés, la République batave et le Gouvernement espagnol.

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