A SON CONFRÈRE TALLEYRAND
11 messidor an VII (29 juin 1799).
Je viens, cher confrère, vous prier de rendre à la chose publique et à moi un service important.
J'ai été nommé membre d'une Commission chargée de présenter au Conseil des Cinq-Cents un projet de lois organiques du titre XII de l'acte constitutionnel.
Plus occupé de la guerre que des moyens de la prévenir ou de la terminer, j ai bien pu sentir le vide de notre législation en cette partie, le danger des préventions qui nous nuisent dans les cabinets de l'Europe
^ On lit dans le procès-verbal de la séance du Directoire du 26 prairial an Vil (14 juin 1799) : k Le ministre des relations extérieures, substituant celui de la marine, fait un rapport sur la situation actuelle de la marine. »
438 LE MIXISTERE DE TALLEYRAMD
et les vices de notre manière de délibérer sur la guerre, la paix, etc. Mais c'est à des hommes qui, comme vous, se sont presque toujours occupés de ces grands objets; c'est à vous qui, depuis votre ministère, vous y êtes sans doute uniquement dévoué; c'est à vous à faire ce que j'ai annoncé devoir être fait. En conséquence, je viens vous prier de me communiquer ce que vous avez pensé ou écrit : V sur le système théorique que la République doit adopter avec les autres peuples ; 2* sur les bornes à donner à l'autorité executive , afin qu'elle ne puisse jamais faire le mal, et cependant toujours remplir sa mission ; 3" sur les moyens à employer pour que l'un et l'autre Conseil puissent délibérer avec justice et lumière sur la guerre ou la paix, etc. Ainsi je vous demande, cher confrère, de me communiquer vos lumières, comme membre de l'Institut : 1" sur une déclaration authentique que nous devons faire à l'Europe en lui exposant nos principes sur la guerre, la paix, les alliances, les conquêtes; 2" sur la loi qui doit circonscrire l'autorité trop illimitée du Directoire dans ces différentes parties; sur le règlement intérieur que le Corps législatif doit établir pour délibérer dignement, et avec connaissance de cause, quand il s'occupe des relations extérieures.
J'ose espérer, cher confrère, qu'en faveur de l'importance de l'objet et des motifs qui m'animent, vous voudrez bien m'aider de vos lumières et de vos secours.
Salut et fraternité.
LE CITOYEN TALLEYRAND, DE L'I\STITUT NATIONAL, AU CITOYEN LACUÉE, MEMBRE DU CONSEIL DES