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Correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d'Aumont

Les cent soixante-quatorze lettres qui composent la correspondance historique publiée ci-après, et dont le commentaire a fourni, pour une large part, la substance de la Préface que l'on va lire, sont conservées, en grande majorité, au palais de Monaco.

Le sixième et dernier duc d'Aumont1, Louis-Marie-Guy, gouverneur de Boulogne de 1742 à 1789, décédé à Guiscard (Oise), le 20 octobre 1799, avait épousé Jeanne de Durfort-Duras, duchesse de Mazarin, et n'avait eu de ce mariage qu'une fille, Louise-Félicité-Victoire d'Aumont, qui porta les duchés d'Aumont et de Mazarin dans la famille des Grimaldi par son mariage avec Honoré-Charles- Maurice, duc de Valentinois, depuis Honoré IV z. C'est par suite de cette alliance que les papiers du maréchal d'Aumont reposent, aujourd'hui., dans l'admirable collection de titres qui constitue les archives de la Principauté de Monaco3.

La correspondance du cardinal Mazarin avec le Maréchal en forme la partie la plus considérable ; elle est représentée, en effet, par soixante-dix-huit lettres originales, écrites du 3o juillet 1643 au 11 août 1659. Ces lettres,

' Le titre de duc d'Aumont a été tem- sont descendus Honoré V, Florestan, porairement relevé sous la Restauration Charles III et enfin Albert I", le nouveau profit de Louis-Marie-Céleste d'Au- rain actuel de la Principauté, mont de Rochebaron, duc de Piennes, 3 Cf. E. T. Hamy, Les Archives des de Villequier, puis d'Aumont, lieutenant ducs d'Aumont à Monaco {Bull. soc. général, pair de France, mort le 9 juillet Acad. de Boulogne-sur-Mer, t. VI, pp. 196- 1 83 1 . 211, 1901).

2 De Honoré IV, prince de Monaco,

copiées de plusieurs mains de secrétaires, sont d'une écriture assez négligée; l'encre, de bonne qualité, a bien gardé sa couleur, et le papier vergé mince, sans filigrane, est de trois formats différents. Les lettres les plus petites mesurent i65m/m de large et 221 de haut; elles ont été pliées en deux, puis en quatre. D'autres, plus larges 209m/m), et plus hautes (22gm/m), étaient pliées en huit, d'autres encore, atteignant jusqu'à om228 surom332, étaient également pliées en huit, mais avec un bord rebattu de quelques centimètres qui venait recouvrir le pli du côté de sa largeur. L'adresse est fort lisible : elle porte dans l'angle supérieur droit les mots A Monsieur, le reste continue le long du bord inférieur, sur deux ou trois lignes.

La signature et la formule de politesse qui précèdent sont toujours de la main de Mazarin, qui a plusieurs fois écrit la lettre entière, et plus souvent y ajoutait, après la rédaction, un post-scriptum qui pouvait atteindre et même dépasser, en étendue, la lettre elle-même. Un lac de soie rouge ou d'un bleu noirâtre était assuré par un double cachet rond de cire rouge ou noire, empreint à l'aide d'une bague aux armes bien connues du Cardinal '.

Une deuxième série de correspondances originales du fonds d'Aumont se compose de vingt-cinq pièces émanées de Michel Le Tellier, le secrétaire d'Etat, et datées du 5 juillet 1642 au i5 novembre i665. Puis viennent dix-neuf lettres de Gaston d'Orléans (10 juin 1644 — 12 décembre i65i); cinq de Louvois (3o octobre i655 — 26 août 1667) : deux lettres ont été écrites au Maréchal par Anne d'Autriche les 27 juillet et Ier août i65i ; enfin, on conserve à Monaco une lettre autographe du Roi envoyée au commandant en chef de l'armée de Flandre, à l'occasion de sa

1 Toutes les lettres que j'ai eues en et très peu de ces précieuses pièces ont mains sont loin d'être aussi complètes. conservé leur cachet de cire. La seconde feuille a été souvent arrachée,

majorité (18 septembre i65i) et une lettre de Cromwell relative aux troupes anglaises de Mardick (3o décembre 1657). La collection se complète par quelques dépêches expédiées par Le Tellier, au nom du Roi, au duc d:Elbeuf et à Antoine d'Aumont, d'une part, et de l'autre à Louis- Marie- Victor d'Aumont, fils de ce dernier.

Ces pièces ont été transcrites aussi exactement que possible. On a tenu surtout à conserver aux rédactions et aux dictées de Mazarin, toute leur saveur particulière en reproduisant scrupuleusement l'orthographe qui nous a conservé comme un écho de cet exotisme verbal, dont le Cardinal n'a jamais pu se débarrasser entièrement'. En lisant ces phrases habillées ainsi à l'italienne, tour à tour emphatiques ou cauteleuses, obséquieuses ou intéressées, autoritaires aussi, et parfois presque brutales, il semble qu'on entende la voix même de l'homme d'Etat insaisissable qui a joué un rôle si important dans les destinées du Maréchal auquel elles s'adressaient. Celui-ci n'avait conservé qu'une partie de sa correspondance avec le Cardinal. J'ai retrouvé quinze lettres qu'il n'avait pas gardées, soit dans les trois volumes de copies de la bibliothèque Mazarine2, soit dans les six volumes des Mélanges Colbert, à la bibliothèque Nationale3, soit enfin dans différents registres des archives du Ministère des Affaires Etrangères4. J'ai intercalé ces pièces à leur date dans la suite des lettres de Mazarin au maréchal d'Aumont dont le nombre s'élève ainsi à quatre-vingt-treize, et qui forment la première partie de mon recueil.

1 Mazarin convenait d'ailleurs très vo- 3 Ce recueil, qui forme les tomes 5i, lontiers du peu de connoissance qu'il avait 5ia, 52, 52a, 52b et 52e des Mélanges de « Vorthographe françoise » (Lettres Colbert, renferme une collection de midi/ Cardinal Majarin, t. I, p. 720) nutes de lettres de Mazarin, datées du

2 Bibliothèque Mazarine (Ms. n°s 2214 21 juin 1654 au 2 janvier 1661.

et 2216). •* France, t. 264, 267, 269, 274, etc.

Sur ces quatre-vingt-dix-sept lettres, onze seulement ont été données intégralement, six par Chéruel ou par M. d'Avenel dans la collection des Documents inédits \ cinq par M. G. Saige à la fin du second volume des Mémoires de Dubuisson-Aubenay qu'il a publiés pour la Société de l'Histoire de France. Cinq ont été publiées en partie2, quarante ont été brièvement analysées 3, quarante et une enfin sont demeurées tout à fait inconnues aux savants éditeurs des Lettres de Ma\arin.

J'ai cru devoir ajouter aux quatre-vingt-treize lettres ainsi groupées, quatorze autres lettres inédites écrites par le Cardinal à Mme d'Aumont, femme du maréchal, à Louis- Marie-Victor d'Aumont, son fils, à son frère Roger d'Aumont, abbé d'Uxelles, puis évêque d'Avranches, à l'évêque de Boulogne, François de Perrochel, au maréchal de Gassion, au duc de Bournonville, à Lamoignon, enfin à Colembert. Ces lettres se rattachent plus ou moins directement à la correspondance du Cardinal qu'elles éclairent et complètent.

La seconde partie comprend les lettres à Antoine d'Aumont, du Roi, de la Reine régente, de Gaston, etc. (1643- 1667) dont j'ai déjà parlé ; dans la troisième partie sont reproduites les lettres écrites à Louis-Marie-Victor, par Michel Le Tellier, de i652 à i658.

J'ai annoté de mon mieux toute cette correspondance ; on trouvera au bas des pages un bref commentaire des événements, des noms de personnes et de localités mentionnés dans les lettres. Une préface étendue raconte la biographie d'Antoine d'Aumont, en insistant plus particulièrement sur ses rapports avec la cardinal Mazarin. Je

1 Lettres du Cardinal Ma^arin pendant a Quatre par Chéruel ou M. d'Avenel,

son ministère, t. I à VIII (Doc. Inéd. sur une par M. G. Saige.

l'Histoire de France. Paris, Imp. Nat., 3 Vingt-trois par Chéruel et dix-sept

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