Le comte de VilleneuTe^ à M. de Serre
Marseille, le jeudi 17 février 1820, à cinq heures du soir.
Monseigneur,
Je crois devoir vous envoyer par voie extraordinaire une dépêche télégraphique que je viens de recevoir de Lyon. Il est déplorable que nous ne puissions savoir au juste le nom de la victime d'un atroce assassinat, et je ne puis apprécier exactement les
^ Le comte Christophe de Villeneuve-Bargemont, n^ au château de Bargemont (Var) le 3 mars 1771. D'abord sous-lieutenant au rëgiment de Royal-Roussi lion, il passa, en 1792, dans la garde constitutionnelle du Roi; après le licenciement de ce corps, il resta aux Tuileries, et n'ëchappa qu'avec peine aux massacres du 10 août; il se retira dans ses terres et y vdcut plusieurs années. Sous-prëfet de Nërac en 18Qi^, préfet de Lot-et-Garonne en 1806, il consenra ces fonctions sous la première Restauration, s'en ddmit au retour de Napoléon, et les reprit après les Cent-Jours. Il fut nommé prëfet des Bouches-du-Rhône le 8 octobre 1815 et administra ce département jusqu'à sa mort, survenue le 1!2 octobre 1&S19. 11 a publie quelques ouvrages dont le plus remarquable est la Statis-' tique da département des Bouches-da-Rhônc.
conjectures sur lesquelles se fonde mon collègue pour la faîre pressentir. Nous ne pourrons savoir la vérité que dans deux jours, et l'incertitude les rendra bien longs.
Rien ne transpire ici et je garde le plus profond secret, mais je suis sûr que la tranquillité ne sera pas troublée.
Je vous renouvelle l'assurance de mon respectueux et inviolable attachement.
Comte DE Villeneuve.