‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 187 sur 241 · Le baron d'Eckstein à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le baron d'Eckstein à M. de Serre

[5(?)juin 1830.;

L'ardent désir que j'ai de me dévouer à vos intérêts me met la plume à la main.

* Au ddbut de la sdance, M. Camille Jordan avait rëdame la parole sur le procés-verbal. Il s'ëtait plaint des injures et des voie'^ de fait qui avaient accueilli plusieurs de ses collègues au sortir de la Chambre dans les journées du 9 et du 3; il avait demande que toute dëlibdration sur la loi électorale fût suspendue jusqu'à ce que le ministère eût donne des garanties suffisantes de la liberté de r Assemblée et du rétablissement de Tordre public. M. Manuel, le général Foy, M. Benjamin Constant, le général Demarçay vinrent, Tun après Tautre, accuser les ministres de fomenter les désordres. M. de Serre, malgré son état de souffrance, prit deux fois la parole. Les débats se prolongèrent jusqu'à six heures passées. Enfin la clôture de la discussion et la rédaction du procès-verbal furent successivement mises aux voix et adoptées par la droite et les deux centres. — Voyez les Discours^ t. II, p. l/é/i-156. Consultez aussi V Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. 567-575.

J'ai parcouru la ville dans tous les sens et jusqu'au sein des faubourgs, depuis le premier moment <les troubles et spécialement depuis hier.

La moindre concession rejetée ostensiblement par le côté gauche et accueillie secrètement par ses affidés serait le signal de violences pour arracher de plus grandes concessions.

Ils veulent tout ou rien : tout, c'est-à-dire le renversement, de la dynastie. Ils ne veulent d'aucun terme moyen ^ .

* u L'idée d'un coup de main populaire s'était dëjd offerte a bon nombre d'esprits. Elle prit alors plus de consistance. H n'dtaii question de rien moins que de se porter aux Tuileries pour forcer la main au Roi, et, si les uns ne pensaient qu'à obtenir le retrait du projet de loi électorale, d'autres bien certainement rêvaient une révolution. Beaucoup de militaires, les généraux Pajol, Solignac, Berton, Fressinet, les colonels Fabvier, de Bricqueville, de Grouchy, Duchamp, Barb'er-Dufay, Fabreguette, Simon Loriére, Du-

vergier paraissaient disposés à se mettre en avant Quelque.^

vieux jacobins relevaient aussi la tête : Félix le Pelletier, sous un déguisement, allait, avec le général Fressinet, visiter le faubourg

Saint-Antoine pour s'assurer du parti qu'on pourrait en tirer

Le comité directeur, où siégeaient sept députés, ne prenait pas une part directe à ces préparatifs d'insurrection, mais il ne les ignorait pas, et il se tenait en mesure de profiter de Tévénement. La

vieille ardeur révolutionnaire de M. de Lafayette s'était réveillée

Le gouvernement ne négligea rien de ce qui était en son pouvoir pour repousser l'attaque, et, s'il était possible, pour la prévenir.... On déploya un grand appareil militaire autant pour de'courager les malveillants que pour être en état de leur résister. Le maréchal Macdonald fut appelé au commandement de toute la force armée de Paris et établit son quartier général aux Tuileries. Tous les postes furent doublés, toute la gendarmerie mise sur pied. Le 5 juin, dans la matinée, des réserves nombreuses étaient réunies sur l'esplanade des Invalides et aux Champs-Elysées. Les régiments d'inran*

kdSt CORRESPONDANCE.

Les royalistes sont des exagérés, des fous, autant qu'on le voudra, je ne le conteste pas ; mais, si vous les matez maintenant, aucune force morale active ne sera plus à votre disposition.

Le centre proprement dit n'étant pas constitué en force publique, n'offre, à lui seul, aucun élément de puissance politique ; sa force est dans Yincrtie. Ce n'est qu'en le constituant qu'on pourra faire de lui un pouvoir respectable: mais ce n'est pas la Taffaire de vingt-quatre heures.

Un bruit sourd parcourt la ville : le gouvernement cède, et M. Courvoisier a été chargé de porter à la Chambre les termes de concession.

Si cela avait réellement lieu, le gouvernement ne s'appuierait plus sur aucune force active.

J'aurais mille choses à dire là-dessus, mais je ne rapporte (en hâte) que ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu. Quelle que soit votre détermination, mon plus ardent désir est de vivre et de mourir pour vous.

terie de la garde se ionaîent prêts à marcher au premier signal

Des milliers d'étudiants, armes de grosses cannes, se rassemblèrent sur la p^ ace Louis XV, où leurs rangs se grossirent d'une multitude d'agitateurs et de quelques officiers à demi-solde La gendarmerie à pied essaya vainement de disperser les rassemblements; ils se reformaient derrière elle. On les fil alors charger par la gendarmerie à cheval et par un escadron des dragons de la garde qui les refoulèrent hors de la place et en poussèrent au loin, dans les

directions les plus diverses, les tronçons séparas » (Histoire de

la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. 563-678.)

Nous avons trouvé, dans les papiers de M. de Serre, un Précis des dispositions prises par le commandant de la 1^ division militaire pour la journée du 5 juin. — Voyez l'Appendice n® X^'l.

ANNËB 18S0. MS

M. X. a écrit à Uouen, et la gauche espère qu'il y aura là des scènes.

Je vous signale un colonel Dufay comme agitant les groupes, et puis un avocat de Grenoble, nommé Rey.

Des hommes armés de poignards se montrent en quelques endroits, et disent venir du Midi pour dépêcher les députés de l'extrême gauche. S'ils en venaient, ils ne le diraient pas.

Le plus zélé, sincère et inaltérable de vos serviteurs,

Baron d'Eckstein.

On dît que vous avez parlé aujourd'hui de la manière la plus, noble, la plus généreuse, la plus solennelle : vous ne vous démentirez jamais.

Page 1