Lo baron Pasquier à M. de Serre
[7 (?) juin 1890.)
Mon cher ami,
Je viens de voir ce fou de Camille Jordan, qui sort ^le chez moi. Ne venait-t--îl pas me proposer un moyen indirect de revenir à l'amendement de Courvoisier? Je lui ai bien signifié que jamais nous ne transigerions sur le double vote.
Ensuite il a essayé de me persuader, et ceci est plus sérieux, de consentir un amendement pour ne pas faire entrer tout à la fois, l'année prochaine, les 172 députés de département dans la Chambre, afin que l'influence aristocratique ne puisse point dominer tout d'abord. Je lui ai encore répondu que c'était une condition sine qua non^ et en effet, sans cela, il y aurait impossibilité et de consentir, et de faire adopter à notre monde.
Peut-être sera-t-il à propos que vous alliez audevant de cette difficulté auprès de Royer, qui me paraît y avoir aussi donné.
En tout, j'ai bien regret que la discussion n'ait
ii70 CORRESPONDANCE.
pas été fermée aujourd'hui^ ; j'ai peur que demain
OD ne nous jette bien des chats dans les jambes.
Mille amitiés.
Pasquier.
' tt Le mercredi 7, à l'ouverture de la sëance, MM. Benjamin CoDstanti Laffitle, Girardin, Demarçay, Martin de Gray vinrent de nouveau dénoncer les actes de violence dont, selon eux, la troupe s'était rendue coupable; et M. Casimir Pdrier, s'adressant aux ministres, leur demanda s'ils pensaient « qu'on pût jouer M avec des sabres et les plonger inopinément dans le sein des ci- « toyens. " Les ministres, un seul excepté, semblaient s'être retirés du débats et ce fut encore M. de Serre qui releva le gant jeté par MM. Casimir Périer et Lat'fitte. D'autant plus résolu qu'il se sentait plus isolé, M. de Serre monta à la tribune comme on monte à l'assaut, et dirigea contre la gauche l'attaque la plus vigoureuse qu'elle eût encore essuyée. » (Histoire du gouvernement parle^ meniairef par M. de Hauranne, t. V, p. 558-561.) M. de Serre termina son discours par ces mots : « La situation tout entière doit être présente à vos esprits; tout ce qui la prolonge l'aggrave infiniment, et, dés ce moment, après tout ce que vous avez laissé dire ici, comptez que vous êtes associés à notre responsabilité. La Franco vous demandera compte comme à nous de ce que, dans l'ordre de vos fonctions, vous aurez fait et de ce que vous n'aurez pas fait pour éteindre la sédition, pour empêcher qu'on ne lui fournisse de nouveaux aliments. Ce qui peut y mettre fin, c'est d'abréger les discussions qui nous occupent depuis vingt-cinq jours, c'est de donner une solution définitive aux grandes questions dont vous êtes saisis. Et je le répète, c'est au nom de la responsabilité qui vous est commune avec nous que je vous adjure de le faire, n Malgré les efforts de M. Benjamin Constant, la clôture de la discussion sur les troubles fut votée au milieu des acclamations de la droite, du centre droit et même de la grande majorité du centre gauche. Puis la Chambre reprit la discussion sur l'amendement de M. Courvoisier. Cet amendement ayant été retiré par son auteur, M. Boin, membre de la fraction la plus modérée du centre gauche, le présenta de nouveau en y joignant la clause du dcMible vote. — Voyez les DiscourSy t. II, p. 165-176.
ANNEE 1820. • /i7l