‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 234 sur 241 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Paris, h S7 juillet 183iO.

Monseigneur,

Je dois rendre compte à Votre Excellence de plusieurs détails assez importants de la correspondance d'hier et d'aujourd'hui.

Une lettre du procureur général de Besançon^ annonce que la femme de ce GuîUemin*, qu'on cherche avec tant de soin et toujours inutilement,

* M. Meyronnet de Saint-Marc.

^ On lit dans le Moniteur du 90 mai 1890 : « Dans la joum^ d'hier, le bruit s'était répandu â Paris que, sur quelques points de la Franche- Comte, des complots ourdis contre la sûretë de l'Etat avaient été déjoues au moment d'ëclore, et que plusieurs

chefs de ces criminelles machinations avaient ^të arrêtés Voici

ce que l'on sait du complot : quelques jours avant l'arrivëe de Mif le duc d'Angouléme à Lons-le-Saunier, on avait arrêté dans cette ville un nomme Bourgeois, ancien officier de corps-franoy eu 181^. Deux ou trois autres individus, lie's avec Bourgeois, s'étaient soustraits en fuyant aux mandats d'arrêt décernés contre eux par l'autorité judiciaire. A la même époque, on arrêtait à Besançon deux autres individus, anciens officiers, nouvellement arrivés de la capitale: ils se nomment Julien Combes et Planzeaux. »

Le Moniteur du SI mai ajoute : «< Les le très que nous rece^

ANNÉE 18âa 560

est venue le trouver de la part de son mari, et lui a dit que ce prévenu demandait un sauf-conduit pour venir faire des révélations de la plus haute imporlance et découvrir un complot des plus dangereux et des plus menaçants contre la famille des Bourbons et le gouvernement tout entier. Il faut se hâter de l'entendre, dit-il, parce que dans six semaines il ne serait plus temps. De la part de tout autre ^ue Guillemin, ces propositions n'auraient pas une bien grande importance ; mais elles peuvent en avoir beaucoup, lorsqu'on sait qu'il y a évidemment un complot et que Guillemin en a été un des principaux agents. Je n'envoie pas à Votre Excellence copie de la lettre du procureur général parce qu'elle est entre les mains de M. Mounier, à qui nous l'avons immédiatement communiquée. M. Meyronnet de Saint-Marc parle, en terminant sa lettre, d'aller en Provence pour ses affaires particulières aussitôt que l'affaire Combes et Planzeaux sera en train. M. Portalis pense avec raison qu'il ne peut s'absenter dans les circonstances actuelles et doit lui écrire en conséquence.

Une lettre du procureur général de Toulouse^ an-

vons de Besançon confirment Tarrestation de MM. Julien Combes et Planzeaux. Le premier a eu un commandement dans les corpsfrancs pendant Tînterrégne, et le second a eu le rang de colonel

dans Tarmëe Un sieur Guillemin, qui paraît aussi avoir servi

<lans les (^rps-francs et contre lequel il a ^të dëcernd un mandat d'amener, est parvenu à se soustraira jusqu'à ce jour aux pour^ suites dirigées contre lui. Nous ne pouvons encore rien dire des faits qui ont motive ces arrestations..... » * Le baron Gary.

nonce aussi qu'il a reçu d'un officier en dîsponîbîlit(^, nommé Blaîgnau, la déclaration qu'un sieur Baptiste était venu lui proposer d'enti'er dans un complot formé à Toulouse pour opérer un mouvement armé et qui comptait déjà plus de quati\* Cents conjurés détennînés à périr plutôt que de succomber. On va suivre les indications données par Blaignau, mais l'ouverture qui lui a été faite paraît tenir à un plan adopté d'inquiéter ainsi le Souvemement sur tous les points importants pour faire prendre le chaniie à sa vigilance et la détourner des objets qui doivent l'éveiller avec plus de raison .

Une lettre de M. Bourdeau nous annonce qu'on avait préparé pour lui une espèce de charivari libéral semblable à celui qu'on a fait pour M. Corbière; mais que les autoritt^s, prévenues à temps, l'ont empêché par l'arrestation des premiers individus qui se sont présentés avec leurs instruments.

Une ordonnance d'hier vient d'appliquer l'amnistie au général Clausel et au capitaine Chamliure: Chambure va être mis aujourd'hui en liberté.

La chambre du Conseil du tribunal de premièrc instance de Paris a prononcé le 90 courant sur Taffaire de l'homicide du jeune Lallemand ; elle a renvové devant les tribunaux militaires ^ .

J'ai appris hier que les joui'naux de couleurs les

^ « Le soldat qui avait alteînt le jeune Lallemand fut' mis en jugement et acquitta. » (Histoire de la Restauration, par M. Nettement, t. V, p. kl\,)

plus Opposées avaient présenté simultanément à la censure un article annonçant que S. A. R. Monsîear était nommé lieutenant* général du royaume. Ceci m'a paru digne d'attention.

On avait affecté aussi de répandre que la santé du Roi allait empirant de jour en jour. J'ai même quelques raisons de croire que quelques-uns des ne

sont pas étrangers à cette nouvelle. C'est sans doute pour la combattre que le Journal de Paris annonce aujourd'hui que Sa Majesté va reprendre ses promenades habituelles.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence mes respectueux hommages.

Germeau.

Page 1