‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 13 sur 247 · M. Germean à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germean à M. de Serre

Paris, le 17 février 1«».

Monseigneur,

L'aspect général des affaires est loin de s'améliorer ; comme il était facile de le prévoir, l'aigreur se met dans les esprits et les partis se prononcent de plus en plus. Des provocations et des duels ont lieu fréquemment : le sang a déjà coulé dans quelques rencontres particulières, et les lieux publics deviennent des arènes. Hier soir on a été obligé de fermer plusieurs cafés du Palais-Royal, où les gardes •du corps se portaient en foule et provoquaient tous <îeux qui leur semblaient être d'un autre avis qu'eux.

Hier la Chambre des pairs a nommé pour la loi de la presse une commission dans laquelle les libéraux sont en majorité. M. Boissy d'Anglas^ qui en

^ François-Antoine Boissy d'Anglas, né à SainWean-Chambre (Ardéche) le 8 décembre 1756, éisât avocat au Parlement de Pi/-

âA CORRESPONDANCE.

fait partie, est d'une exaspération qui ne se peut rendre. On a vu des bulletins pour cette commission porter à la fois les noms de M. Daru et de M. de Chateaubriand; on cite entre autres celui de M. de X... Sur quoi compter maintenant après de telles bizarreries !

La réunion Ternaux, qui s'est tenue hier après une assez longue interruption dans ses séances, a été extrêmement animée et hostile contre les trois projets du gouvernement. Sur cinquante membres présents, quarante ont été pour le rejet de la loi sur la liberté individuelle.

Les étrangers quittent Paris, et hier on pouvait à peine se procurer des chevaux de postxî.

L'attaque du Drapeau blanc '^ contre M. Decazes

ris, lorsque la sc^ndchaussdc d'Annonay le nomma dëpiitc^ du tiers aux Etats-Gdndraux. Les électeurs de TArdéche l'envoyèrent à la Convention nationale. Lors du procès de Louis XVI, il vota pouir la détention jusqu'à ce que le bannissement fût jugd convenable. Sa conduite héroïque dans la journée du 1®' prairial ('âO mai 1795) est connue de tous. Membre du Conseil des Cinq-Cents, il n'échappa que par la fuite aux proscriptions do fructidor. Il devint tribun en 1801 , sénateur et comte de l'Empire en 1805. Pair de France sous la première Restauration, il obtint la même dignité au retour de Napoléon, qui le chargea d'organiser les départements du Midi. Exclu do la Chambre des pairs par l'ordonnance du % juillet 1815, il y fut réintégré le 17 août suivant. Il est mort d Paris le 28 octobre 1836. — Voyez le discours prononcé par le marquis de Pastoret, à la Chambré des pairs, le 3 janvier 18â7.

' On lit dans le Drapeau blanc du 15 mars :

a Le premier coupable, c'est l'homme funeste qui depuis quatre ans n'a employé l'autorité et la confiance que le Roi lui avait reniines pour consolider la monarchie qu'à miner tons les fondemonts du tronc ; qui a réchauflc, nourri, caressé, déchaîné le

et celle ^ de M. de Coiissergues^ contre le même paraissent avoir vivement affecté ce ministre. J'aii-

tigre révolutionnaire ; qui a encourage, soudoyd tous les distributeurs de poison Oui, monsieur Dccazes, c'est vous qui avez tue

le duc de Berry Pleurez des Lamiesde sang; obtenez que le Ciel

vous pardonne ; la patrie ne vous pardonnera jamais.

« A. Martainvillb. w

» u CHAMBRE DES DÉPUTÉS. — Séance du lundi Ih frtrricr.

u M. DuMEYLET, sccrdtairc, donne lecture du procès- verbal.

« M. LE PRESIDENT. Y a-t-il des observations sur la rédaction (lu procès' verbal ?

a M. Clausel de C0U88EROUES, 80 Icvani de la droite. Monsieur le président, je demande la parole.

« M^ le président. Vous avez la parole.

« M. Clausel. Messieurs, il n'y a point de loi qui fixe le mo<lo

d'accusation des ministres (Un commencement d'agitation se

l'ait sentir ; l'orateur poursuit en dlevant la voix.) Mais il est de la nature d'une telle délibération qu'elle ait lieu en séance publique et à la face de la France. Je propose à la Chambre de porter un acte d'accusation contre M. Decazes, ministre de l'Inte'rieiu*, comme complice do l'assassinat de Mî*"" le duc de Berry, et je demande d développer ma proposition

« Un mouvement violent et spontané' e'clate dans toutes les parties de la Chambre, qui retentit des cris réitërds : A l'ordre ! A l'ordre !

« M. Clausel, en descendant de la tribune. C'est mon opinion (Et s'adressant à la droite ciu haut de laquelle il reprend

sa place :) C'est mon opinion, messieurs, c'est mon opinion.

« Une vive agitation régne dans l'Assemble'e. »

{Moniteur du 15 février.)

— Voyez V Histoire du gouvernement parlementaire y par M. de Hauranne, t. V, p. 368; V Histoire delà Restauration, par M. Nettement, t. V, p. 261, et V Histoire de la Restaurationy par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. 38A.

^ Jean-Claude Clausel de Coussergues, né au château de Coussergues (Aveyron) le h dëcerobre 1759, avait succëdë à son père le 9 octobre 1789^ comme conseiller à la Cour des aides de Mont«

rais pensé qu'on devait attacher moins d'importance A d'aussi absurdes folies ; mais on assure qu'elles font -effet sur la masse du peuple , qui , voyant un ministre formellement dénoncé aux* Chambres, ne peut pas se persuader qu'il n'y ait pas au moins quelque chose de fondé dans l'accusation.

La Chambre des députés va se réunir ce matin pour nommer la commission sur le projet de loi relatif à la liberté individuelle.

M. de laBoulaye, qui est en ce moment dans mon <îabinet, me donne sur la réunion Ternaux, dont il faisait partie, quelques renseignements qui modifient ceux que j'ai eu l'honneur de vous donner au commencement de cette lettre. Sur les cinquante députés présents, quarante ont été, il est vrai, formellement opposants aux trois projets du ministère, mais les dix autres, qui ne l'ont pas été formellement, se sont bien gardés de s'élever pour les défendre. M. de la Boulaye seul a pris la parole avec une grande énergie, et a démontré que ce n'était pas isolément, comme on venait de le faire, qu'il fallait juger les trois projets, mais dans leur ensemble et d'après les circonstances où l'on se trouvait ; que s'opposer à ces propositions, c'était forcer le ministère à se jeter entièrement vers les ultras, et que les

pellier. n ëmîgra et fit, dans rarmée de Condë, les campagnes de 1793 à 1796. Rentra sous le Consulat, il devînt membre du Corps législatif en 1807, conseiller à la Cour impériale de Montpellier ■en 1808, et conseiller à la Cour de cassation le Ô8 février 1815. Au mois d'août suivant, les électeurs de TArdéche l'envoyèrent à la Chambre, et il y siégea jusqu'en 1827. Après la révolution de juillet, il se démit de ses fonctions de magistrat et mourut en 18/j6.

conséquences de cette marche étaient faciles à prévoir. Les paroles de M. de la Boulaye, venant à la fin de la séance et après des divagations et des généralités, ont paru produire de Teffet. M. Royer- CîoUard lui a fait de grands compliments sur la manière dont il a parlé. Puisque j'ai prononcé le nom de M. Royer-Collard, je dois dire de lui, conune de M. Courvoisier, qu'ils ont été fort mal pour le ministère l'un et Tautre dans cette séance; la plupart des autres fonctionnaires publics qui y assistaient n'ont guère été mieux ; ceux qui ont été les plus favorables sont ceux qui n'ont rien dit.

On annonce aujourd'hui que M. Manuel doit déposer au prochain comité secret une proposition d'accusation contre M. Decazes pour violation delà Charte. En tout, le déchaînement contre ce ministre est plus grand qu'il ne l'a été à aucune autre époque.

Je suis avec respect, monseigneur, Votre très-humble et très obéissant serviteur,

Germe AU.

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