‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 135 sur 247 · M. Crermeau à M* de Serre · texte numérisé non relu

M. Crermeau à M* de Serre

Paris, le 10 avril 18âO.

Monseigneur,

J'ai été fort heureux d'apprendre par M. de la Boulaye que votre santé se rétablissait de plus eu plus et que vous alliez vous rapprocher un peu de nous. Tout Français de cœur, j'ai toujours envié à l'étranger l'honneur de votre rétablissement; j'espère au moins que le doux climat de notre Provence achèvera ce que le beau ciel de Nice a si heureusement commencé.

La température de Paris a été si belle pendant quelques jours que je me disais : Comment peut-on aller chercher au loin ce qu'on trouverait chez soi ? Mais depuis quelques jours le temps est devenu brumeux et s'est refroidi : nous nous retrouvons au mois d'avril ; nous étions en mai il y a quinze jours.

Notre horizon politique est encore moins riant : le passage de la liberté de la presse au régime de la censure ne s'est pas opéré sans secousse. Le venin des journaux quotidiens, rejeté par la censure, a été recueilli par les pamphlets et notamment par la Minerve et la Bibliothèque historique, qui n'ont changé que leurs titres pour échapper à la loi; mais, tnalgré cette métamorphose, on les a si bien recontiues qu'on a cru devoir les faire saisir, et toutes

deux sont déférées aux tribunaux : elles n'avaient changé que leur couverture, et la Bibliothèque historique n'avait même fait autre chose que mettre Document à la place de Bibliothèque; du reste envoi et distribution aux mêmes personnes et aux mêmes jours, enfin simulation manifeste .

Les troubles de Glasgow sont assez sérieux ^ ; Votre Excellence verra au Constitutionnel de ce jour l'affiche qu'y ont placardée les séditieux. Elle remarquera sans doute, à l'article de l'Espagne, 1( décret royal qui oblige tout Espagnol à signer L Constitution sous peine d'être mis hors laloi et déporté. Il est curieux de voir nos libéraux approuvei une mesure qu'on peut à bon droit appeler acerbe car, si l'on peut obliger des fonctionnaires et autre gens dépendant du gouvernement à suivre la mêm marche que lui, il est plus que rigoureux d'exiger d'u individu privé une conviction ou plutôt une con version assez subite pour lui faire approuver aujou d'hui ce qu'il improuvait et ce qu'on lui comman

dait d'improuver hier. Certes, la tyrannie populaii est la pire de toutes.

On vient d'apporter à l'instant une caricatui assez plaisante représentant Ferdinand dans un^ cage de fer avec de beaux habits royaux, signant:^ -^ à travers les barreaux, des actes que lui prfe^ sentent certains personnages militaires, le geno"«^ en terre et le pistolet à la main ; ils ont pour coif-

* Voyez V Histoire de la Restauration y par M. de Viel-Cast^I^ t. Vai, p. 399.

fizi*e, au lieu de la résille espagnole, un bonnet rouge retombant.

Le déplacement de M. Laffitte n'a pas fait autant de sensation qu'on le croyait, et celle qu'il a prodiaîte est, je crois, très-favorable au gouverne-

ixient

J 'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence L'hom- ;e de mon respect.

Germeau.

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