M. de la Boulaye à M. .et à M™* de Serre
Paris, le vendredi 21 avril 1830,
Je doute que vous ayez un plus beau soleil que celui qui brille à nos yeux depuis quelques jours, mes chers amis. Je voudrais pouvoir vous le garder, et je m'accommoderais, en attendant, des petites pkiies dont nos campagnes ont besoin. 11 paraît que les blés ont souffert des fortes gelées. C'est un petit malheur si, comme on le croit à l'Intérieur, nous avons, en excédant à nos consommations habituelles, 32 millions d'hectolitres.
Les enfants sont en très-bonne santé. Ma filleule Die mord les doigts, et il me semble que sa première dent se dispose à poindre. Vos parents se portent bien.
Vous verrez dans les journaux de ce jour la nouvelle commission pour la loi d'élection ^ Le ministère a la majorité. Au lieu de cinq commissaires, il y en aurait eu six et même sept, sans l'absence de plusieurs membres du centre et de la droite. Il en manquait trois dans mon bureau, où Bellart n'a pas pu venir, et nous n'avons manqué M. Becquey que d'une voix. Notre Rover ne doit pas être content d'avoir été supplanté par Barrairon . Il s'agit maintenant de déterminer M. Laine à se charger du rapport et d'obtenir que ce rapport soit fait de manière que la loi d'élection puisse être discutée avant celle des dépenses, c'est-à-dire dans les premiers jours du mois prochain. La gauche est furieuse, la doctrine est désespérée et l'on se propose de faire durer deux mois au moins la discussion sur les dépenses, si, comme nos adversaires le désirent, elle précède la discussion des élections. Tous les moyens seront employés pour entraver le gouvernement. L'un de ces moyens est la pétition Madier-Montjau qui viendra la semaine prochaine et dont on veut se faire un champ de bataille contre le pavillon Marsan , le côté droit, et pour M. Decazes. On espère irriter la droite,
* La nouvelle commission ^tait composée comme il suit : MM. de Magneval, Courvoisier, Paillot de Loynes, Camille Jordan, Mousnier-Buisson, Barrairon,. Lai n^, Daunou, Foy.