‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 192 sur 247 · M. Jacquinot-Pampelune à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Jacquinot-Pampelune à M. de Serre

Paris, le 5 juin 1850.

Monseigneur,

M. le comte Portalis m'ayant fait connaître hier <|ue riîitention de Votre Grandeur était que je lui envoyasse aujourd'hui un rapport sur l'état des informations auxquelles ont donné lieu les événements -qui se sont passés à Paris les â et 3 juin présent mois, je vais avoir l'honneur de satisfaire à cet ordre.

Instruit le 2 juin au soir de ce qui s'était passé au moment où M. de Chauvelin, membre de la Chambre des députés, était sorti de la séance de <îette Chambre, et sachant que les commissaires de police Lesage et Monestier avaient été présents à

élection fut annulée. Soiis-prdfet de Bergerac en 18G9, il devint, «n 1812, membre du Corps législatif; il suivit la même ligne que M. Laînë, et fit partie, en décembre 1813, de la cdlèbre commission. Sous la Restauration, il fut ddputé et siégea au centre droit. .Depuis 1816, il fut conseiller d'Etat. 11 mourut à Paris le 16 juillet 182ÎI. «A côte de ces deuxëminents professeurs [MM. Laromiguiéreet Royer-Collard], j*eus l'avantage, dit M. Cousin, de trouver un homme sans ^gal en France, par le talent de l'observation intérieure, la finesse et la profondeur du sens psychologique : je Veux parler de M. de Biran M. de Riran est le premier métaphysicien français de mon temps. » {Fragments philosophijueat, t. IV, p. 71 et 396, quatrième édition.)

cet événement, je leur ai écrit sur-le-champ de m'adresser le procès-verbal qu'ils avaient dû dresser conformément à la loi.

Le lendemain 3 juin, M. le préfet de police^ m'a effectivement remis le procès -verbal que ces officiers de police judiciaire avaient dressé et qu'ils lui avaient transmis.

Ce procès-verbal porte en substance :

Que, vers l'heure où finissent les séances delà Chambre, les deux commissaires de police ont vu des groupes qui paraissaient s'occuper avec chaleur de la délibération, et que dans ces groupes se trouvaient plusieurs jeunes gens qui paraissaient appartenir à l'École de droit et à l'École de médecine;

Que, parmi les personnes plus âgées qui semblaient prendre part à la vive discussion politique dont les groupes étaient occupés, ont été remarqués le colonel Dufay* et le sieur Saint-Simon^;

^ M. Angles.

* GuiUaume-Micliel-Etienne Barbîer-Dufay ëtait fila d'un contrôleur de la maison de M™® la comtesse de Provence. Entre de bonne heure dans les gardes du corps, il passa comme sous-lieutenant dans le rt^giment de Dauphin-Dragons, puis comme capitaine dans la Idgion de M. de Lafayette : il reçut sa première blessure le 10 août en défendant Louis XVI. H nMmigra point. Après avoir fait les guerres d'Italie, d'Allemagne, d'Espagne, de Russie, et de France, il parvint au grade de colonel. Sous la Restauration, il se signala par une haine opiniâtre contre le Roi et les royalistes Il mourut à Pantin le I®»^ janvier 183.?*. Il ëtait officier de

la Légion d'honneur et chevalier de Saint-Louis. — Voyez la Biographie nouvelle des contemporains y ipar MM. Arnault, Jay, etc., t. VI, p. 127. Paris, 1823.

3 Claude-Henri, comte de Saint-Simon, ne à Paris le 17 octobre 1700, appartenait à la famille du cëlébre auteur des Mémoirest

ANNÉE 1850 JJé9

Qu'au moment où la délibération de la Chambre fut terminée, des cris de Vive la Charte! se firent d'abord entendre et partaient des groupes ; que peu de moments après on entendit : Vive Chauvelin I Vive la Charte! qu'on a cru aussi entendre, sans être bien certain, un seul cri de Vive VEmpereur!

Mais que tous ces cris furent bientôt couverts et presque étouffés par celui de Vive le Roi ! qu'ensuite le tumulte s'accrut, surtout au moment où M. de Chauvelin, porté ou aidé par quelques personnes, sortit de la salle des Pas-Perdus et traversa la cour pour gagner sa voiture ;

Qu'alors il n'y eut plus que confusion, tel qui i^riaît Vive Chauvelin! se trouvant arrêté par d'autres qui voulaient le forcer à crier Vive le Moi! et qui le criaient eux-mêmes;

Qu'au moment où M. de Chauvelin fut monté dans sa voiture, il y eut un redoublement de cris de Vive Chauvelin! d'un côté et de Vive le Roi!

mais non à la même branche. Entre au service a l'âge de dix-hnit ans, il fit les campagnes d'Amérique et obtint la médaille de Cincinnatus, la croix de Saint-Louis et le grade de colonel. Pendant la Révolution, il acheta les biens nationaux de tout un département, celui de TOrne. Frustré de ses bénéfices (du moins il Ta prétendu) par un associé, le comte de Redern, ancien ministre de Saxe en Espagne, puis de Prusse en Angleterre, il conçut le projet de réorganiser l'ordre social, de réformer le genre humain; il publia des livres et finit par être entouré de disciples, dont plusieurs ont marqué dans les sciences, les arts ou l'industrie. Il mourut à Paris le 18 mai 18â5. — Voyez Saint-Simon, sa vie et ses iravaux, par G. Hubbard. Paris, 1857. Ck>nsultez aussi la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XLIII, p. 1 17.

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