‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 200 sur 247 · Le baron Pasquier à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le baron Pasquier à M. de Serre

[7 (?) juin 1890.]

Mon cher ami,

Je viens de voir ce fou de Camille Jordan, qui sort de chez moi. Ne venait-t;-il pas me proposer un moyen indirect de revenir à l'amendement de Courvoîsier? Je lui ai bien signifié que jamais nous ne transigerions sur le double vote.

Ensuite il a essayé dç me persuader, et ceci est plus sérieux, de consentir un amendement pour ne pas faire entrer tout à la fois, l'année prochaine, les 17â députés de département dans la Chambre, afin que l'influence aristocratique ne puisse point dominer tout d'abord. Je lui ai encore répondu que c'était une condition sine qua non, et en effet, sans cela, il y aurait impossibilité et de consentir, et de faire adopter à notre monde.

Peut-être sera-t-il à propos que vous alliez audevant de cette difficulté auprès de Royer, qui me paraît y avoir aussi donné.

En tout, j'ai bien regret que la discussion n'ait

A7a CORRESPONDANCE.

pas été fermée aujourd'hui^ ; j'ai peur que démâia

oujoe nous jette bien des chats dans les jambes.

Mille amitiés.

Pasquier.

* M Le mercredi 7, à l'ouverture de la séance, MM. Benjamin Constant, Laffîtte, Girardin, Demarçay, Martin de Gray vinrent de nouveau dénoncer les actes de violence dont, selon eux, la troupe s*e'tait rendue coupable; et M. Casimir Pe'rier, s'adressant aux ministres, leur demanda s'ils pensaient « qu'on pût jouer u avec des sabres et les plonger inopinément dans le sein des ci- M toyens. " Les ministres, un seul excepte, semblaient s'être retires du dëbat, et ce fut encore M. de Serre qui releva le gant jeté par MM. Casimir Périer et Laffîtte. D'autant plus rësolu qu'il se sentait plus isold,M.de Serre monta à là tribune coimne on monte à l'assaut, et dirigea contre la gauche l'attaque la plus vigoureuse qu'elle eût encore essuyt^e. » (Histoire da gouvernement parlementairey par M. de Hauranne, t. V, p. 558-561.) M. de Serre termina son discours par ces mots : « La situation tout entière doit être présente à vos esprits ; tout ce qui la prolonge l'aggrave infiniment, et, dés ce moment, après tout ce que vous avez laissa dire ici, comptez que vous êtes associés à notre responsabilité. Li Frantce vous demandera compte comme à nous da ce que» dans Tordre de vos fonctions, vous aurez fait et de ce que vous n'aurez pas fait pour éteindre la sédition, pour empêcher qu'on ne lui fournisse de nouveaux alimeirts. Ce qui peut y mettre fin, c'est d'abréger les discussions qui nous occupent depuis vingt-cinq jours, c'est de donner une solution définitive aux igrandes questions dont vous êtes saisis. Et je le répète, c'est au nom de la responsabilité qui vous est commune avjec nous que je vous adjure de le faire. » Malgré les efforts de M. Benjamin Constant, la clôture de la discussion sur les troubles fut votée au milieu des acclamations de la droite, du centre droit et même de la grande majorité du centre gauche. Puis la Chambre reprit la discussion sur l'amendement de M. Courvoisier. Cet amendement ayant été retiré par son auteur, M. Boin, membre de la fraction la plus modérée da centre gaocbet le présenta de nouveau en y joignant la clause du doable vote. — Voyez les DisconrSy t. II, p. 165-176.

ANNEE 18^0. Ji7l

825;— M. de Serre à M. Royer-GoUard.

; 8 juin iSâO.J

Avant-hier vous aviez la tête bandée. La séance fut si vive que je ne pus vous joindre. Vous n'y étiez point hier. On n'a pu me dire ce que vous avez. Écrivez-le-moî .

Pour mon compte, si ça ne finit, je finirai : je suis abîmé.

Mes tendres hommage à M""*^ Royer.

Votre ami,

H. DE Serre.

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