III
VîUemaîn a vu Royer, triste mais mesuré dans Texpression. Il a peu parlé de vous et s'est plaint de ne m'avoir pas vu. Je le verrai squs peu de jours^ et je ne serai point embarrassé de mes réponses. « Je reconnais la nécessité, m'a dit Villemain, mais je n'en ai pas moins le cœur navré. Ne craignezvous pas que cela ne fasse quelque tort à M. de Serre ? » Je me suis rappelé les propres expressions de ce jeune homme et je les lui ai rappelées : « Lorsque l'on garde le seuil de la porte de son Roi, il ne faut en laisser forcer l'entrée par personne. Le ministre, dont le devoir et le sentiment sont aux prises, doit sacrifier au devoir. » J'ai ajouté que, pendant les précédentes sessions, la base dusystèjme adopté était de faire face aux révolutionnaires, dès qu'ils voudraient envahir, et je lui ai demandé qui avait tenu ou rompu l'engagement.
Le Moniteur publie aujoiu*d'hui la nouvelle liste du Conseil : l'efiFet sera grand. C'est un acte de vigueur; on en était déshabitué. Les changements dans les préfectures et sous-préfectures ne tarderont pas à paraître. Que tout ce qui est arrêté soit^ comme vous le dites, activement et ponctuellement exécuté. Ne vous lassez pas de le répéter.
Les directeurs généraux sont dans un grand émoi : ils ont eu vent des discussions. Mon amphitryon d'hier leur en a parlé. « On veut donc perdre la monarchie, » dit Mézy; « c'est de la démence, » disent d'autres. On se hâte de chercher un directeur général des contributions indirectes^ . Beugnot
* Pour remplacer M. de Baranle.
dînait avec nous, et deux de ses futurs collègues Font prié d'accepter. Il se résigne. On parle aussi de M. de Chabrol, celui de Lyon, et de M. de Tournon, celui de Bordeaux. Je préférerais Chabrol : c'est une réputation d'habileté en administration, c'est une satisfaction au côté droit en faveur de l'un des plus doux et des plus sages. Qu'en pensezvous? Puis il faut entendre M. Roy. Saint-Cricq et Mézy ont dû voir ce matin le duc de Richelieu, qui est prévenu, et je leur ai recommandé de caresser leur ministre.
Les affaires d'Espagne se calment plus qu'elles ne s*agîtent. On fonde quelque espoir sur la sagesse de ces taciturnes. A Naples, le Roi* a nommé son fils* son vicaire général, et a voulu quitter les affaires. On n'en a pas moins exigé qu'il sanctionnât toute l'insurrection, qu'il prît et fît arborer une cocarde de trois diverses couleurs et que le parti des muratistes et des carbonari fût, de son assentiment, placé à la tête des affaires. Il y a du mouvement dans les légations. Les autorités papales sont chassées de Ponte-Corvo. Qu'en dira l'Autriche? Il n'y a pas de, coin sur notre planète où l'on puisse faire plus hardiment et plus impunément tout ce que l'on veut que chez ces Napolitains. Des régiments hongrois (on en a là et l'on peut en envoyer d'au-
' * Ferdinand I®', roî des Deux-Siciles, ne à Naples le 12 janvier 1*^1, mort en cette même ville le /* janvier 1825. Il occupait le thNie depuis le 5 octobre 1759.
. * François, duc de Calabre, prince héréditaire, né à tapies le 19 août 1777, mort en cette même ville le 8 novembre 1830.
très) sont peu carbonisables. Je crains fort, si Ton mollit, que les légations, que Rome et la rivière de Gênes ne tournent bientôt au vent qui souffle. Vous savez que, pour abréger, c'est de la Constitution des Cortès que Naples se contente.
Nous vous envoyons des journaux.
J'ai vu hier M. Laine, qui vous appelle son homme d'État. M. de Richelieu a dû le voir aussi. Il va pauvrement, M. Laine.
Voici une lettre de Masson. Je soigne Villemain. Je vous aiguise quelques outils de même valeur.
Mille tendresses, mes bien chers amis ; portezvous bien. Consultez ce médecin des eaux qu'on dit bon. Allez doucement sur vos eaux. Tâtez-vous