M. Germean à M. de Serre
Paris, le 25 juiUet 1820.
Monseigneur,
L'affaire du Conseil d'Etat avait, à Paris du moins, fait perdre de vue pour un moment celle de Naples ; les nominations et les changements dans les préfectures qui, sans être officiellement annoncés, sont cependant déjà connus, vont opérer une nouvelle diversion, qui durera jusqu'à ce qu'il survienne autre chose. J'ai entendu de nombreuses réclamations sur le changement de M. X., des regrets sur le déplacement de M. Y. et des plaintes sur le replacement de M. Z., qu'on s'accorde à regarder comme un des hommes les plus incapal)les de France.
par des sujets algériens pour des grains fournis à la France Je 1793 à 1798. Le projet de loi propose par M. Pasquier fut adopte d'abord par la Chambre des dëputds, puis par celle des pairs. C'est cottemême affaire qui a amend l'expddition de 1830. — Voyez les Disœui^s de M. Pasquier, t. II, p. 381-391, et Y Histoire de la Rcsiauvaiiorii par M. de Viel-Castel, t. IX, p. 31-33.
La révolution de Naples n'a pas produit à beaucoup près la même sensation que celle d'Espagne : elle ne présente pas en effet, autant que celle de la Péninsule, l'expression du vœu d'une grande partie de la population ; on y voit le triomphe d'une faction et des partisans de Murat^ plutôt que des partisans de la liberté. Il y a bien eu aussi quelque ridicule à la marche suivie et à la précipitation si étrange qui a fait que, après s'être emparé d'une vieille ébauche de Constitution faite par Murât (et ce n'était pas se montrer difficile), on s'est tout simplement reporté à une Constitution faite pour un autre peuple et pour d'autres mœurs, pour d'autres besoins.
M. de Pradt ne veut pas, à ce qu'il paraît, subir en personne le procès de son livre ; il est, à ce qu'on m'assure, en fuite ou caché ; on croyait cependant que l'éclat de ce procès était une des choses sur lesquelles il comptait pour arriver à la députation, à laquelle on sait qu'il aspire.
M. de Salvandy^ est parti pour l'Espagne; il est venu avant son départ l'annoncer à Votre
* Joachim Murât, né à la Bastide-Fort uniére (Lot) le 25 mars 1771. Soldat en 1789; maréchal d'Empire en 180/*; grand-duc de Berg et de Cléves en 1806; roi de Naples en 1808. Fusilla au Pizza le 13 octobre 1815.
* Narcisse-Achille de Salvandy, né à Condom (Gers) le 11 juin 1795. Garde d'honneur en 1813, il fit la campagne de Saxe et celle de France; il obtint le grade de sous-lieutenant. En 181/*, il fut admis dans les mousquetaires noirs du Roi, et devint capitaine d'ëtat-major à la création de ce corps. Maître des requêtes en service extraordinaire le SK) janvier 1819, il perdit cette charge peu
Excellence, qui ne Ta peut-être pas remarqué sur ses listes de visites.
Votre Excellence, qui connaît sans doute tontes les nominations faites pour les préfectures, sera cependant bien aise d'en avoir l'ensemble avant la publication officielle.
J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence mon respectueux hommage.
Germeàu.
après ravëncment de M. de Villéle. Conseiller d'Etat sous le ministère de M. de Martignac, il se dëmit de ses fonctions en apprenant la nomination de M. de Polignac. Dëputë après la révolution de 1830, il eut le portefeuille de rinstruetion publique du 15arril 1837 au 31 mars 1839. En 18/il, il exerça, durant quelques mois, les fonctions d'ambassadeur à Madrid et, en 18Jli3>cellôs d'ambassadeur à Turin. 11 rentra au ministère de Tlnstniction publique le |er février 18/<5 et y resta jusqu'au 2Z* février 18/i8. Depuis cette «poque, le but de ses efforts fut de rëunîr les deux brandies delà maison de Bourbon. Il mourut à son château -de Graveron (Eure} le 15 décembre 1856. 11 ëtait membre del'Âcadëmie française depuis 1835 : ses brochures politiques et ses articles de journaux, plus encore que ses livres, l'avaient fait connaître comme dcrîvain. Il avait reçu le titre de comte en 181*2,