M. Gerxneau à M. de Serre
Paris, le 26 février 1830.
Monseigneur,
Le Moniteur d'hier vous portera le rapport de M. de la Rochefoucauld sur la loi des journaux
Je croîs avoir eu l'honneur de vous parler, dans ma lettre du SA, d'un article fort remarquable mis ce jour même dans la Renommée par Benjamin Constant; j'aurais dû vous envoyer ce journal, et je répare aujourd'hui cet oubli.
Le Censeur d'aujourd'hui combat l'article de la Renom.mée du %, notamment en ce qui regarde les changements à la loi du 17 mai, que M. Benjamin Constant regarde comme possibles et même nécessaires. M. Comte ^ proclame la loi du 17 mai la meilleure qu'on ait faite sur la presse^ non-seulement en France, mais même dans tous les pays.
Le ton des journaux est en général assez modéré,
* Charles Comte, né à Saint-Énimie (Lozère) le 95 août 1782. Kn ISIi*, il fonda, avec M. Dunoyer, le Censeur^ et engagea une lutte opiniâtre contre le gouvernement de la Restauration. Il devint, en 1831, ddpute' de Mamers, etmourut dParisle 13avril 1837. Il dtait, depuis 1832, secrétaire perpétuel de TAcadémiedes sciences morales et politiques : son œuvre principale est un Traité de législation. Une notice sur M. Comte a été lue par M. Mignctdans la séance du 30 mai 18^6.
et cela tient à plusieurs raisons assez simples : ils se garderont bien d'abord, pendant toute la discussion du projet sur les journaux, d'insérer des articles violents qui déviendraient des armes contre eux ; il y aurait ensuite du ridicule à attaquer un ministère nouveau avant de connaître sa marche et ses actes ; mais il est facile de voir, même à travers les articles les plus modérés, des réserves et des jalons établis à l'avance pour recommencer la guerre au besoin. La Quotidienne d'aujourd'hui cherche à faire entendre que M. Decazes, quoique éloigné des affaires en apparence, n'en est pas moins encore en quelque sorte le directeur, et elle en veut tirer la preuve de ce que M. de Richelieu a été nommé sur le rapport de M. Decazes, Il est assez simple cependant qu'un ministère arrivant soit nommé sur la signature, et le plus souvent sur la proposition des ministres sortants ; c'est ainsi que cela est arrivé et arrivera; mais on sent pourquoi ce manège : c'est simplement une transition.
Ce qu'il y a de certain quant à M. Decazes, c'est qu'il part aujourd'hui pour Libourne, et qu'il est dans un état de santé déplorable; il disait hier: « Ils m'ont sauvé la vie en me tirant du ministère. »
M. Portalis a pris depuis deux jours le travail du ministère; il couche ce soir pour la première fois dans les appartements du n° 17.
J'ai l'honneur d'être avec respect, monseigneur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
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