‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 50 sur 126 · V. Kestadieri à M. de Serre · texte numérisé non relu

V. Kestadieri à M. de Serre

Limoges, le 30 septembre 1890»

Monseigneur, J'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Excellence

« Voyez t, III, p. I3h.

aQ M(»t-Dore les adieux imprimés de M. Bouvier*. J'ai en aussi l'hcmiieur de lui écrire ensuite à Paris sur la question de la dissolution de la Chambre. Ces deux lettres lui sont sans doute parvenues.

Dans ce pays, point de crainte d'aucun trouble; mais les esprits sont fort agités ; on s'occupe beaucoup des choix à faire aux prochaines élections.

Tout a été disposé par le Conseil général pour que rarrondissement de Limoges fit un bon choix, et c'est M. Mousnier-Buisson qu'il convient surtout d'appeler à le présider. Nul concurrent royaliste ne lui disputera l'élection, et M. Bouvier en serait pour ses frais de voyage s'il persistait à se mettre sur les rangs. Il en serait de même des autres candidats libéraux, parmi lesquels il faudrait cependant distinguer MM. Lézaud, avocat, et Pouyat, négocitmt, qui, se plaçant au centre gauche, ne voteraient pas. oonstamment avec le côté gauche. Mais M. Mousnier sera très-parobablement élu par cet arrondissement.

Quant à l'autre arrondissement électoral de la Haute-Vienne (Bellac,-etc), on s'abuse d'une ma^ nière fort étrange. Il est vrai que M. de Gouttepagnon, président du tribunal de Bellac, présente quelques chances pour disputer la victoire à l'autre parti; président du collège, il réunirait aux suffrages de tous les royalistes plusieurs électeurs qui ne le sont pas^ et M. de Gcuttepagnon siégerait au centre droit. Mais l'espoîr de diviser les libéraux,

en appelant à cette présidence M. Estienne de Larivière, repose sur une base fausse; c'est bien certainement une erreur : M. de Larîvière n'a qu'une influence fort légère de coterie, et, repoussé par les royalistes, il n'arriverait pas même au ballottage. Au reste, peu importe le président de cet arix)ndissement : l'élection ne sera pas bonne ; mais le choix de M. de Larivière serait en contradiction manifeste avec les principes de vos lettres du 16 juillet dernier et du 9 de ce mois. C'est seulement sous ce rapport qu'il ne me paraît pas convenable de le nommer ; car bien certainement il ne voterait pas contre le ministère.

Au collège du département la majorité n'est pas équivoque : elle nommera deux royalistes. M. Bourdeau sera-t-il du nombre? L'affirmative est probable, malgré la volonté assez fortement prononcée du côté droit et du côté gauche, pourvu cependant que M. Mousnier-Buisson soit élu au collège d'arrondissement. Dans le cas contraire, il serait bien certainement élu par le collège du département ainsi que M. le comte de Monbron.

L'élection de la Creuse sera beaucoup plus disputée. Sur 111 votants, hl libéraux voteront pour M. de Soubrebost, conseiller en la Cour, qui, gendre de M. Cornudet^ se placera au centre gauche,

< Joseph Comudet des Chomettes, né à Crocq (Creuse) en 1753. Après avoir éié avocat au Parlement de Paris, il devint, en 1785, lieutenant gënëral au bailliage de Montaigut. Dëputë à la Législative en 1791, membre du Conseil des Anciens en 1797, il fut un des principaux coopërateurs du 18 brumaire. Il obtint un si^ge au

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et n'en votera pas moins toujours avec la gauche. 37 royalistes du côté droit et 33 royalistes du centre droit se diviseront entre M. deGartempe, M. Rochon, conseiller en la Cour, et M. de Crosmont, gentilhomme du département : ces doux derniers seraient du côté droit. Je ne crois pas qu'au premier scrutin M. de Gartempe obtienne plus de 2U» voix, et il n'arrivera au ballottage qu'autant qu'il obtiendra une partie des voix de celui des deux autres qui sera forcé de renoncer; c'est bien incertain. La seule chance favorable à M. de Soubrebost, c'est que son concurrent déverse sur lui des ennemis personnels sur lesquels la haine aurait encore plus d'influence que l'esprit départi Si M. de Gartempe n'était pas nommé président, il n'aurait aucune chance de succès.

Le collège du département de la Corrèze enverra un député du côté droit, et M. Sartelou paraît avoir peu de moyens de fixer les choix sur sa personne. Nul président n'y convient mieux que M. de Noailles * .

Sënat le "StU décembre 1799 et, quelques années plus tard, le tilre de comte. l\ fît partie de la Chambre des pairs sous la première Restauration et pendant les Cent- Jours. Exclu de la Chambre haute par l'ordonnance du 9^ juillet 1815, il y rentra par celle du 5 mars 1819. 11 mourut à Paris le^ dû septembre 183/i.

* Louis-Joseph -Alexis, comte de Noailles, né à Paris le 1^' juin 1783. n fut accusé, en 1809, d'avoir répandu la bulle d'excommunication lancée par Pie VlI contre Napoléon et passa plusieurs mois en prison. Puis il s'expatria et se rendit auprès de Bemadotte, alors prince royal de Suède, qui le prit pour aide de camp. Sous la première Restauration, il figura au Congrès de Vienne

Dans oe ressort, Ut masse n'est point hostile, et ils rendent un véritable service au pays ceux des royalistes du côté droit qui allient hautement les principes constitutionnels au dévouement à la légitimité.

Il me paraît fort important de donner aux présidents des divers collèges Tordre positif de professer, dans leurs discours d'ouverture, les excellents principes si bien développés dans les lettres de Votre Excellence du 16 juillet dernier et du 9 de ce mois.

Je suis avec respect, monseigneur, De Votre Excellence Le très-humble et très-obeissant ser\'iteur, En l'absence du procureur général, Le premier avocat général,

Mestadier.

«omme hb des ministres pl^nîpotenlîaîres delà France. Le 19 sep^ tembre 1815, il devint ministre d'État et membre du Conseil priv^. Ddputë du Rhône cette mémo annëe, il vota avec la m^^jorite. Il ne fut pas r^élu en 1816, mais en l&Hh les électeurs de la Corrëze le renvoyèrent à la Chambre. Il exerça auprès de Charles X les fonctions d'aide de camp. Il ^houa aux factions qui suivirent la révolution de juLUet, et mourut à Paris le Ih mai 1835. Son père, le vicomte Louis de Noailles» second £ls du maréchal de Mouchy, avait étéxoembre de la Constituante; il fut morteUemaDt blessé, en 18ûJi, dans un comhat naval livré prés de la Havazie.

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