‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 12 sur 65 · A M. HENTSCH DE CHASTEL · texte numérisé non relu

A M. HENTSCH DE CHASTEL

quitter la Toscane. Si vous allez à Paris , ainsi que je le désire et que je l'espère, vous recevrez de mes nouvelles par M. Gosse. Il aura soin de vous expédier mes lettres dès son arrivée à Marseille ou à Toulon.

Ma santë a gagné quelque chose à Texercice que je fais tous les jours à cheval ; mais ce ne sont pas des galopades comme au manège de Genève.

Nauplie, ~- mars 18Î9.

Ce n'est qu'aujourd'hui, mon cher Hentsch, que je reçois votre lettre du 22 janvier. Elle me trouve au moment où je vais me mettre en chemin pour passer en revue les misères de ce pays dans les provinces de l'inteneur. Je n'ai donc qu'à peine le temps de vous en accuser la réception et de vous remercier de grand cœur de votre aimable souvenir.

J'ai fait soigner l'envoi de la lettre à MM. Miaoulis et Boudouris. Us vous savent un gré infini des bontés dont vous honorez leurs enfants.

M. Bétant vous a donné des nouvelles de la Grèce. Vous pouvez l'en croire, parce qu'il a vu l'état oîi se trouvait ce pays et celui où il l'a laissé; et il est bon juge. Il s'y fait toujours un peu de bien ; mais les progrès sont lents, parce que les difficultés et les privations sont nom*

breuses et incalculables. J*aiine à espérer qu*ayec Taide de Dieu ce pays sortira de ses ruines. Leur aspect ne m'a pas découragé et ne me décourage pas.

Je TOUS serre la main, et je vous prie de me rappeler au souvenir de tutti quanti^ notamment de M. et de M"' Municr,

Nanplie, -t mars 1829.

Les rapports qu'en date du 13 et du 14 du courant m'adresse le lieutenant plénipotentiaire , m'annoncent que le 13 le château de Lépante s'est rendu par capitula* tion aux troupes grecques. Vous verrez, Messieurs, dans les pièces ci-jointes les détails de cet événement. Le secrétaire d'état rédigera im article de gazette très-succinct , par lequel il énoncera le fait sans commentaire ni observations quelconques. Ce qu'il importe de faire observer, ce sont les mesures que le lieutenant plénipotentiaire a prises pour exécuter la capitulation à la pleine satisfaction des Turcs.

AU COMMISSAIRE EXTRAORDINAIRE DE l'aRGADIE. 99

. ,. 20 mars

Tfipolitea, — 1829.

1 avril

J*ai vu avec satisfaction que les habitants de Tripelitza sont disposés à contribuer par une souscription à rétablissement d'une école d'enseignement mutuel.

Je vous ai donné de vive voix, et en présence des notables de la ville , les directions que vous suivrez pour accélérer la souscription , et pour faire commencer les travaux qui doivent procurer à l'école un local convenable. Lorsque la souscription sera faite et que les épliores de l'école seront nommés par les souscripteurs , vous m'en rendrez compte en m'envoyant une copie de la liste de souscription. Je souscrirai alors moi-même, pour que l'édifice de l'école soit achevé le plus tôt que faire se pourra.

Je vous autorise aussi à employer, pour le del)laiement de la place où l'école doit être construite et pour le transport des matériaux , une cinquantaine de pauvres par jour, en leur donnant leur ration en argent. Vous ferez inscrire dans un catalogue tous les pauvres, afin d'en employer à tour de rôle 50 par jour. La commission des finances vous bonifiera cette dépense sur le compte que vous en rendrez.

30 mars .^^^

Modon, — 1829.

11 ayril

C'est M. le docteur Gosse qui vous porte la présente lettre. Il a fait avec moi le voyage à petites journées depuis Nauplie jusqu'ici, et il est bien à même de vous rendre compte de l'e'tat où se trouve ce pays. Il vous dira que depuis Tannée dernière les villes commencent à sortir de leurs ruines, que des e'coles d'enseignement mutuel s'organisent, mais que la plus grande partie de la terre est en friche, et que par conséquent le peuple meurt de faim. Je n'entre pas dans des détaib à cet égard, parce que j'en ai beaucoup parlé avec M. Gosse; il vous répétera exactement les observations que je lui ai faites sur la question des colonies étrangères, et sur celle non moins importante des secours dont nous avons le besoin le plus pressant , pour fonder la restauration de ce pays sur deux grandes bases : sur la base du travail et sur celle de l'instruction élémentaire.

Pour donner du travail au peuple , il faut des avances ou dans d'autres termes de l'argent. Pour donner des écoles d'enseignement mutuel à toutes les provinces , et s'il est possible à chaque village, il faut encore de l'argent, ne fut-ce que pour construire un local, des bancs, acheter des ardoises, et payer les maîtres.

Tout ce que j'ai pu faire jusqu'à présent sous ce der-

AU CHEYALIBR EYNARO. 101

nier rapport n*e$t pas sans résultats satisfaisants. Il y a au moins 5,000 enfants qui savent déjà lire, écrire et calculer, et parmi ces enfants il y en a une vingtaine que je vais placer dans une école normale , d'où ils sortiront excellents maîtres pour d'autres écoles d'enseignement mutuel. Vos 50,000 francs vont être employés, et je donnerai à cette occasion une circulaire qui sera imprimée dans les gazettes. Mais avec 50,000 francs je ne puis établir que sept ou huit écoles , sans compter leur entretien et le paiement des maîtres. Or pour répondre aux besoins du pays , il me faut au moins une cinquantaine de ces établissements, c'est-à-dire, 500 à 600,000 francs.

Pourquoi d'autres capitalistes ne suivraient-ils pas votre exemple, en plaçant à la banque quelques milliers de francs pour faire la somme susmentionnée ? Il nous rendraient un double service. Us assureraient le crédit de la banque, et ils nous donneraient le moyen de fonder en peu de temps l'instruction élémentaire au milieu de ce peuple.

Je ne prétends pas qu'ils placent comme vous 50,000 francs, ni qu'ils en fassent cadeau à la Grèce. Ils placeront leurs capitaux à l'intérêt de 8 pour 100. Ils toucheront exactement leurs intérêts dans une année, parce que c'est pour payer les intérêts , et si on le désire le capital des fonds placés Tannée dernière, que je demande ce secours. Dans l'espoir que cette lettre vous trouvera à Paris, je ne doute pas du succès qu'auront

VOS démarches auprès de MM. Delessert, Lafitte, ïernaux, Casimir Perrier, André Cottier, Lapagrouse, Thomas Hagermann, etc. Je vais plus loin; je crois même qu'ils sont prêts à accueillir mes vœux, et dans ce cas je n'hésite pas à donner dès à présent à M. de Lasteyrie la commission de m'acheter différents objets, qui sont indispensables pour encourager les écoles existantes et pour en créer de nouvelles.

A la fin du mois de mai le congrès national sera assemblé, et je désire lui rendre compte de l'emploi que j'ai fait des secours dont les amis de la Grèce ont bien voulu me rendre dépositaire. Je vous prie donc très-instamment de m'envoyer par duplicata notre compte cout rant. Je verrai alors si nos écritures sont d'accord, et quelles sont les sommes que j'ai reçues de votre part.

Ce même congrès devra donner au gouvernement les pouvoirs nécessaires, tant pour arranger la grande affaire de la dette nationale à l'étranger, que pour un nouvel emprunt. Si les Puissances alliées nous accordent les garanties que je leur ai demandées, ce nouvel emprunt ne souffrira pas de difficultés. Dans le cas contraire , il faudra toujours en faire un, et dans tous les cas la Grèce devra avoir des fondés de pouvoirs en France ou ailleurs pour régler ces grands intérêts.

Vous m'avez proposé souvent le prince Soutzos comr me agent diplomatique. Personne ici ne voudra de lui , parce qu'on ne le reconnaît pas comme Grec. Plus tard on l'acceptera peut-être. Je devrai doi^c de toute nécesr

site envoyer quelqu'un du pays , et je le placerai à côte' de vous et sous votre direction. Un des objets de sa mission sera d^obtenir que la Grèce puisse accre'diter auprès des cours protectrices des agents avec le titre de résidents chargés d'affaires. Si les trois cabinets y consentent , il me faut au moins trois de ces résidents , et j'aime à espérer que vous voudrez bien en être un. Veuillez me faire connaître d'avance vos intentions à cet égard.

M. Gosse qui a été souvent avec moi depuis une année , vous dira comment je passe ma vie , et vous vous persuaderez alors que ce n'est pas faute de bonne volonté ni de prévoyance que je n'entretiens pas avec exactitude une correspondance suivie avec les amis de la Grèce et avec vous.

Une fois qu'il aura rétabli sa santé, M. Gosse veut nous revenir, et je le désire de grand cœur. J'aime même à espérer que jusque-là je pourrai l'engager à se faire suivre par une couple de centaines de bonnes familles suisses, qui trouveraient en Grèce de la terre, du travail, et une existence heureuse.

En attendant, je voudrais établir un atelier pour donner aux Hellènes la charrue belge. Il faut pour cela des ouvriers, une charrue modèle, et un homme qui sache l'employer. M., Gosse vous expliquera tout ceci, et vous verrez s'il est plus facile de m'envoyer cette expédition, en sollicitant la coopération de M. Dombasle, ou bien celle de votre société d'agriculture de Genève.

Modon, 7- avril 1829^.

Vous verrez, Messieurs, par la copie des offices cijoints le résultat satisfaisant qu ont eu mes explications avec M. le général Maison relativement au paiement des^ subsides arriérés. U est de mon intention et de mon devoir de destiner 500,000 fraacs au secours des provinces de rétat qui ont le plus souffert de la présence de Tennemi, et qui se trouvent encore dans Timpossibilité de mettre en culture la terre ou de rétablir leurs villages.

Mais pour que le secours soit dcnmé avec justice et avec utilité, il faut prendre d'avance les précautions que vous trouvei^ez énoncées dans la circulaire ci-jointe aux. commissaires extraordinaires et aux gouverneurs provisoires* Le secrétaire d'état les fera imprimer et expédier sans perte de temps.

En attendant les informations qu'ils vous transmettront, je vous engiage. Messieurs, à préparer de votre côté un travail, par lequel vous me proposerez comment le gouvernement pourra s'assurer qu'il n'y aura ni abus ni malversation, mais stricte équité^ dans la distribution du secours dont il s'agit.

Modon, -- avril 1829.

Le gouyernement encaissera dans le courant de ce mois 1,000,000 de francs des subsides arriéres que la Grèce doit à la bienfaisance de S. M. T^ C.

Quoique cette somme soit bien modique en comparaison du déficit des finances de Tétat et des besoins pressants de toutes les branches du service public, noua croyons néanmoins de notre devoir de destiner une partie de ce subside à secourir les provinces qui ont le plus souffert de la pre'sence de Fennemi et des conséquences funestes du désordre dont elles ont été victimes.

Nous aurions de'sire' pouvoir prendre cette mesure dès le mois de février; mais tous les efforts que nous avons diriges vers ce but n ont produit jusqu'ici que le re'sultat dont nous vous faisons part aujourd'hui. Toutefois si la £aiible somme que nous destinons est employée d'après les principes que nous allons vous indiquer ici , nous aimons à espérer que la portion la plus souffrante du peuple commencera à sortir de la misère qui Taccable.

Ce sont les citoyens qui gagnent honorablement leur

existence en cultivant la terre, et qui se trouvent dans ce moment sans chaumière , sans, bétail et sans instruments, que nous estimons devoir secourir de pre'fe'rence. Ce secours consistera en bétail, en grains pour ensemencer, et en instruments agricoles, et ne sera accorde qu'à titre de prêt.

Vous êtes donc charges. Messieurs, d'inviter les démogérontes des villages à articuler leurs demandes. Vous les prendrez en mûre considération , et vous nous proposerez :

l"". Le minimum de la somme qui pourrait satisfaire équitablement les besoins du pays.

2"". Le mode d'après lequel cette somme serait employée.

S*". Les garanties que vous pourrez obtenir, tant pour que l'emploi soit fait dans le principe indiqué plus haut, que pour que la restitution de la somme prêtée soit effectuée dans un espace de temps déterminé.

Si d'autres subsides viennent, ainsi que nous l'espérons, augmenter les ressources de la caisse publique, nous serons également empressés d'en faire part aux citoyens qui habitent les villes, et que les malheurs des huit dernières années mettent dans l'impossibilité de restaurer leurs maisons. Vous ne leur laisserez pas ignorer nos intentions, afin qu'ils puissent d'avance préparer les demandes que vous aurez à prendre en consi^ dération et à nous communiquer.

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