AUX GÉNÉRAUX LAMARQUE, CLAUSEL ET DECAEN
Etampes, 8 juillet 1815.
J'ai rhonneur de vous adresser Tarrété de la commission de gouvernement qui me donne le commandement de Tarmée de la Loire et y joint celui des troupes sous vos ordres. Vous devez avoir connaissance maintenant de Tarmistice qui a été conclu entre les troupes françaises et les troupes alliées. Vous aurez sans doute remarqué qu'après les malheureux événements qui ont accablé la France, il était difficile d'obtenir de
messe d*oubli pour tout ce qui s'était pasflé depuis le 20 mars, sauvegarde des intérêts et de Tlionneur de Tarmce. Les trois {généraux commissaires remplissaient fidèlement leur mission, qui ne laissait pas d'être difficile et d'un succès douteux. Le maréchal Gouvion Saint-Cyr, qui, sur ces entrefaites (9 juillet), était nommé ministre de la (^erre, répondait aux f;éncr<iux qu'une soumission pure et simple, sans conditions, était tout ce qu'il pouvait accepter, qu'elle serait reçue avec bienveillance, que le Roi ferait plus qu'ils ne désiraient. Il est clair, en effet, qu'au point où l'on en était, on ne pouvait plus poser de conditions, qu'il n'y avait de possible que la soumission pure et simple, — et par le fait, c'est là qu'on allait en venir, sous peu de jours. La préoccupation unique, avérée, passionnée du maréchal, était d'épuiser tous les moyens pour l'honneur et les intérêts de l'armée, de maintenir l'esprit d'union et de discipline dans cette armée, et de conserver ainsi une force militaire qui pouvait être singulièrement utile à la France, au nouveau gouvernement lui-même, contre les prétentions exorbitantes des étrangers. Le prince d'Eckmiihl était surtout très-sensible à cette considération qu'on faisait valoir auprès de lui, que toute apparence de résistance, tout retard dans la soumission, pouvait servir de prétexte aux étrangers pour se répandre partout et dévaster la France.
meilleures conditions, puisqu^en sauvant Paris, nous avons conservé notre armée à la France.
Dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons, je n*ai rien négligé pour concilier les intérêts de Tannée et ceux de la patrie, et j'ai cru devoir, pour remplir les obligations qui m'étaient imposées, confier à des généraux revêtus de la confiance des troupes, Thonorable mission de traiter à Paris des intérêts communs. MM. les lieutenants généraux Gérard, Kellermann et Haxo sont chargés de cette négociation. J^aurai rhonneur de vous tenir au courant de ce qu'ils auront £ait. Leur nom est pour toute Tarmée la garantie que leur conduite sera dirigée par Thonneur et Tamour de la patrie.
Je crois utile, Monsieur le général, de vous faire observer que notre force et le salut de Tarmée dépendent de notre union, et que tout arrangement particulier, d'ailleurs honteux et désavantageux pour tous, serait préjudiciable aux intérêt^: de la France.
Éumpet, 8 joiUet 1815 >.
Monsieur le général, j'ai reçu vos dépêches d'hier. J'ai vu avec bien du plaisir l'offre des généraux Sapinaud et Larochejaquelein. Elle est l'expression de sentiments de bons Français. Au surplus, sous très-peu de temps nous pourrons être dans le cas de marcher sous les mêmes drapeaux, si les Anglais veulent mettre à exécution les projets qu'on leur suppose.
1 A ce moment, même après la convention da 3 juillet, les Prussiens et les Anglais paraissaient disposés à se répandre dans les provinces de Normandie, de l*Ouest et du Centre. — Les Prussiens marchaient sur la l^îre et sur la Bretagne. On croyait surtout à des projets anglais sur les c6tes de la Manche, sur Cherbourg, sur le littoral de la Bretagne. En présence de ces menaces, quelques-uns des principaux chefs vendéens envoyaient une députation au général I^marque, pour lui offrir de joindre leurs forces à Tannée contre l'étranger. Le maréchal était trèit-sensiblc à cette dcmarclie de patriotisme qui faisait en effet honneur aux chefs vendéens, et il s'offrait même, on le voit, à avoir avec eux une entrevue qui aurait pu avoir une heureuse influence.
lis veulent, dit-on, attaquer le Havre, Cherbourg et Brest, c^ est-à-dire détruire complètement notre marine et anéantir à jamais notre malheureuse patrie. Si cela se réalise, il n'y aura plus dans ce pays que des Français.
Je vous invite, Monsieur le général, à donner connaissance, sans trop de publicité, de ces projets, afin qu'ils éprouvent la plus forte résistance dans le commencement de leur exécution.
Orléans, 10 juillet 1815.
Monsieurlegénéral,lesPrussiens,pourobservernotre armée, ont mis en mouvement une assez grande quantité de troupes. Toutes les nouvelles de Paris nous recommandent de nous tenir sur nos gardes et bien unis. II parait qu'il y a déjà un quartier général prussien à Fontainebleau. — Il ne faut pas étendre les cantonnements des troupes. Établissez sur la rive gauche et logez au moins, par compagnies 2 ou 3,000 hommes, pour être en mesure de défendre le pont d'Orléans. Faites reconnaître aussi l'emplacement pour établir 12 ou 16 bouches à feu qui battront le pont et les avenues. Il faut faire faire des épaulements pour mettre les canonniers à l'abri et les défilés de l'autre rive.
Faites créneler les petits corps de garde qui sont à l'entrée du pont sur la rive gauche. Chargez un officier supérieur de cette défense. Il choisira des maisons à proximité du pont qui le découvrent bien, où l'on aura constamment du monde. II y a à gauche du pont un couvent qui peut servir de caserne. Faites reconnaître le parti qu'on peut en retirer comme logement. — On ne peut trop recommander à l'officier de prendre toutes les précautions pour la défense du pont. Il peut établir quelques pièces sur la rive gauche et faire des épaulements défilés de la rive droite. Faites reconnaître le Loiret jusqu'à son embouchure. On m'a dit qu'il était très-susceptible de
défense. Il faut faire retrancher Olivet et Saint-Nicolas. Vous auriez sur ces points une division en réserve.
Je vous fais la même recommandation que pour Orléans, à regard de la division que vous aurez à Jarçeau : des ouvrages et du canon sur la rive gauche pour défendre le pont, et une division en partie baraquée pour être à portée de le défendre.
II parait qu'il y a des gués sur la Loire. Comme ce sont des sables, ils seront faciles à détruire. Donnez des ordres pour qu'on replie sur la rive gauche et qu'on mette hors de service tous les bateaux qui sont sur la rive droite de la lioire.
Le 1*' corps baraqucra dans les environs de Gien et de la Charité. Il faut que vos divisions se lient avec lui par quelques postes que vous pousserez jusqu'à Sully. Il sera nécessaire d'établir la division de cavalerie du général Vallin entre Orléans et Gien. Vous choisirez le meilleur pays. Cette division serait en mesure de secourir Gien et Jargeau.
Vous pousserez votre gauche jusqu'à Beaugency, ayant le reste de vos troupes en réserve. Faites reconnaftre toutes les communications qui de la Ferté vont à Gien, Jargeau et Beaugency.
Je crois que vous devez avoir 3 ou 400 sapeurs avec vous. 11 faudra en donner à la division que vous aurez à Jargeau.
Il faut faire replier sur Blois tous les bateaux qui sont audessous d'Orléans, et les retirer sur la rive gauche.