MINISTRE DE FRANCE A DRESDE
Erfuri, 24 janvier 1809.
J'ai reçu vos lettres des 16 et 18 janvier.
La lettre que je vous ai écrite et que vous me dites vous avoir procure une des plus vives satisfactions que vous ayez ressenties depuis longtemps, a rempli mon objet. J'aurais été extrêmement fâché que vous n'eussiez pas apprécié les motifs qui me Tont dictée : le bien du service de notre souverain et les sentiments que vous m'avez inspirés. Très-certainement je n'aurais pas fait cette démarche auprès de quelqu'un pour qui je n'aurais pas eu des sentiments d'estime et d'amitié.
M. Serra et vous, en vous voyant souvent et moyennant des communications franches, vous servirez mieux notre souverain, tout en suivant Timpulsion de vos caractères.
Vous déterminerez M. Serra à montrer moins d'éloignement pour de certaines personnes, puisque, comme vous l'observez fort bien, il est dans vos devoirs à tous deux d'avoir des ménagements et des procédés de convenance envers les personnes qui ont la confiance, méritée ou non, du souverain près duquel on est accrédité. D'un autre côté, M. Serra vous entraînera à avoir moins de confiance dans ces mêmes individus, et par conséquent à les observer de près.
Quant à M. de Breza que vous me citez, croyez, Monsieur l'ambassadeur, que l'opinion que j'ai de lui n'est pas le résultat des torts qu'il pourrait avoir eus envers moi. S'il en eût eu, je les aurais oubliés par sentiment de mes devoirs; mais je n'ai point ce mérite, puisque je dois avouer qu'il a eu pour moi toutes les prévenances et les procédés possibles. La véritable cause de mon opinion sur son compte est la haine qu'il porte à notre gouvernement. J'ai là-dessus des données dont les opinions de MM. de Ghampagny et Maret, et du prince de Bénévent, ne pourront pas détruire l'effet.
Au surplus, comme eux, je ne trouve pas du tout étrange