‹ Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de MessineChapitre 118 sur 171 · DXVII · texte numérisé non relu

DXVII

Le commandeur de Béuieux au uug de Vivonne.

Malte, 18 mai 1677.

Nouveaux renseignements sur l'état de la place de Syracuse fournis par un Syracusain. De nombreux habitants sont prêts à accueillir les Français. - (Ms. de Polignac, année 161/, n° 142.)

Depuis ma lettre écrite, il est arrivé ici un des principaux bourgeois de Syracuse exprès pour s'informer si je sa vois les intentions de V. E. touchant leur place, ayant très grande impatience d'être assiégés Et, comme ils n'ont aucun commerce à Messine, il m'a prié, de la part de toute la noblesse, de demander à V. E. un écrit de sa main, par lequel elle les assure, Monseigneur, qu'elle ne touchera point à leurs privilèges, et, en cas qu'elle trouve à propos de me l'envoyer pour [le] leur faire tenir, comme je lui ait fait espérer, ils s'engagent de ne combattre que vingt quatre heures, faisant bannière blanche au lieu où ils seront convenu avec V. E., qui sera assurée qu'il n'y a pas une ville en Sicile où la noblesse et le peuple soient si bien unis et ayant tant d'envie de se tirer de la tyrannie des Espagnols qui les volent publitiuemcnt tous les jours.

Il m'a assuré qu'il n'y avoit que sept compagnies d'infanterie, dont la plus forte n'est que de soixante hommes, et trois de cavalerie, qui ne font que quarante maîtres l'une, et sont convenus avec les bourgeois en cas de siège de se retirer aux fortifications nouvelles pour les garder, et les bourgeois qui ont

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fait sept comj)aj;nies de cent honinics chacune (If)ivent garder la ville pour la inetlrc entre les mains de V. E. aiissilAt qu'elle paroîlra, s'engageant même à empêcher les Espagnols de rentrer dans la ville (luand une lois ils en seront sortis, ce qu'ils ne doivent l'aire (|ue (|uaiid rarnuc de France paroitra.

Je me suis voulu iiilornier de lui où étoit placée l'ai'tillerie. Il m'a dit cju'au château il y a vingt six pièces de fonte et quatre vingts Espagnols pour le garder, au hastionnet deux pièces de fonte, au Canamiela deux autres |)ièccs de fonte, à Vigiliena trois pièces de fer, à San Giacomo ([uatrc de ler, à San Gioanello trois de fer, à San Filippo huit pièces, aux deux vieux bastions de la Couronne une pièce à chacun, n'y en ayant point du tout à la Couronne, depuis la porte Uéale jus(|u'à la porte de la Marine sept à huit pièces et puis de la Marine jus(|u'au chàleau huit ou dix pièces, tant canons de terre f|ue pierriers. L'on connoîtra tous ces lieux sur le plan, y étant écrits en bon ordre.

Nous nous sommes informés des lieux les plus avarilageux pour faire des batteries; nous en avons trouvé trois. Le premier est à la ï(»nnare. où il v a des piliers, l'autre à unendioit nommé la Toup|)ede Sainte Lucie et le troisième à Saint Frain^ois de l'aule, qui étoit un couvent des Minimes, qui a été démoli depuis peu, dont tous les matériaux sont encore suj" la place, desquels on pourra se servii- si on en a besoin.

Le même Syracusain nous a confirmé ce (|ue j'ai

déjà eu l'honneur il'écrire à V. E. (|ui est (|ue la

porte de la Marine est le lieu le plus foible de

toute la ville et cjue, si l'armée entre le soir et peut

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canonner toute une nuit, le lendemain matin ils ne manqueront point de capituler.

Il nous a dit qu'il seroit à propos d'envoyer canonner un lieu très foible marqué sur le plan entre San Gioanello et San Giacomo, où il nous a assuré qu'il y avoit beaucoup plus de terrain que n'en marque le plan et qu'il étoit de grande conséquence d'assiéger cette place avant la moisson, qui se fait au commencement de juillet.

J'ai été bien aise de taire voir cet homme à M. de Villars afin qu'il en puisse faire un rapport plus fidèle à V. E. et l'éclaircir des doutes qu'elle pourroit avoir. Je lui ai fait voir le plan que je me donne l'honneur de lui envoyer, qu'il a trouvé très juste, mais pour plus grande sécurité il m'a promis de m'en envoyer un original fait par l'ingénieur qu'il a chez lui, ayant été le payeur des ouvriers de la fortification.

J'envoie encore à V. E. un nommé Mala, de la ville de Aci, lequel a de bons avis à lui donner. C'est un homme tjui s'est sauvé ici de peur d'avoir la tête coupée, comme deux de ses frères, depuis peu de temps étant accusés d'être François. M. de Villars le présentera à V. E. et m'a promis de l'assurer, comme je fais par celle ci, que je suis avec profond respect... ^

1. Ces lettres de Bérieux et le plan détaillé des forlilicalions de Syracuse suggérèrent à Vivonnc l'idée d'attaquer cette place en s'aidant des conseils et des avis qu'il venait de recevoir. On verra plus loin avec quel soin il prépara en vue d'un débarquement les ordres destinés à chacun de ses subordonnés. Mais on sait que l'attaque par deux fois organisée et ébauchée ne fut jamais menée jusqu'au bout et que Syracuse ne fut jamais sérieusement inquiétée.

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