IO, RUE DE MÉZIÈRES, IO I
La correspondance que nous donnons aujourd'hui au public n'est pas entièrement inédite.
M. de Falloux, en effet, avait inséré dans ses deux volumes de la correspondance générale de Mme Swetchine la plus grande partie de ses lettres au Vicomte de Melun. Nous disons la plus grande partie, parce que, lors de cette publication, qui parut, on s' en souvient^ bien peu d'années après la mort de cette femme éminente, à la/ois si russe et si française, le Comte de Falloux, sur la demande de M. de Melun et d'accord avec lui, retrancha des lettres de MmB Swetchine certains passages devenus obscurs par la suppression des réponses, certains détails plus intimes et la presque totalité de ce que les éditeurs des œuvres de saint François de Sales au XVIIe siècle appelaient « la partie affective » de ses lettres, partie considérable che\ Vaimable femme comme che\ l'aimable saint, et non moins considérable aussi che\ M. de Melun.
En publiant aujourd'hui pour la première fois les Lettres du Vicomte de Melun, nous avons donc rétabli dans leur intégrité celles de Mme Swetchine. Ni les unes ni les autres n'ajouteront rien sans doute à la physionomie désormais fixée de l'amie incomparable dont M. de Falloux a été l'historien fidèle
autant que délicat, mais elles feront certainement connaître M. de Melun sous un aspect nouveau et bien touchant.
Dans la première partie de cette correspondance, M. de Melun cherche encore sa voie et se livre à des études et à des recherches qui mûrissent son jugement. Puis on le voit peu à peu abandonner ces études pour marcher d'un pas ferme et résolu dans cette voie de la charité et des œuvres dont il ne s'écartera plus jusqu'à la fin de sa vie.
Cette correspondance n'avait pas été écrite évidemment avec la pensée qtf elle pourrait un jour être publiée, aussi croyons-nous qu'en montrant le Vicomte de Melun sous des aspects tout à fait intimes et sans apprêt, elle intéressera vivement ceux qui aiment à voir une âme humaine dans toute sa simplicité et toute sa grandeur.