‹ Correspondance entre George Sand et Gustave FlaubertChapitre 3 sur 73 · HENRI AMIC · texte numérisé non relu

HENRI AMIC

Toute correspondance est un duo, et l'on ne peut dire qu'on la connaît lorsqu'on n'en connaît qu'une des deux parties; peut-on comprendre les réponses sans les demandes ou se contenter des demandes sans les réponses? Cela est vrai surtout quand il s'agit de la correspondance de deux grands esprits, tels que Goethe et Schiller, George Sand et Musset. Cela est plus vrai encore quand les deux correspondants sont aussi différents que l'étaient George Sand et Flaubert; Tune, idéaliste, optimiste, d'éloquence abondante et naturelle; l'autre, misanthrope, bourru, jovial, esclave d'un travail acharné ; d'ailleurs excellents tous deux. C'est parce que leurs deux voix s'opposent, qu'entendues ensemble, elles s'harmonisent en beauté. L'idée est donc heureuse d'avoir fait se suivre; réunies eu un seul volume, leurs lettres jusqu'ici disséminées en quatre. La Correspondance de George Sand avec Flaubert vient d'ailleurs à propos après la publication de sa correspondance avec Alfred de Musset. On a vu ce qu'était l'amour pour cette grande âme et ce grand cœur on verra ce qu'était l'amitié.

ET

A GEORGE SAND

Chère madame,

Je ne vous sais pas gré d'avoir rempli ce que vous appelez un devoir. La bonté de votre cœur m'a attendri et votre sympathie m'a rendu fier. Voilà tout.

Votre lettre que je viens de recevoir ajoute encore à votre article' et le dépasse, et je ne sais que vous dire, si ce n'est que je vous aime bien franchement.

Ce n'est point moi qui vous ai envoyé, au mois de septembre, une petite fleur dans une enveloppe. Mais ce qu'il y a d'étrange, c'est qu'à la même époque j'ai reçu de la même façon une feuille d'arbre.

1. Lettre sur Salammbô, Janvier 1863, Questions d'a^H et de lillérature.

Quant à votre invitation si cordiale, je ne vous réponds ni oui ni non, en vrai Normand. J'irai peut-être, un jour, vous surprendre, cet été. Car j'ai grande envie de vous voir et de causer avec vous.

Il me serait bien doux d'avoir votre portrait pour l'accrocher à la muraille dans mon cabinet, à la campagne, où je passe souvent de longs mois tout seul. La demande est-elle indiscrète? Si non, mille remerciements d'avance. Prenez ceux-là avec les autres que je réitère.

Paris, 15 mars 1864.

Cher Flaubert,

Je ne sais pas si vous m'avez prêté ou donné le beau livre de M. Taine. Dans le doute, je vous le renvoie; je n'ai eu le temps d'en lire ici qu'une partie, et, à Nohant, je vais n'avoir que le temps de griffonner pour Buloz; mais, à mon retour, dans deux mois, je vous redemanderai ces excellents volumes d'une si haute et si noble portée.

Je regrette de ne vous avoir pas dit adieu ; mais comme je reviens bientôt, j'espère que vous ne m'aurez pas oubliée et que vous me ferez lire aussi quelque chose de vous.

Vous avez été si bon et si sympathique pour moi à la première représentation de Villeme)\ que je n'admire plus seulement votre admirable talent, je vous aime de tout mon cœur.

A GEORGE SAND

Paris, 1866.

Mais certainement je compte sur votre visite dans mon domicile privé. Quant aux encombrements qu'y peut apporter le beau sexe, vous ne vous en apercevrez pas (soyez-en sûre) plus que les autres. Mes petites histoires de cœur ou de sens ne sortent pas de Tarrière-boutique. Mais comme il y a loin de mon quartier au vôtre et que vous pourriez faire une course inutile, dès que vous serez à Paris donnez-moi un rendez-vous. Et nous en prendrons un autre pour dîner seul à seul les deux coudes sur la table.

J'ai envoyé à Bouilhet votre petit mot affectueux.

A l'heure qu'il est, je suis écœuré par la population qui se rue sous mes fenêtres à la suite du bœuf gras! Et on dit que l'esprit court les rues !

A MONSIEUR FLOBERT (JUSTAVEj H. DE LETTRES BOULEVARD DU TAMPLE, 42, PARIS

Le timbre de la poste porte Palaiseau, 9 mai 66.

Paris, 10 mai 1S66.

Monsieur Flobaire, faut que vous soïet un vraie arsouille pour avoir prit mon nom et en avoir écrit une lettre à une

dame qu'aval des bonlées pour moi que vous y avez sandoulle étée reçue à ma plasse et héritée de ma quasquete dont gai ressue la volre en plasse que vous y avé laisser. S'est des salletées de conduilte de sette damme et de la vôtre faut panser quele manque bien d'educassion Et de tous Ses sentiment quele doit d'entendre les poliçonerie infect que vous y ecriver et se trompée sur nos sîilles. Ci vous ête contant d'avoir écris Fanie et Salkenpcau, moi je cuit contant de les avoir pas lut. Faut pas vous monté le bourichon pour sa. Geai vue su des journos que s'était des vilenit contre la Religion où je cui rentrer dans son sin depuis le pênes que geai ut de cette dame quele mont fai rentrer en moi même et repentir de mes eqsès avec elle, et pourlor si je vous rancontre avec elle que je ni tient plus, vous orrez mon point sur la gueuUe. Sa serat la Reparassion de mes pécher et' La punission de vos infamie ansanble. Voilla ce que je vous dit et vous salut.

GOULARO.

A Palaisot, ché les Fraircs.

Il mon bien dits que j'étais punit de frécantée des fil de Téatre et des hauteur

Monsieur

Après les recherches les plus scrupuleusemenl combinnées j'ai enfin retrouvé le caddavre de mon frerre bien aimé. Vous elles dans les belles lellres el vous auriez elle frappé de la esplendeure de celle cène ce caddavre qui fut un Frerre ellendu nonchalamanl sur les bords d'une Fosse impurre unmommenl j'ai oublié ma douUeur pour contempler il était bon ce jeune homme que les allummeltes ont tués mais le vrai couppable c'est celte femme que les pasions on enlrennées dans ce courrant desordonés ou notre malheureux payis est à l'heurre qu'il est plus à plaindre a blammer car il y a encore des hommes qui ont un cœur vous qui vous exprimmez si bien ditles lui a cette sirenne quelle a délrui un grand cittoyen je n'ai pas besoin de vous dire que nous contons sur vous pour lui creuser sa noble tombe diltes aussi à Silvanit quelle peut venir nonobestant car l'edducalion moblige a lui ofrir un verre de vin jai l'honneur de vous saluer.

J'ai l'honneur de saluer aussi Silvanit pour laquelle je suis un frerre bien à plaindre.

GOULARD AliNÉ.

Ayez donc la complesance de remettre à Silvanit les dernierres voUontés de mon pauvre Théodore.

Lettre écrite par Eugène Lambert.

Palaiseau, 14 mai 1866.

Ceci n'est pas une lettre de Goiilard. Il est mort! Le faux Goulard l'a tué en le surpassant dans le réel et le comique. Mais aussi, ce faux Goulard ne se prive de rien, le drôle !

Cher ami, je viens vous dire que je désire vous dédier le roman qui va paraître. Mais comme chacun là-dessus a Sun idée — comme dirait Goulard, — je veux savoir si vous m'autorisez à mettre simplement en tète de ma première page : à mon ami Gustave Flaubert. C'est une coutume que j'ai prise de mettre mes romans sous le patronage d'un nom aimé. J'ai dédié le dernier à Fromentin.

J'attends qu'il fasse beau pour vous demander de venir dîner à Palaiseau avec la Sirenne à Goulard, et quelques autres Goulard de votre espèce et de la mienne. Jusqu'à présent il fait un froid de chien et ce n'est pas la peine de venir à la campagne pour s'enrhumer.

J'ai fini mon roman, et vous,?

J'embrasse les deux gros diamants qui vous ornent la trompette

JORJE SENS.

Goulard aîné est mon petit Lambert, il me semble qu'il est assez littéraire comme ça.

Palaiseau, mercredi 16 mai 1866.

Eh bien, mon grand ami, puisque vous vous en allez, et que, dans quinze jours, je vas m'en aller aussi en Berry, pour deux ou trois mois, faites donc un effort pour trouver le temps de venir demain jeudi. Vous dînerez avec cette chère et intéressante Marguerite Thuillier qui s'en va aussi.

Venez donc voir mon ermitage et celui de Sylvestre. En partant de Paris, gare de Sceaux, à une heure, vous serez chez moi à deux heures. Ou, en partant à cinq, vous serez à six, et le soir vous pourrez repartir avec mes cabots, à neuf ou à dix.

Apportez l'exemplaire '. Mettez-y toutes les critiques qui vous viennent. Ça me sera très bon. On devrait faire cela les uns pour les autres, comme nous faisions Balzac et moi. Ça ne fait pas qu'on se change l'un l'autre, au contraire, car en général, on s'obstine davantage dans son moi. Mais en s'obstinant dans son moi, on le complète, on l'explique mieux, on le développe tout à fait, et c'est pour cela que l'amitié est bonne, même en littérature, où la première condition d'une valeur quelconque est d'être soi.

Si vous ne pouvez pas venir, j'en aurai mille regrets, mais alors je compte bien sur vous lundi avant le dîner.

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