SEPTIÈME NOTE DU COMTÉ DE MIRABEAU POUR M COUR
1er juillet 1790. — Est-il probable ou non que le duc d'Orléans reviendra à Paris? — C'est ce qu'il est inutile d'approfondir.
Faut-il l'empêcher d'y venir? Comment doit-on le traiter, s'il revient? — Voilà seulement ce qu'il faut examiner.
L'empêcher de revenir serait une fausse mesure. D'abord, ce serait s'y prendre bien tard; en second lieu, de tous les obstacles que l'on mettrait à son retour, il n'en est aucun capable de l'arrêter, s'il avait un parti pris ; et c'est toujours une grande faute d'ordonner quand on n'est pas sûr de l'obéissance. Enfin, ces obstacles, pouvant être regardés par le peuple comme une persécution de la cour, changeraient le retour du prince en victoire contre les ministres ; ces obstacles créeraient des dangers dans
* Cela élait faux.
un événement qui par lui-même n'en a aucun. Ceci sera plus facile à montrer en examinant la conduite qu'il conviendra de tenir dans le cas de son retour.
L'ancien parti du duc d'Orléans n'existe plus, outre que les circonstances et les prétextes ne sont plus les mêmes. Ce parti cherchait un chef, et ce prince n'est plus qu'un fantôme.
Le parti connu sous le nom des Jacobins n'a jamais été celui du duc d'Orléans; c'est cependant le seul qui puisse le rechercher, le seul dont il pût s'étayer. Or cette probabilité, la seule à laquelle on doive s'arrêter, indique parfaitement la conduite qu'il faut tenir.
Traiter assez bien le duc d'Orléans pour qu'il n'ait pas le droit de se plaindre de la cour, ou l'anéantir, parce que c'est lui otec tout moyen de se jeter, clans un parti.
Si, en continuant d'avoir des liaisons avec la cour, il se jetait dans les Jacobins, son influence serait beaucoup moindre, parce que son parti s'en défierait.
Si les Jacobins l'adoptaient malgré de telles liaisons, ce parti se perdrait lui-même dans l'opinion des démocrates, outre que le prince n'est pas assez délié pour savoir contenter son parti, si on ne lui fournit pas à la cour des prétextes de se plaindre.
Dans tous les cas, si, n'ayant aucun prétexte de se passer de la cour, il se jetait en forcené dans le parti des démocrates, on lui ôterait, en le ménageant, le seul mérite qu'il peut avoir, celui d'un prince persécuté.
J^a mesure que l'on indique a encore deux autres avantages. Le prince à la cour sera un embarras de plus pour La Fayette ; ces deux ennemis, en présence l'un de l'autre, se contiendront respectivement.
D'un autre côté, on ne sait point assez jusqu'à quel point, dans les événements que l'anarchie nous prépare, il sera nécessaire de présenter pour oriflamme le nom d'un prince de la famille royale, et de l'enlever aux factieux. Une conduite mesurée est donc encore nécessaire sous ce rapport.
Elle l'est d'autant plus qu'une persécution apparente semblerait aujourd'hui l'ouvrage de La Fayette, et donnerait au premier pour amis tous les ennemis du second, et que les esprits s'aigriraient de plus en plus; qu'on donnerait un chef au parti qui est sans chef; que La Fayette deviendrait plus que jamais celui de la cour ; et par cela même, tout retour à un meilleur ordre de choses serait impossible.
Les ménagements que l'on indique ne sont d'aucun danger. Le duc d'Orléans est méprisé des provinces; on y connaît son incapacité, sa légèreté. Paris connaît son immoralité; que craindre
d'un tel homme? — La seule précaution qu'il faut prendre est de ne pas lui donner des forces qu'il n'a pas. Le servir, c'est l'affaiblir; le ménager, c'est le tuer lui et son parti.
J'hésite d'autant moins à donner ce conseil, qu'il sera toujours temps de changer de conduite selon les circonstances. Mais, dans ce premier moment, je crois que le roi devrait se borner à dire : « Je vous vois, je vous verrai avec plaisir; mais je désire que m votre nom ne soit plus dans la bouche des factieux. »
Cette marque de bonté du roi l'enchaînera ; sa paix avec la cour ôtera toute apparence aux Jacobins de s'en emparer. La crainte de perdre ses apanages, dans un bouleversement total, le retiendra ; et si La Fayette éprouve un embarras de plus, je ne vois pas grand mal à cela.
L'ARCHEVÊQUE DÉ TOULOUSE AU COMTE BE LA 1IARCK
Paris, 1er juillet 1790, jeudi à six heures. — Je reçois dans le moment, monsieur le comte, un billet par lequel on me mande qu'il y a quelque embarras pour l'entrevue de demain à l'heure convenue, et on propose de la renvoyer à samedi matin, huit heures et demie. Je n'y vois que l'inconvénient du grand jour; d'ailleurs, il est certain qu'à cette heure-là il y aura peu de monde, et que peut-être elle vaut mieux sous ce rapport que l'heure du soir. On me demande aussi une chose que j'ai oublié de dire à M. de Mirabeau.
On est décidé à revenir ici dimanche; mais on voudrait revenir passer à Saint-Cloud les trois premiers jours de la semaine prochaine, d'abord parce qu'on aime Saint-Cloud , 2° parce que, pendant lesdits jours, les élections de Paris auront lieu, et qu'on croit plus convenable de n'être pas ici. Cependant on veut faire pour le mieux, et on veut savoir ce qu'en pense le comte de Mirabeau. Tâchez de me rendre réponse tout de suite, parce que j'attends pour répondre, l'exprès étant prêt à partir \