Goethe a Schiller
Si vous aviez bien voulu, mon cher ami, nous demander notre avis pour le choix de vos décors, je suis bien obligé de vous dire que nous aurions eu quelques petites objections ; car donner la chose elle-même aux lieu et place du symbole n'est pas une petite affaire (2). Comptez pourtant que nous
(1) Kirms était l'intendant aux beaux-arts.
(2) Pour le décor du cabinet d'astrologie, Schiller avait rêvé d'une décoration massive : une rotonde à sept niches, et, dans chacune de ces niches, « la figure d'une des sept,
ferons de grand cœur tout le possible pour donner toute la splendeur nécessaire au spectacle de la scène. Notre ami Meyer dessinera les cartons de sa propre main, et l'esquisse à petite échelle est dès à présent ébauchée.
Vous ne m'en voudrez sûrement pas de prendre pour une fois à mon tour, comme Ifïland, le ton directorial, puisque c'est en fin de compte sur le directeur que viennent s'amonceler toutes les difficultés pratiques de la réalisation.
Vous verrez arriver demain matin un messager qui, je l'espère, me rapportera dans la soirée une partie de la pièce, et, en tous les cas, le rôle de la duchesse.
Ne vous impatientez pas, car, si vous devez tarder à venir, vous verrez encore plus d'une fois apparaître des courriers. D'ailleurs, de toutes façons, notre mois de janvier sera passablement amer, car les gens qui comptent pour la fin du mois sur une pièce de cette importance prétendent néanmoins ne se priver d'ici-là d'aucune autre des festivités qu'ils considèrent comme leur étant dues. — On expédiera lundi (1) à Ifïland les quatre costumes militaires les plus importants du Camp de Wallenstein. Je vous souhaite pour votre voyage une journée pareille à celle d'aujourd'hui, et je vous fais mes cordiales amitiés, à vous et à votre chère femme. — Weimar, le 29 décembre 1798. — G.