Gœthe a Schiller
Vous m'avez dit dernièrement que vous comptiez venir bientôt nous voir. Bien que je craigne que le retour du froid ne vous y fasse renoncer, je voudrais pourtant, à tout hasard, vous faire une proposition.
Vous pourriez loger chez moi tous deux, ou bien, si votre chère femme préférait loger ailleurs, je voudrais vous voir pourtant occuper le logement que vous connaissez. Décidez comme vous l'entendrez ; vous serez l'un et l'autre, de tout cœur, les bienvenus.
Notre entretien de l'autre jour m'a rendu courage ; je m'y suis remis, et j'ai déjà complètement achevé le plan des livres cinq et six. Combien on a tout à gagner à se regarder dans le miroir d'autrui plutôt que dans le sien propre !
Connaissez-vous les Remarques de Kant sur le sentiment du beau et du sublime, qui sont de 1771 (1)? Ce serait un très bon livre, si les mots de beau et de sublime ne figuraient pas au titre et revenaient moins fréquemment dans le cours de l'exposition. Il est tout plein de remarques délicates sur la nature humaine, et l'on y voit poindre déjà ses principes ultérieurs. Vous le connaissez sûrement.
N'a-t-on point encore reçu de nouvelles de M. de Humboldt (2) depuis son départ? Mes compliments
(1) Elles sont de 1764 ; l'édition de 1771 est une réimpression.
(2) 11 s'agit d'Alexandre de Humboldt, le naturaliste ;
à votre entourage, et continuez de me donner le réconfort et l'appui de votre affection et de votre confiance. — Weimar, le 18 février 1795. — G.