‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 84 sur 199 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

J'ai consacré à YHymne que je vous envoie cijoint tout le travail que m'a permis d'y mettre le peu de temps dont je disposais, et la dispersion dont je suis la proie. Je vous ferai parvenir le plus tôt possible la fin de l'histoire (2) et la transition qui amène le Conte de fées, mais je ne crois pas qu'il y ait là de quoi remplir une feuille d'imprimerie. Quant au conte lui-même, j'y travaille de bon cœur ; il m'amuse, et il en amusera donc d'autres, tout au] moins jusqu'à un certain point.

Il m'est très précieux que vous me donniez l'assurance que, dans mon sixième (3) livre, j'ai su naviguer en évitant de donner sur les écueils, et toutes vos remarques sur le sujet m'ont particulièrement intéressé et m'ont encouragé. Gomme notre héroïne, dans ce sixième livre, ne se laisse influencer par l'intervention de l'oncle que dans la mesure où son propre bagage spirituel le comporte, comme,' d'autre part, je compte rie présenter la religion chrétienne dans toute la plénitude de son intégrité que dans le huitième livre, où figurera une génération nouvelle, comme enfin je suis pleinement d'accord avec vous sur le sentiment que vous m'exprimez, il se trouvera en fin de compte que vous n'aurez pas à déplorer de lacune grave, surtout si nous

(1) Il partit au début d'octobre pour l'Italie, où il fit un long séjour.

(2) De l'histoire de Ferdinand dans les Entretiens.

(3) Le manuscrit original porte « septième », par un lapsus.

pouvons encore d'ici là nous entretenir une fois à fond de ce sujet.

Je reconnais volontiers que j'ai procédé par touches très discrètes, et peut-être ma résolution bien arrêtée d'éviter tout dogmatisme et de taire entièrement mes propres intentions a-t-elle jusqu'à un certain point affaibli l'effet sur le grand public. Il est bien difficile, en des cas pareils, de se tenir à juste distance des extrêmes.

Adieu. Beaucoup d'amitiés de Meyer. Dites à votre chère femme qu'elle peut sans nulle inquiétude user de mes épingles symboliques et même les perdre. A bientôt la suite à cette lettre. — Weimar, le 18 août 1795. — G.

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