‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 106 sur 280 · CHAPITRE DU 17 DÉCEMBRE i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DU 17 DÉCEMBRE i

Soupirs et gémissements proférés pendant les exercices de piété. — N’avertir au chapitre de choses bonnes en soi, que s’il y a eu excès. — ]\je pas inviter les étrangers sans permission à prendre leur repas au réfectoire. — S’adresser à la cour céleste pour connaître ses défauts.

Sur ce qu'un frère s’accusa d’être sujet à faire des soupirs, M. Vincent dit que les soupirs provenaient de trois ou quatre causes; qu’il y avait des soupirs qui provenaient du mouvement du Saint-Esprit par la sainte componction qui s’insinuait dans l’âme à la vue des fautes, de l’enfer, du paradis, etc., et que, pour ceux-là, il ne les fallait blâmer; d’autres qui provenaient de quelque infirmité de rate, qu’il appelait hatuosité; d’autres qui provenaient d'habitude contractée de soupirs produits dans la chaleur et ferveur de l’oraison et dévotion; d’autres affectent tout exprès ces soupirs pour s’exciter à la piété. Il ajouta que, pour les soupirs de ces trois dernières espèces, on pouvait s’en accuser et en avertir au chapitre, toutefois après en avoir conféré avec le supérieur; encore fallait-il que cela ne se fît que parce que celui qui les produit en use trop fréquemment.

Il dit aussi que l’on pouvait provoquer et convier les autres a dire quelque chose d’édification; et cela à propos d’un avertissement qui fut fait de oe qu’un frère disait à 1 arrivée d’un autre frère : « Ah ! voilà notre frère V... qui nous dira quelque chose de bon »; et il ajouta que c était le salut ordinaire des Pères anciens du désert et des premiers chrétiens de se dire les uns aux autres : Du vobis verbum aedificationis . Il régla qu’on ne fît plus d’avertissement sur des choses qui étaient bonnes

ons , p. 5.

Entretien 87. Recueil de diverses exhortati ,

en substance, si ce n’était pour la quantité ou par excèsr trop souvent et hors de propos.

Sur ce que quelqu’un s’accusa de s’être donné la liberté de faire manger un externe au réfectoire de son autorité privée, M. Vincent releva cette faute et dit qu’il voulait petit à petit abolir cet abus, qui s’était glissé dans la communauté, de convier et faire manger si facilement les externes dans la maison, et que cela ne se pratiquait en aucune maison religieuse ni particulière; que ce n’était point l’usage, et que cette grande facilité avait donné la hardiesse à quelques étrangers de s’introduire d’eux-mêmes dans le réfectoire, et s’en étaient moqués ensuite; car le bien, disait-il, n’a point été laissé par les fondateurs pour cette fin, et n’en étant, nous, que dispensateurs, nous en devons rendre compte à Dieu. Il dit qu’un fils se garderait bien de retenir personne à boire et à manger s’il n’avait demandé et obtenu la permission de son père; que c’est trancher en maître d’introduire ainsi hardiment et inconsidérément les étrangers; et il rapporta quelques raisons pour lesquelles il pensait que les autres communautés ne toléraient point un tel abus.

La première, c’est qu’être ainsi hors des heures dans un réfectoire, et à tout bout de champ y faire manger des personnes, c’est en faire un cabaret, et cela est scandaleux. La deuxième, c’est que cela incommode les officiers, qui, ayant d’autres besognes à faire, en sont divertis par les occupations et le service qu’il faut rendre aux survenants. La troisième, c’est que, comme les portions et le nombre sont réglés, il faut, dans les occasions, n’y ayant rien de préparé, prendre ce qu’il faut pour ces gens-là sur la communauté.

Monsieur Vincent conclut qu’il faut quitter oette coutume, qui ne doit point avoir lieu et qui a été entre-

tenue par un abus que l’on a fait de la facilité des supérieurs, ou par la propre témérité des domestiques.

Il dit que, quand nous avions bien envie de connaître nos défauts pour nous en corriger, nous pouvions nous adresser intérieurement à la cour céleste, priant Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa sainte Mère, notre ange gardien, nos patrons, de nous avertir de nos manquements; et il ajouta que cette pratique était excellente et serait efficace.

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