RÉPÉTITION D’ORAISON DU i3 JUIN i
Malheurs de la Pologne. — Zèle des missionnaires de Barbarie; conversion opérée par eux. — Avertissements donnés à un frère.
Je recommande aux prières de la Compagnie le royaume de Pologne, qui est en grande épouvante au sujet d’un si grand nombre d’ennemis dont il est attaqué. Il y va de la gloire de Dieu, que nous prions pour cela, puisque ce sont les ennemis de l’Eglise qui l’attaquent. Je prie les prêtres, autant qu’ils le pourront, de célébrer aujourd’hui pour cela; et nos frères, de communier. Nous y sommes, outre cette raison que je viens de dire, encore obligés par celle que nous avons d’avoir été appelés en ce royaume-là pour y travailler et nous y établir.
Je recommande de plus notre pauvre et bienheureux prisonnier M. Le Blanc et les autres messieurs qui sont aux Hébrides, ceux qui sont aux Indes, en Barbarie, nos pauvres missionnaires de Barbarie, qui travaillent avec tant de bénédiction de Dieu. Certes, il faut bien qu’ils soient à bon exemple à ces pauvres esclaves qu’ils assistent, puisque nous en voyons qui se viennent rendre céans * 1 ; car, s’ils étaient là à scandale, sans doute ces bonnes gens ne seraient point excités, comme nous les voyons, à se venir rendre missionnaires.
Voici une conversion que je m’en vas vous dire, qui est admirable. Un calviniste esclave s’est converti depuis peu à la religion catholique. Les huguenots d’Angleterre envoient de fois à autre en ce pays-là pour racheter ceux de leur parti. Or, un envoyé, s’adressant à
Entretien 121. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 22.
1 Deux esclaves libérés, Guillaume Servin et René Duchesne, étaient entrés à Saint-Lazare en qualité de frères coadjuteurs.
cet esclave, lui demanda s’il voulait qu’il le rachetât. Ledit esclave lui répondit qu’il aimait mieux demeurer esclave toute sa vie et rester catholique, que d’y renoncer pour avoir sa liberté; et ainsi il refusa.
Voilà, Messieurs, une conversion admirable. En vérité, Messieurs, j’ai bien sujet de craindre que cet homme-là ne soit mon juge au jour du jugement.
Puis ensuite, appelant un frère coadjuteur auquel il avait à faire quelqu’avertissement, il lui dit :
Mon frère, mettez-vous là à genoux.
Et en présence de toute la Compagnie il lui dit :
Mon frère, je suis obligé de vous avertir ici des fautes que vous faites et dont vous ne vous corrigez point, nonobstant les avertissements que l’on vous en a faits en particulier et à l’obéissance.
Et alors il raconta tout haut les fautes de ce frère, qui étaient fort grandes et que je n’ai pas voulu écrire ici. Seulement je dirai que M. Vincent le traita avec des paroles fort douces et qui témoignaient un esprit plein de charité et de compassion, accompagné néanmoins de fermeté, défendant audit frère la communion jusqu’à ce qu’il lui dît de la faire, et priant les prêtres de ne l’y point recevoir, s’il s’y présentait. Et il ajouta :
Et afin, mon pauvre frère, que vous vous souveniez de cela, vous ne boirez point de vin huit jours durant, et je prie nos frères de la dépense de tenir la main à cela, afin que, s’il se met en quelque place où il y ait une chopine, qu’ils l’aillent ôter de devant lui. Allez, mon frère!
RÉPÉTITION D'ORAISON DU 14 JUILLET i655
11 faut se confesser et communier chaque fois que la règle l’ordonne. — Avertissement donné à un missionnaire irrégulier. — Un supérieur doit tenir ferme à l’observance de la règle. — Effets du relâchement dans l’Ordre de Saint-Benoît; crainte que la congrégation de la Mission ne suive ce triste exemple.
Un frère coadjuteur, répétant son oraison, ayant dit qu’il avait quelquefois peine d’aller si souvent à confesse et à la communion, principalement lorsqu’il arrivait des fêtes pendant la semaine, et qu’il craignait que cela ne passât en habitude et qu’ ainsi il n*y apportât pas tant de préparation que si cela se faisait plus rarement, M. Vincent interrompit son discours et lui dit :
Mon frère, vous faites fort bien de craindre de ne pas apporter toutes les dispositions requises pour la réception des sacrements; mais néanmoins, encore bien que vous ne sentiez pas en vous, ce vous semble, une disposition telle que vous désireriez, il ne faut pourtant pas laisser de vous confesser et communier aux jours que la règle l’ordonne et que la Compagnie l’a pratiqué jusqu’ici. C’est un abus, mon frère, de croire que, si, par exemple, vous alliez moins souvent à confesse et à communion, vous seriez mieux disposé. Je dis plus, que> quand même, en usant, comme vous dites, moins souvent, vous sentiriez en vous une plus grande disposition, ce vous semble, et que vous fissiez cela avec sentiment et larmes, il serait bien à craindre, mon frère, que ce fût un épanchement de la nature et de l’amourpropre, dont la satisfaction et le contentement qu’elle prendrait en une autre chose lui ferait agréer celle-ci. C’est pourquoi il faut tenir ferme dans l’observance des règles et les pratiques de la Compagnie.
Entretien 122. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 22 v°.
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J’avertis encore hier un de la Compagnie de ce qu'il se dispense de l’oraison, du chapitre et ainsi des exercices de la communauté, et cependant nous voyons qu’il ne s’en corrige pas; que faut-il faire à cela, Messieurs? Pensez-vous quelle est la peine d’un pauvre supérieur quand il voit ses inférieurs dans le relâche et dans une paresse si grande, et combien il faut qu’il sue et qu’il travaille pour remettre toutes choses en leur premier état! Et encore, Dieu veuille qu’il le fasse! Et en ce cas, on pourra appeler cela une sorte de miracle, tant il est vrai qu’une communauté qui s’est une fois relâchée et s’est abandonnée au désordre, puisse revenir jamais à l’état premier de perfection duquel elle , est déchue. Saint Paul dit d’une personne qui a été une fois convertie et tout à Dieu et qui puis après vient à tomber de cet état, qu’il est impossible qu’elle s’en relève, c’està-dire qu’il est très difficile 1 ; et ainsi d’une communauté. C’est pourquoi, Messieurs, tenons ferme dans l'observance des règles.
Oh ! quel compte a à rendre à Dieu un supérieur qui n’a point eu assez de courage pour tenir ferme à ce que la règle ait été observée, et ainsi est cause que la Compagnie s’est relâchée en la pratique de la vertu ! Quel compte a à rendre à Dieu un supérieur lâche ! Car non seulement il rendra compte à Dieu du mal qui s’est fait (et dont il a été cause par- sa lâcheté) dans la Compagnie, pendant le temps qu’il y a été supérieur, qui est peut-etre de deux ou trois ans plus ou moins, mais encore de celui qui s’y commet pendant le temps de celui qui lui succédera, et le deuxième et le troisième.
Quel compte aussi a à rendre à Dieu un prêtre ou un frère qui aura été cause, par son mauvais exemple,
x. Epître aux Hébreux VI, 4.6.
d’une partie du mal qui s’est fait dans la Compagnie, qui aura été lâche dans les emplois d’icelle, ou les aura abandonnés pour avoir moins de peine et plus de liberté !
Dans le commencement de l’Ordre de Saint-Benoît, leur emploi et exercice était de desservir quantité de cures, enseigner et former des jeunes enfants, de sorte que la noblesse leur donnait ses enfants pour être instruits et morigénés; quantité de personnes pieuses ont donné quantité de biens, maisons, terres, héritages, fait bâtir des églises, qu’elles ont données à ces Pères et qu’elles ont fait ériger en abbayes et prieurés. Les lâches ont trouvé que c’était trop; c’est pourquoi ils ont dit : « Pourquoi nous tant peiner? Laissons, laissons toutes ces cures, toutes ces instructions, contentons-nous seulement du chœur, retenons-nous les deux tiers des dîmes des cures, et l’autre tiers, donnons-le à un vicaire perpétuel. » Voyez, retenons comme ils parlent : « Retenons les dîmes », c’est-à-dire, retenons la graisse. Voyez, Messieurs, voilà le procédé qu’ils ont tenu; ils ont mis des vicaires perpétuels, ils ont abandonné l’instruction des jeunes enfants, et qu’a fait Dieu? Ah! le voulez-vous voir ? Il a permis que la plus grande partie de toutes les abbayes et des prieurés soit tombée entre les mains des laïques, abbés commendataires et prieurs simples, sans aucune charge, car une partie de ces prieurs n’est chargée que de fort peu de chose, de faire dire quelques messes. Voilà l’état auquel nous tomberons, si Dieu n’y met la main.
Quoi ! dira un missionnaire lâche, à quoi bon tant de missions? Aller aux Indes, aux Plébrides ! Allez, allez, cela est trop. Aux prisons, aux Enfants trouvés, au Nom-de-Jésus ! Tout cela est trop entreprendre; il faut abandonner cela; vraiment quand M. Vincent sera