‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 174 sur 280 · Evangile de saint Luc XI · texte numérisé non relu

Evangile de saint Luc XI

Entretien 130. — Recueil de diverses exhortations , p. 94.

monde pour servir Dieu, vivre en commun et n’avoir aucune chose en particulier. Cela se doit entendre quant à l’usage; ceux qui ont des bénéfices les quittent, et ceux qui ont d’autres biens, ou les quittent, ou laissent au supérieur la disposition des fruits, et vivent tous en commun. Ainsi les uns n’ont pas plus que les autres; quoiqu’il y en ait qui aient des possessions, ils n’en usent point en particulier, quoiqu’ils demeurent maîtres du fonds. Oue s’ils viennent, par malheur, à perdre cet esprit et veulent sortir du poste où Dieu les avait mis, après que le Pape leur a donné dispense du vœu, ou le supérieur, en sortant ils reprennent la jouissance de leurs biens et revenus. Dieu soit béni î II est vrai que, s’ils meurent dans la Mission, soit ici, soit aux Indes, soit ailleurs, ils ont la disposition de leurs biens comme d'une chose qui leur appartient en propre; sans la permission du supérieur, ils peuvent en faire ce qu’ils voudront, le laisser à qui bon leur semblera. Ce droit qu’on a sur son patrimoine et sur les successions qui tombent n’empêche pas que nous ne vivions dans la sainte pauvreté.

Si nous avons des biens, nous n’en avons pas l’usage, et c’est en cela que nous sommes semblables à Jésus- Christ, qui, ayant tout, n’avait rien; il était le maître et le seigneur de tout le monde, il a fait les biens qui y sont; cependant il a voulu, pour l’amour de nous, se priver de l’usage; bien qu’il fût le seigneur de tout le monde, il s’est fait le plus pauvre de tous les hommes, il en a eu même moins que les moindres animaux : b ulpes foveas habent ; volucres caeli , nidos ; Filius autem liominis non habet ubi caftut reclinet 1 ; mais le Fils de Dieu n a pas une pierre pour reposer sa tête. O Sau-

i. Evangile de saint Matthieu VIIT, 2o

veur ! ô Sauveur ! que deviendrons-nous si nous nous attachons aux biens de la terre? Que deviendrons-nous après l’exemple de la pauvreté du Fils de Dieu? Ah! que ceux qui ont des biens n’en désirent pas l’usage, s’ils y ont renoncé; et que. ceux qui n’en ont point n’en veuillent point avoir !

Au commencement de l’Eglise, tous ceux qui voulaient être faits prêtres quittaient leurs biens : Dominus pars haereditatis meae et calicis met 2. Il faut qu’un prêtre renonce à tout pour n’avoir que Dieu seul, que vous seul, ô Sauveur ! Eh ! n’a-t-il pas assez ? n’est-il pas juste? doit-il songer à autre chose? Dominus pars haereditatis meae et calicis mei.

Au commencement donc, on embrassait la pauvreté pour être prêtre; il y en avait fort peu; on n’en faisait que ceux qui étaient nécessaires, autant qu’il y avait de bénéfices; et, quand un prêtre venait à mourir, celui qui était choisi pour le bénéfice prenait les ordres, de sorte que bien souvent on était institué avant d’être prêtre; mais enfin l’on a jugé à propos, et il a été expédient, même nécessaire, qu’il y eût davantage de prêtres. C’est pourquoi, bien qu’on n’eût pas de bénéfice, on en a reçu aux ordres avec un titre patrimonial, et ainsi s’est accru le nombre des prêtres. Or, ce titre est différent selon les lieux, ou du moins nosseigneurs les évêques ont demandé plus en un endroit qu’en un autre; à Paris, il faut 50 écus, ailleurs 100, et en d’autres lieux 80 suffisent; il y en a qui se contentent de 50 livres, plus ou moins.

Les prêtres donc faisaient une espèce de vœu de pauvreté au commencement, voire même saint Basile, saint Jérôme, et d’autres dont je ne me souviens pas. Ainsi

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