‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 177 sur 280 · RÉPÉTITION D'ORAISON DU 10 AOUT i · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D'ORAISON DU 10 AOUT i

SUR L’ŒUVRE DES RETRAITES

Il y a une affaire d'importance dont le succès n’est pas assuré, que je recommande aux prières de la Compagnie; nous l’offrirons, s’il vous plaît, à Notre-Seigneur, afin qu’il lui plaise y donner bénédiction par sa miséricorde.

M. Vincent recommanda aussi aux prières de la Compagnie Messieurs Mousnier et Bourdaise, qui sont, ditil, en l’ île de Madagascar et qui sont tous les jours exposés à de nouvelles occasions, afin qu’il plaise à Dieu leur donner, par sa miséricorde, l’esprit de saint Laurent, qui les fasse tenir bon, comme ce grand saint, jusqu’à la fin et venir à bout de toutes les difficultés qui se présentent.

Il recommanda encore beaucoup d’autres personnes aux prières de la Compagnie, entre autres un exerci-

tant, et dit :

Je vous supplie, Messieurs et mes frères, de remercier Dieu de l’attrait qu’il donne de faire ici retraite à tant de personnes, que c’est merveille; tant d’ecclésiastiques de la ville et des champs, qui quittent tout pour cela ; tant de personnes, qui pressent chaque jour pour y être reçues et qui demandent avec instance longtemps auparavant ! Grand sujet de louer Dieu ! Les uns me viennent dire : « Monsieur, il y a longtemps que je demande cette grâce; je suis venu tant de fois ici sans pouvoir l’obtenir » ; les autres : « Monsieur, il faut que je m’en aille, je suis en charge, mon bénéfice me demande, je suis sur mon départ, accordez-moi cette fa-

Entretien 131.

Recueil de diverses exhortations , p. g5.

veur » ; d’autres : « J’ai achevé mes études et je suis obligé à me retirer et à songer à ce que je dois devenir »; d’autres encore : « Monsieur, j’en ai grand besoin; oh! si vous le saviez, vous m’accorderiez bientôt cette grâce. »

Grande faveur! grande grâce que Dieu a faite à cette maison, d’y appeler tant d’âmes aux saints exercices et de se servir de cette famille comme d’instrument pour servir à l’instruction de ces pauvres âmes ! A quoi devons-nous songer qu’à gagner une âme à Dieu, surtout quand elle vient à nous ! Nous ne devrions avoir d’autre but, ne viser qu’à cela, qu’à cela seul. Hélas ! elles ont tant coûté au Fils de Dieu, et c’est à nous qu’il les envoie pour les remettre dans sa grâce. O Messieurs, prenons garde à ne nous en pas rendre indignes et que Dieu ne vienne à retirer sa main de dessus nous. Il y en a, cela arrive, qui n’en profitent aucunement, que la nécessité y conduit et qui n’y viennent que pour leur soulagement; mais il ne faut pas pour cela se lasser d’assister les autres; pour quelques-uns qui n’en font pas bon usage, il ne faut pas faire tort à tant de bonnes âmes qui en font de grands profits. Quels fruits, quels fruits merveilleux! Je vous l’ai déjà dit, je ne vous en dirai aujourd’hui qu’un exemple.

Au dernier voyage que je fis, il y a cinq ans, en Bretagne, d’abord que j’y fus, un fort honnête homme me vint remercier de la grâce qu’il disait avoir reçue, d’avoir fait ici les exercices. « Monsieur, me dit-il, sans cela j’étais perdu, je vous dois tout; c’est ce qui m a mis en repos, qui m’a fait prendre une manière, de vie que je garde, par la grâce de Dieu, avec toute sorte de satisfaction. Ah! Monsieur, je vous en suis si obligé que j en parle partout, dans toutes les compagnies où je me trouve; je leur dis que, sans, la retraite que j’ai

faite de votre grâce à Saint-Lazare, je serais damné. O Monsieur, que je vous suis obligé ! b Cela me ravit.

Ah! que nous serons malheureux si, par notre fainéantise, nous obligeons Dieu à soustraire de nous cette grâce! Tout le monde, à la vérité, n’en profite pas ainsi, mais le royaume de Dieu n’est-il pas composé de bons et de méchants? C’est un filet qui prend toutes sortes de poissons, bons et mauvais; dans toutes les grâces que Dieu accorde, il se trouve des personnes qui en abusent; il ne laisse pas pourtant de les accorder; combien y en a-t-il qui n’ont pas voulu se servir de la mort et de la passion de Notre-Seigneur ! O doux et miséricordieux Sauveur, vous voyez que la plupart n’en tiennent compte, et vous n’avez pas laissé de mourir, quoique vous vissiez cette multitude d’infidèles qui s’en moque, et ce grand nombre parmi nous qui méprise et foule aux pieds votre précieux sang. Il n’y a point d’œuvre de piété qu’on ne profane, rien de si saint dont on n’abuse; mais pour tout cela, mais pour tous ces abus, on ne doit jamais s’en désister, sous prétexte que quelques-uns en abusent; nous ne devons pas être lâches et nous refroidir en nos exercices, parce que tous ne s’en prévalent pas. Quelle perte et quel malheur si nous venions à nous dégoûter de cette grâce que Dieu nous a faite par-dessus toutes les communautés, et priver Dieu de la gloire qu’il en retire! Quel malheur! Malheur à moi, malheur à celui qui, par sa paresse et par la crainte de perdre ses aises, par l’amour de se donner au bon temps quand il faut travailler, fera ralentir la ferveur de cette sainte pratique ! Mais, quoi qu’il arrive par la faute de quelques-uns, il ne faut jamais se relâcher; ayons toujours bon courage; Dieu, qui nous a donné cette grâce, nous la maintiendra; .même il nous en donnera de plus grandes. Espérons

davantage, ayons un cœur ferme contre les difficultés et un courage inflexible; il n’y a que ce maudit esprit de paresse qui s’abat à la moindre contradiction; point de mésaise qu’il n’évite, point de charge qu’il n’ appréhende, ni de satisfaction qu’il ne recherche; cet amour-propre ruine tout. Bannissons loin de nous cette faitardise; demandons à Dieu que, par sa miséricorde, il nous conserve ce qu’il nous a libéralement donné; c’est un grand don qu’il a fait à la Compagnie; prions sa bonté afin que nous ne nous en rendions pas indignes par notre nonchalance; prions-le bien.

O Sauveur, suscitez en nous, suscitez cet esprit de saint Laurent, qui l’a fait triompher dans les flammes de la rage de tout l’enfer; suscitez en nos cœurs ce feu divin, cette ferveur ardente qui nous fasse triompher de tous les empêchements du diable et de notre méchante nature, qui s’oppose au bien; fomentez en nous un zèle ardent de procurer votre gloire en tous nos emplois, afin que nous y persévérions constamment jusqu’à la mort, à l’exemple de ce grand saint dont nous célébrons la fête; nous vous en conjurons par son intercession.

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